L’analyse d’une partie d’échecs.


On ne va pas revenir sur les bienfaits de l’analyse. Toutefois, on trouve peu de méthodes générales sur le web et dans les livres. La plupart du temps, on tombe sur des parties déjà analysées, mais cela n’explique pas concrètement comment faire quelles étapes suivre. Si un joueur classé 2375 a des idées stratégiques et tactiques, cela devient tout de suite plus hasardeux pour un joueur classé 1338.

Je me suis aidé de l’article de Noël Studer et de celui de Carlos Pujol sur chess.com.

Les bienfaits de l’analyse sont multiples :

  • comparaisons de nos idées avec la dure réalité de la tactique et du jeu positionnel.
  • développement de notre processus de réflexion.
  • amélioration progressives de nos connaissance sur les ouvertures (et au bout du compte sur les positions et les finales qui en découlent).
  • détection des erreurs récurrentes.

Selon Yusupov, ce qu’il faut attendre d’une analyse :

  • « trouver les moments critiques » dans le jeu, ces moments où des erreurs ont été commises, la nature de la position a changé, etc.
  • « Chercher les raisons de vos propres erreurs » – pas seulement ce qui a mal tourné, mais pourquoi.
  • « Chercher de nouvelles possibilités. » Quels mouvements avez-vous manqué dans votre analyse? Quelles idées pourriez-vous avoir considérées ?
  • « Réflexion sur l’ouverture »

Étape 1 : une analyse s’anticipe.

Pendant la partie, noter votre temps de réflexion. (Bon… faut avouer que la place manque parfois sur ces feuilles et que dans le feu de l’action ce n’est pas toujours facile)

Annoter votre feuille de partie avec des signes cabalistiques afin de repérer des coups particuliers (une croix pour une tactique douteuse, un point d’exclamation pour repérer un coup de adversaire qui vous a surpris, etc.)

Juste après la partie, notez vos impressions de façon plus détaillées (utilité d’avoir un carnet sur soi)

Si possible lors d’un tournoi : analyse post mortem avec votre adversaire (en fait cela devrait être obligatoire, ne serait-ce que pour des raisons de convivialité). Notez à part les idées, ce qu’il a vu de son coté.

Étape 2 : juste après la partie

Le plus rapidement possible après en tout cas. Lors d’un tournoi, ce sera le soir si vous en avez le courage ! Lors d’une partie en ligne, juste après.

Mettre la partie dans une base de données et retranscrire vos notes de la journée. Bien sûr, sans lancer le moteur d’analyse.

C’est le moment de repérer les moments critiques. Déjà, de façon simple : repérer les transitions ouverture-milieu de jeu, et milieu de jeu-finale. Le premier moment critique est à la sortie de l’ouverture (que ce soit vous ou l’adversaire qui en est la cause ). La perte d’une pièce en est une autre. De façon plus subjective, il faut aussi rechercher ce moment lorsque les deux positions semblent en équilibre et que chaque camp est arrivé au maximum de l’exploitation de la position (point de rupture possible). Lorsque le moteur est lancé ce sera lui qui indiquera également les options importantes qui ont été ratées. Il n’est pas utile dans cette étape d’en faire un roman, mais de poser un de ces signes cabalistiques si vous n’aviez pas eu l’occasion de le faire au cours de la partie. (^^, *, # ou tout autre signe spécial)

Ensuite il faudra aussi repérer les moments où vous vous sentiez mal engagé, s’attarder sur les phases d’échange, sur les moments pendant lesquels vous n’aviez pas d’idée, sur les positions peu claires qui vous ont fait choisir un coup simple plutôt que d’approfondir votre calcul.

Ce seront les moments clefs que vous analyserez en détail ultérieurement.

Enfin, et uniquement pour l’ouverture : vérifier ce qui peut être amélioré ou évité (Moteur d’analyse, database). Plus tard, s’attarder sur le raisons pour lesquelles vous n’avez pas joué le meilleur coups pendant cette ouverture.

Au cours d’un tournoi, il n’est pas utile d’en faire plus afin de garder confiance. En tout état de cause, afin de ne pas se dévaloriser : ne jamais se dire « Quel idiot de ne pas avoir vu ça !  » ou « La honte, avoir été battu par un joueur avec 200 elo de moins que moi !« , mais « Il a fait chaud dans la salle » ou « J’avais soif, je devrais prévoir une autre bouteille d’eau« .

Le moteur d’analyse a été utilisé uniquement pur vérifier les quelques premiers coups de l’ouverture.

