Schéma de réflexion

Je vais me permettre aujourd’hui de résumer (et traduire aussi pour les non anglophones) l’article de … de … Dan Heisman : « A generic thought process. » ou « processus générique de réflexion ».

Quel serait le bon mode de réflexion pour trouver un coup au cours d’une partie ? En fait, il n’y en pas un mais plusieurs, puisque contrairement à un programme d’échecs, l’esprit humain est soumis à plusieurs influences.

  1. Quel temps reste-t-il à chacun des joueurs ?
  2. Est-ce une position déjà vue qui fait plus appel à la mémoire qu’à l’analyse ?
  3. Qui a l’avantage ?
  4. Peut-on déstabiliser l’adversaire ? Comme jouer tactique avec un joueur positionnel.
  5. Est-on d’humeur à analyser ou plutôt à appliquer de grandes règles  ?

Le protocole qui va suivre suppose que :

  • il s’agit d’une partie lente et chaque joueur a assez de temps sur son horloge.
  • le joueur en phase de réflexion a les blancs et possède un léger avantage après son dernier coup
  • il s’agit de trouver le meilleur coup mais pas de risquer n’importe quoi pour gagner la partie
  • le jeu se situe en milieu de partie et chaque joueur a à peu près autant de pièces.
  • la position n’évoque pas une position probablement déjà rencontrée dans une autre partie
  • les deux joueurs sont de niveau sensiblement égal.

Le jouer adverse vient de jouer, et vient d’appuyer sur l’horloge.

  1. Écrire le coup du joueur sur sa feuille de partie et éventuellement le temps restant.
  2. Ce coup est-il légal ?
  3. Suis-je en échec ? A priori et afin de ne pas partir sur un autre sujet, on va admettre que non !
  4. Est-ce que je peux le mater avec une suite de coups forcés ? a priori non avec les postulats de base ! Mais si oui, il n’y a pas lieu de s’inquiéter d’une éventuelle menace.
  5. Se demander ce que le coup adverse change. En quoi la situation est-elle changée par ce coup ? Que peut désormais faire l’adversaire avec ce coup ? Ce coup contre-t-il la menace que j’ai installée avant ?

Dans la recherche des menaces, il suffit de se demander ce que l’adversaire pourrait faire s’il était en mesure de rejouer une deuxième fois. Une menace est un coup qui permet ultérieurement d’être concrétisé par un gain s’il n’est pas contré immédiatement. Il s’agit alors de :

  • Ignorer cette menace
  • Contre-attaquer
  • La neutraliser.

On peut ignorer une menace lorsque celle-ci ne retourne pas l’équilibre du jeu (par exemple : menace sur le gain d’un pion, alors que l’adversaire a déjà perdu sa dame)

La contre attaque n’est pas recommandée pour des joueurs de faible niveau et qui ont l’avantage. Les autres joueurs peuvent prendre le risque d’obtenir une situation plus complexe en contre-attaquant.

Il faudra également reconnaitre si un coup est une menace indirecte ou révèle un plan éventuel.

Il s’agit maintenant de déterminer les coups candidats. Petits préambules :

  • le coup adverse est si puissant qu’il convient de le neutraliser immédiatement avant que la situation s’aggrave (killer move). Cela limite déjà fortement le choix des coups candidats.
  • il convient d’évaluer la position : pièces capturées, avantages positionnels. Ce n’est pas toujours facile car dans certains cas c’est la sécurité du roi qui va déterminer cette évaluation alors que dans d’autres cas ce sera l’activité des pièces qui fera pencher la balance. Dans une partie lente, cette évaluation se fait presque en temps réel, et il n’y a peut-être pas besoin de la refaire à chaque coup.
  • les conséquences des règles de Steinitz sont parfois utiles : à défaut de trouver le bon coup, il est plus facile de trouver le coup permettant de garder le même avantage. Il ne faut pas se contenter du coup qui permet d’obtenir l’égalité (alors qu’on avait un léger gain).

Avec ces trois dernières considérations en tête, il est alors possible de commencer à rechercher les coups candidats en ayant à l’esprit l’avantage qu’on désire obtenir. Il s’est déjà écoulé quelques secondes à quelques minutes depuis que votre adversaire a appuyé sur l’horloge. Un grand maître aura probablement passé plus de temps sur cette étape qu’un débutant (alors que ce dernier est censé réfléchir moins rapidement). Mais un débutant est moins conscient du danger de commettre  une grave erreur et survole cette phase de réflexion.

