Philosophie et analyse (1/2)

Dans ma quête du St Graal, notamment en ce qui concerne l’analyse des parties, j’ai découvert des textes de John Hartmann sur le site de l’US Chess Federation.

John Hartmann tente de montrer en quoi un savant mélange d’informatique et de sagesse ancestrale permet de tirer le meilleur des nouvelles technologies. Ce que je vais tenter de traduire et de synthétiser dans ce qui suit.

En s’inspirant beaucoup du travail de Mark Dvoretsky, Hartmann décrit ce qu’il considère être les objectifs d’une formation réussie aux échecs. Il discute également de l’énorme valeur de l’analyse. Enfin, il suppose que tout le monde est équipé avec Chessbase ou de Fritz.

Philosophie

« ... S’il y avait une chose importante dans ma formation, je dirais que c’est le développement de compétences pratiques plutôt que de connaissances. » Dvorestky

L’entraînement sérieux aux échecs tente de renforcer les compétences pratiques d’un joueur en affinant l’intuition et le jugement. Il utilise un processus d’apprentissage actif, intégrant les commentaires d’un enseignant expert ou d’un formateur. L’objectif n’est pas d’accroître les connaissances en soi, bien que la connaissance d’une théorie appropriée soit certainement un élément important du système de Dvoretsky. Au lieu de cela, une bonne formation aux échecs vise à améliorer la résolution des problèmes rencontrés par le joueur. Tout converge vers cette idée.

Dvoretsky dit que le «but principal» de sa formation a été de «développer la pensée personnelle et les compétences décisionnelles». Ceci est réalisé par la pratique et l’imitation, ou par la résolution de positions appropriées qui offrent aux élèves des «images d’échecs» nécessaires pour leur permettre d’évoluer dans des situations réelles.

Dvoretsky nous enseigne que :

  • il est essentiel de développer le subconscient ou l’intuition d’un joueur,
  • l’apprentissage d’idées générales ou de connaissances concrètes devrait toujours être au service d’une intuition enrichissante
  • le calcul nécessite une intuition pour aider à l’évaluation des coups candidats.

Le système de Dvoretsky vise à la création de représentations mentales efficaces ou « d’images d’échecs » qui améliorent l’intuition et les résultats sur l’échiquier. Ses méthodes d’entraînement sont actives plutôt que passives, de sorte que la résolution dans des conditions de jeu remplace la visionnage de vidéos d’ouverture ou la relecture des jeux de maître. Elles sont axées sur des objectifs visant à former des compétences spécifiques ou à surmonter les faiblesses grâce à l’évaluation continue des techniques et des résultats. Et elles impliquent des commentaires d’experts associés à de l’autocritique, dans lesquels les erreurs sont trouvées et corrigées.

Les amateurs devraient-ils adopter les méthodes de Dvoretsky, ostensiblement conçues pour être utilisées avec de très grands maîtres, comme modèle pour leurs propres efforts d’amélioration ? Si tel est le cas, à quoi ressemblerait ce modèle d’entraînement en pratique, et comment cela fonctionnerait-il sans un GMI comme coach ?

Pour moi, la réponse est claire. Oui, ils devraient se tourner vers le modèle de Dvoretsky, même sans accès à un entraîneur à temps plein. La littérature et la technologie moderne sur les échecs – moteurs, bases de données, sites de jeux et de vidéos en ligne – peuvent se suppléer à l’absence d’un entraîneur, aider les joueurs à découvrir leurs erreurs et à les surmonter grâce à une formation ciblée. (Notez que je ne dénigre pas l’importance d’un bon entraîneur, ce que je décris ici fonctionne de concert ou en l’absence d’une telle aide.) L’ordinateur est, à toutes fins utiles, un GMI virtuel qui ne se lasse jamais … tant que vous payez la facture d’électricité.

Anders Ericsson soutient dans son livre « Peak : Secrets from the New Science of Excellence », que l’excellence ou l’expertise est essentiellement liée à la façon dont on s’entraîne. Des joueurs peuvent pratiquer pendant dix mille heures ou plus et ne feront aucun progrès. C’est la façon dont ils pratiquent, pas pendant combien de temps, qui façonne le résultat final.