Etape 3 : plusieurs jours plus tard.

« Un bon processus de réflexion qui abouti à un mauvais coup est pire qu’un bon processus de réflexion qui abouti à un mauvais coup !  »

Noël Studer

Avoir écrit les idées qui viennent à l’esprit juste après la partie sont essentiels.

Bien sûr l’aide d’un joueur plus fort que vous est la meilleur solution, mais sinon, c’est le moteur d’analyse qui sera la référence. D’autant plus qu’il est quasiment impossible (avec des journées de 24 heures) de revoir la partie, coup après coup, en y consacrant autant de temps que la partie elle-même. L’analyse de Stockfish permet de recaler l’évaluation qu’on ressent lors des moments critiques (je pense qu’il est utile de donner une évaluation sur chacune de ces positions ), puis de la comparer plus tard avec l’analyse d’un moteur (chaque moteur aura sa propre évaluation, il faudra donc se fier au même moteur à chaque fois).

La situation s’est décantée, vous pouvez aborder votre partie avec un œil nouveau. Il s’agit désormais, calmement et en prenant votre temps, de la revoir en envisageant les options que vous n’aviez pas développées (variantes et sous-variantes), ou de comprendre comment vous auriez pu éviter la perte d’une pièce ou le contrôle d’une case (colonne, diagonale).

Lorsqu’une position semble peu claire, il est utile de faire appel à une base de donnée et de rechercher des positions similaires jouées par des forts joueurs afin d’observer leurs décisions. Mais le plus important est malgré tout de comprendre pourquoi on est dans l’erreur. Si le calcul peut en être à l’origine, il est aussi possible que notre état d’esprit nous amène à prendre de mauvaises décisions. On pense être en retard ? on attaque à fond en prenant des risques. On pense être en avance ? On se relâche et l’adversaire reprend le dessus. Partie après partie, il est alors possible de dégager quelques défauts principaux.

Et enfin… : Stockfish, Komodo, Lc0 !! Lâchez la cavalerie. Régler la détection des erreurs en fonction de vos objectifs (à mon avis, un seuil de 0.66 à 0.75 points est probablement suffisant à petit niveau, 1 point si vous débutez). Surtout pour les débutants, si une erreur est dépistée tous les 4 à 5 coups, il faut sérieusement penser à revoir le processus de réflexion et travailler la tactique. Ou régler le seuil d’erreur sur une valeur un peu plus haute ! Inversement, si le moteur d’analyse ne détecte rien… affinez les options.

Etape 4 : le bilan.

Il est temps de se poser des questions. Avez-vous correctement évalué la position ? Aviez vous choisi un bon plan? ? Combien d’erreurs tactiques ? (pièce perdue ou tactique ratée, partie qui se prolonge alors qu’un mat en 3 coups était jouable). Il très important de verbaliser cette étape, de l’écrire.

Pour chaque partie, noter trois choses que vous avez apprises. Par exemple :

  1. Pour cette ouverture, l’échange des fous n’est pas à craindre.
  2. Dans des situations tactiques, ou désespérées, toujours regarder s’il est possible de mettre le roi adverse en échec.
  3. Dans une finale complexe R+P, il est parfois utile de bloquer un ilot de pions avant de déplacer son roi.

Repérez les failles dans votre processus de réflexion, diagnostiquez les tactiques ratées, les moments de la partie pendant lesquels vous avez été faibles (ouverture, milieu de jeu, finale). Puis, lorsque les parties de votre tournoi ont été analysées, ajustez votre programme d’entrainement en conséquence.

Il est utile de soumettre votre analyse finale à un joueur (au moins de votre niveau) afin de limiter des biais (récursivité). Par exemple : s’autoflageller pour ne pas avoir trouvé un mat en 5 coups (avec des variantes et sous-variantes compliquées), alors qu’un mat en 7 était possible avec une suite forcée plus simple. Les forums permettent de publier ces analyses, si tant est que quelqu’un y prête un œil attentif et bienveillant. C’est une arme à double tranchant.

Comme on peut le voir, une analyse sérieuse prend du temps. Pour un tournoi, c’est une bonne semaine de travail en perspective. Hors tournoi, vos parties longues en ligne (au moins des 30 minutes) méritent cet effort. Dans une moindre mesure, les parties plus rapides ne doivent pas être négligées.

Certes cette activité est chronophage, mais c’est pour cette raison qu’il y a si peu de Grand maitres !!