Alekhine  avait coutume de dire qu’il est préférable de trouver un bon plan puis le coup qui permettait de le réaliser, que de trouver un bon coup. Mais ce n’est pas toujours réalisable. Il faudra donc  :

  • Repérer les menaces adverses (cf ci dessus)
  • Développer mes propres menaces (gain de matériel ou mat) si elles n’ont pas été contrées.
  • Créer de nouvelles menaces efficaces à conditions qu’elles ne dégradent pas la position (erreur fréquente de débutant)
  • Améliorer l’activité des pièces
  • Améliorer la position

Établir la liste de tous les coups envisageables et voir comment l’adversaire pourra y répondre : coup forcé, échec, capture et menace (dans cet ordre). Il suffit de trouver une variante principale avec 3 demi coups me laissant dans une position sûre. A défaut, cela permettrait à l’adversaire de jouer un coup non prévu qui me mettrait dans l’embarras.

Il faut se mettre dans la peau de son adversaire et trouver le meilleur coup qu’il pourrait apporter, puis la réponse. Si le résultat n’est pas en ma faveur (ne pas oublier l’hypothèse de départ : « le joueur a les blancs et possède un léger avantage« ), le coup candidat doit être écarté. Sinon, il peut être conservé. Il s’agit de trouver un résultat qui n’entraîne pas de coup forcé, ni d’échec, ni d’échange, ni de menace. Si l’évaluation de la position maintien le léger avantage acquis dans la position de départ, alors le coup peut être retenu.

Faut-il jouer le coup retenu ? NON, sauf s’il reste peu de temps.

 » Quand on a trouvé un bon coup, il faut toujours en rechercher un meilleur ! « 

Si on trouve un bon coup, on continue sa recherche avec le processus décrit ci dessus. Quand on pense avoir trouvé, on le garde et on annule le précédent bon coup. Et recommencer tant qu’on pense qu’il existe un meilleur coup et qu’il reste assez de temps.

Finalement, LE coup candidat ultime est prêt : ne pas le jouer immédiatement.

On respire à fond et on effectue une vérification de sécurité : « Ce coup est-il idiot ? Modifie-t-il la sécurité de la pièce bougée ou celle d’une autre pièce ? Est-elle en prise ?« . Si tout est normal : on peut jouer sa pièce et dans la foulée appuyer sur l’horloge.

On devra se concentrer ainsi sur chaque coup et ne jamais abandonner. En cas de partie mal engagée, se débrouiller pour rendre la vie la plus difficile possible à son adversaire. Toutefois, par respect pour celui-ci, ne pas s’obstiner lorsque la différence matérielle est trop importante.

Bien évidemment, l’expérience nous dicte parfois de ne pas respecter ce processus à chaque coup. Lorsqu’un joueur a un gros avantage, il peut se permettre (par exemple et pour faire simple) de sacrifier une pièce, sans réfléchir, pour aboutir à une finale tour-roi contre roi.

Combien de temps faut-il consacrer à cette réflexion ? Dans une partie longue, on peut admettre que 3 minutes est une bonne moyenne. Mais sachant qu’il y a parfois des coups forcés, qu’il y a des coups d’ouvertures, on peut parfois y consacrer plus de temps si la situation l’exige.

Chaque joueur réfléchit différemment, et il est possible que quelques uns jouent de façon plus ou moins instinctive. Il est probable que beaucoup de joueurs débutants aient commencé à jouer ainsi car personne ne leur a enseigné comment réfléchir au cours d’une partie. A chacun de vouloir commencer par cette approche dangereuse améliorée par les essais et les erreurs. Il serait intéressant toutefois de tenir compte ce cette démarche et d’en être conscient à chaque étape.

Il va être très difficile de changer sa façon de penser, Cela s’apparentera plus à de la douleur qu’à un réel plaisir sans y voir le gain qu’on pourra en tirer. Mais il sera sans doute plus profitable de faire un léger ajustement dans son processus de réflexion que d’apprendre 100 ouvertures supplémentaires.

La complexité de ce processus et le temps consacré à chaque étape montre bien l’importance de pratiquer des parties longues plutôt que des blitz si on veut progresser dans ce domaine.

Tentez une version plus détaillée de ce processus de réflexion ici.

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