La plupart des joueurs d’échecs le savent très bien. Nous jouons quelques blitz en ligne (sans revenir sur ces parties après). Nous feuilletons un livre ou deux, et survolons quelques jeux de maître en dégustant un bon verre de bière. Nous regardons Banter Blitz (nous avons la même chose ici, en français, encore que nous y perdions un peu en charme !), des vidéos d’ouverture, et nous nous cognons la tête sur des explications tactiques en ligne. Mais sans la moindre amélioration. Cela ne vous rappelle rien ?…

Si nous voulons progresser dans les échecs, nous devons structurer efficacement notre formation pour maximiser les résultats. Une utilisation judicieuse de la technologie et de la littérature peut grandement aider. Si nous prenons les méthodes d’entraînement de Dvoretsky comme modèle et si nous les marions à la technologie moderne des échecs, une réelle amélioration devient possible, pourvu que nous possédions le Sitzfleisch pour y arriver.

Par où commencer avec ce système de formation proposé ? Souvenez-vous de l’inscription sur le mur du temple de Delphes : gnōthi seauton, ou «connais-toi toi-même». Si nous nous concentrons sur l’intuition et le jugement à l’entraînement pour corriger les faiblesses individuelles de notre jeu, nous devrions commencer par repérer les faiblesses et nos lacunes dans l’intuition. Une analyse systématique de nos jeux est idéale pour une telle approche.

Analyse de jeu et auto-analyse

L’analyse a longtemps été considérée comme essentielle à l’amélioration du joueur. Le grand champion du monde Mikhail Botvinnik a été parmi les premiers à faire valoir cet argument :

L’analyse a ses propres caractéristiques : vous n’êtes pas limité par le temps et vous pouvez déplacer les pièces librement. Malgré cette différence entre l’analyse et la partie d’échecs, il y a beaucoup de points communs entre elles. C’est un fait bien connu que presque tous les joueurs d’échecs ont été des analystes de premier ordre.

La déduction est irrésistible : quiconque souhaite devenir un joueur d’échecs exceptionnel doit viser la perfection dans le domaine de l’analyse.

Il y a une autre différence essentielle entre l’analyse et le jeu. Pendant le jeu, votre travail analytique est continuellement testé contre vos adversaires, mais dans l’analyse à domicile il est très facile d’être non-objectif. Pour lutter contre cette tendance et pour échapper à une mauvaise analyse, il est utile de partager votre travail analytique individuel. Ensuite, vous êtes soumis à une critique objective. En d’autres termes, l’analyse publiée, ou, tout simplement, l’annotation de jeux pour la presse, est une méthode sûre pour arriver à la perfection.

Garry Kasparov était d’accord avec le Patriarche dans la Préface de L’Epreuve du Temps de 1986 :

… Je me suis rendu compte distinctement que ceci [l’analyse approfondie de ses propres jeux] fournit la base pour le développement continu de la maîtrise des échecs.

Et Mark Dvoretsky – qui a enseigné à l’école Botvinnik à Moscou pendant de nombreuses années – a transmis ce conseil à ses étudiants.

Une étude approfondie de nos propres parties stimule nos compétences analytiques et nous donne l’occasion de reconsidérer les décisions que nous prenons au cours de celles-ci. Ce que nous découvrons est doublement utile, car nous affinons notre intuition dans des positions susceptibles d’apparaître ultérieurement.

Une des caractéristiques curieuses du conseil de Botvinnik est son exhortation à publier son analyse, afin que le travail soit soumis à la critique et à la correction des lecteurs. Bien qu’il y ait quelque chose de noble dans cette idée, et bien que je sois sûr que les rédacteurs des magazines l’accueilleraient favorablement, il n’y a aucun besoin intrinsèque de soumettre vos parties à l’examen public à l’ère des machines.

Laissez-moi être très clair ici. Je ne suggère pas que nous confions l’analyse entièrement à nos moteurs. Certains pourraient penser que le but de Botvinnik dans la valorisation de l’analyse approfondie était simplement la découverte d’erreurs. Si tel est le cas, et si nous avons à notre disposition des oracles infaillibles (mais pas complètement !), pourquoi ne pas laisser l’ordinateur réaliser ces révisions ?

Parce qu’il est important de découvrir les erreurs que nous commettons, mais qu’il est tout aussi important, sinon plus, d’analyser les erreurs que nous commettons dans notre réflexion et notre évaluation. Une analyse correcte exige donc que nous nous concentrions sur la reconstruction et l’évaluation des lignes que nous avons rejetées autant que celles que nous avons jouées. Ce n’est qu’après une auto-analyse approfondie que nous devrions utiliser nos moteurs d’analyse.

(à suivre : partie 2)

 

John Hartmann

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