Stejpan nous développe tout ça sur Hanging Pawns : « How to detect and correct your middlegame mistakes » et « How to analyse chess games« 

Etape 5 : et après ?

Le gain, si gain il y a, est probablement sur le long terme. Dans la mesure où l’intérêt est finalement de se corriger, cela nécessite d’accorder son programme d’entrainement à ces analyses. En comptabilisant les types d’erreurs (tactique – offensive ou défensive, soucis visualisation, stratégie, finale – de tours, de pions -, ouverture – avec les blancs, les noirs -) on peut ainsi porter ses efforts sur les points faibles. De façon encore plus simple : trouver la dernière erreur qui vous fait perdre une partie. Faites-le sur au moins 10 parties et regardez ce qui s’en dégage.

Vous aussi vous analysez ? Dans quelle mesure cela vous a-t-il aidé à progresser ?

Comment créer un plan d’entrainement selon Kostya Kavutskiy


Le programme devrait s’articuler sur trois points : mise en pratique (jouer), apprentissage, et exercices, et dans quatre secteurs : le calcul, la compréhension de la position (bref, la stratégie), finales, et ouvertures.

JOUER

Même si jouer des parties lentes semble être le plus profitable (30+0 a minima), des parties plus rapides peuvent aussi être intéressantes. Une partie lente toutes les 1-3 semaines est valable. Le blitz : pour l’instinct, et l’ouverture, mais ce n’est pas une priorité (de toute façon : analyser aussi ces parties). Pour des parties en lignes : jouer dans des conditions de concentration maximum.

APPRENTISSAGE.

Les livres ne manquent pas ! A défaut d’avoir un programme bien précis, abordez des sujets qui vous intéressent (ou dans lesquels vous avez des faiblesses) et travaillez les régulièrement. Un livre à la fois, une vidéo à chaque fois… 30-45 minutes par jour, ou deux fois par jour. Ne pas se disperser : évitez de travailler une ouverture pendant une semaine, puis de la stratégie pendant 1 semaine, puis de la tactique pendant une semaine.

EXERCICES.

Bien faire la différence entre des exercices tactiques élémentaires (reconnaissance de schémas tactiques) et des exercices de calcul approfondi. Comme le reste : au moins 20-30 minutes par jour. L’amélioration du calcul est essentiel pour le joueurs en progression. Plus il y aura d’exercices pratiqués, plus il y aura de chances que le bénéfice s’en fasse ressentir à un moment ou à un autre.

CALCUL : 1 heure par jour, 7 jours par semaines, par tranches de 4 à 6 semaines (wouah… !)

Toute application/programme est intéressant : les problèmes de chess.com (Puzzle rush et Survival Mode), Lichess aussi, CT-Art, Chessable, ChessTempo.

Pour un niveau de 1400-1800 (en gros au dessus du niveau débutant), Kostya recommande Tactics for the Tournament Player (Alburt & Palatnik) ou Art of Attack (Vukovic). A noter qu’il recommande plutôt la méthode Woodpecker à des joueurs au delà de 1800 elo.

Kostya nous affirme que 4 à 6 semaine de ce travail fera progresser : moins de pièces données à l’adversaire, moins de tactiques ratées.

Jeu positionnel/Stratégie : pour des joueurs débutants à intermédiaires, on pourra évoquer Silman avec son fameux « How to Reassess your chess » ou le « Positionnal Chess Handbook » de Gelfer. Ce genre de livre vous donne toutes les explications et la force de l’exemple devrait vous aider à progresser (Que faire avec une colonne, comment exploiter un pion arriéré chez l’adversaire, etc.) Peut-être pas à lire de a à z, mais aller y piocher après chaque partie afin de mieux comprendre pourquoi on a perdu (ou gagné difficilement).

On peut aussi étudier les parties des grands joueurs (ou au moins d’un grand joueur) : Capablanca, Tal, Fischer, Karpov, etc…

Travailler 1 à 3 parties par jour (y compris les variations !), deviner les coups du joueurs, et noter ce que chaque partie vous a appris.

LES FINALES : pratiques et théoriques. Y consacrer 1 heure par jour. Les finales pratiques se travaillent avec le livre de Sheherevsky (Endgame Strategy) ou de Hellsten (Mastering the Endgame Strategy, plus complet) qui nous explique l’importance des pions, le rôle de l’échange, les majorités de pion, tout ça. D’un point de vue plus théorique (R+P contre R, ou T+P+R contre T+R) , le livre de de la Villa est un de ceux qu’on peut acheter et travailler sur Chessable.

LES OUVERTURES : une par une. Il ne sert à rien d’apprendre les coups par cœur. Foncez sur le milieu de jeu des joueurs pratiquant votre ouverture préférée et comprenez les positions, retenez les thèmes qui y sont consacrés. Bien sûr : travail quotidien pendant plusieurs semaines, travailler les positions typiques, faire des répétitions contre un partenaire (ou l’ordinateur)

Pour faire court :

  • Jouer, apprendre, résoudre.
  • Ne pas se disperser lors de l’apprentissage.
  • Analyser ses erreurs.

D’après How to Create A Training Plan et 4 Ways to Revamp your chess du MI Kostya Kavutskiy (elo 2391)

Encore une fois, le calcul me parait de plus en plus un élément essentiel de l’entrainement au travers des exercices tactiques. La régularité est aussi primordiale. Mieux vaut y consacrer 15 minutes tous les jours que 2h une fois par semaine. La fameuse méthode Woodpecker est rapidement évoquée et serait plutôt destinée à des joueurs de niveau déjà élevé (>1800… mais rien n’empêche de s’y coller si vous avez un elo de 1250 !!!). Toutefois, aborder un thème à la fois pendant un certain temps lui parait plus utile que travailler de front plusieurs sujets, même s’il n’y en a que trois ou quatre. En outre l’analyse des parties est extrêmement utile pour déceler les failles. Toutes les idées de Kostya ont déjà été plus moins (bien) abordées dans ce blog. Avec un petit coup de recherche, nul doute que vous vous construirez votre programme d’entrainement sans difficulté. Un apprentissage aux échecs passe approximativement par ces 4 phases : apprentissage, test (=jouer), analyse, entrainement sur les erreurs. Et on recommence.

Have fun !

Les conseils de Kostya Kavutskiy


  1. Tenir un livre de bord : y marquer les choses apprises lors d’une partie. Garder trace de ses erreurs. Et réviser tout ça de temps en temps.
  2. Noter toutes les variantes d’un exercice tactique : pas simplement le 1er coup et improviser plus ou moins ensuite. Vraiment noter tout ce qui va arriver afin de renforcer son calcul. Cela nécessite bien sûr d’y passer un certain temps. Si celui-ci vient à manquer, on peut ainsi reprendre le calcul plus tard.
  3. Revoir ultérieurement les problèmes non-résolus lors d’une session : les enregistrer (Chessbase, Lichess, peu importe).
  4. Dans les parties rapides (blitz, bullet), se contenter de revoir l’ouverture : surtout si on se fait mater au bout de 15 coups, si on est enfoncé au bout de 15 coups avec les noirs, ou si au bout de 15 coups vous n’arrivez pas à obtenir l’avantage avec les blancs.
  5. Réduire au maximum l’emploi du moteur d’analyse : utiliser son cerveau en premier ! Réserver le moteur pour montrer pourquoi un coup n’est pas bon, ou pour dépister les lacunes tactiques.

D’après Top 5 Chess Habits (to maximize your training)

Chaine vidéo découverte récemment ! A suivre.

C’est comment qu’on fait quoi ?


« J’ai le marteau, mais je n’ai pas un putain de clou ! »

Pour mieux jouer, l’acquisition de connaissances est utile. Les règles, les principes, la stratégie, les schémas tactiques… comment rester zen, bien dormir avant un tournoi, gérer la pendule. A la limite, c’est facile. Le problème est que devant l’échiquier, l’application devient compliquée. Bref, comment on fait ?

Un bon instructeur est un élément indispensable. Mais souvent, il s’agit de cours plus ou moins magistraux, au sein d’un club, avec plusieurs élèves. On y acquiert, à mon avis, plus de connaissances que de compétences. Il y a aussi les cours particuliers quand on peut s’offrir un coach. Mais en cette période de distanciation sociale, les coaches sont rares (oui, oui, le distanciel existe, mais pas aussi convivial que votre prof’ qui est assis en face de vous !) Reste alors la solution du livre qui apporte les bons conseils. Et là… franchement… il n’y en a pas des masses. Mis à part les ouvrages purement techniques : les ouvertures, les finales, les recueils de tactique. Mais qui ne servent qu’à acquérir des connaissances. Mais sinon…

Choisissez sur Variante ou Amazon : comment choisir son coup, calculez comme un grand maitre, progresser avec […] (mettez ici le nom de votre joueur préféré). Il s’avère qu’après en avoir parcouru quelques uns en diagonale, j’ai constaté que la plupart de ces livres vous disent : «  Il faut faire ceci, et attention à cela, et réfléchir ainsi. Regardez comment Machin – elo 2675 – exploite tout ça » L’auteur nous décortique alors une partie, souvent une des siennes, pour montrer l’importance de ses recommandations (Ah oui, contrôler une colonne avec ses tours !!!). Et le livre continue ainsi : quelques conseils généraux, quelques parties pour illustrer les conseils. Dans le meilleur des cas, l’auteur nous gratifie de quelques exercices. On referme le livre et on passe au suivant.

Les plus grands auteurs/joueurs font pareil : Dorfman, Yusupov, Dvorestky, Soltis, Aagaard, Nunn et les autres. Le soucis, à mes yeux, est que lorsque le livre est refermé, on en est au même point. Oui, bon… Silman, évidemment, la bible à en croire certains joueurs serait un must. Les déséquilibres, tout ça quoi ! Certes, leurs bons conseils se sont infiltrés dans une partie de notre cerveau. Certes, on utilise les outils tactiques de Lichess, certes on repère les faiblesses de l’adversaire avec pourquoi pas un beau pion arriéré. Mais au bout du compte… les résultats sont mitigés. Un fou se retrouve toujours enfermé (oui, je sais… le bon et le mauvais fou…), on a aucune case forte pour installer un cavalier sur la sixième rangée, le roque adverse n’a aucune faiblesse. Pire : même en ayant mis un post-it Echec-Capture-Menace à coté de l’échiquier, l’adversaire étouffe notre position au bout du 9ème coup alors que depuis 8 coups on tente désespérément d’appliquer les grands principes des ouvertures en réfléchissant sur au moins 1.5 coups.

On repère alors « Chess for Zebras« , « Move first, think later« , « Pump up your rating » ou « Improve your chess now » pour ne citer qu’eux. Faut déjà être à l’aise avec l’anglais. Mais on y trouve pas mal de conseils utiles et probablement déclencheurs d’une progression chez certains. Bien sûr, notre ami Dan Heisman nous éclaire toujours de ses lumières dans son Guide du joueur qui progresse « A Guide for chess Improvement » évoqué de multiples fois sur ce blog. Mais même l’identification des 10 blocages qui nous empêchent d’évoluer semble ne rien débloquer du tout. Et pour reprendre/paraphraser Jonathan Rawson : la plupart de tous ces livres nous disent que ça y est, avec celui-ci vous allez découvrir le nirvana grâce aux conseils que personne n’a encore eut l’idée de vous donner jusqu’à présent. Et comme votre adversaire ne les connait pas, vous allez donc gagner. Hélas votre adversaire a probablement lu aussi le même livre, vous partez à la recherche d’un autre bouquin.

Ne me dites pas que cela ne vous est jamais arrivé en lisant des avis ou la quatrième de couverture : « Wouah, si avec celui-là, je prends pas 100 elo dans les 6 mois, je me mets aux dominos ! » Bon, vous ne vous mettez pas aux dominos, mais 6 mois plus tard, vous stagnez toujours.

Alors, on répète les exercices tactiques, on analyse ses parties, on établit des programmes d’entrainement. On tient à jour le recueil de nos erreurs au cours des parties. Et on cherche d’autres bouquins. On traine sur des chaines YouTube qui montrent beaucoup de choses intéressantes. On tente Chessable. Mais au bout de trois mois avec la tête dans le guidon, le premier adversaire (non tricheur !) sur Internet avec une cote inférieure de 100 points à la votre vous explose au bout de 20 coups. Ou le jeune ado classé 1210 elo semble être d’une rare précision dans un open, vous achevant dans une finale épuisante.

Reste donc à trouver le bouquin qui nous emmène vers le bon mode de réflexion afin de pouvoir décider du coup à jouer grâce à un calcul efficace. Le bouquin qui nous prépare à mieux penser, qui nous accompagne jour après jour afin de repérer la bonne pièce à déplacer sur la bonne case. Et là… j’avoue que c’est un peu le désert.

Concentration.


« Se concentrer n’est pas regarder fixement quelque chose, ni essayer de se concentrer !« 

Dire à quelqu’un : « Tu dois te concentrer !« , n’aboutit à rien. Ce n’est pas comme si on actionnait un bouton marche/arrêt. Et le meilleure façon de le faire en dehors d’une partie, est de s’entrainer avant.

D’abord s’équiper d’un chronomètre. ensuite, se créer une base de données « Positions d’entrainement » avec des positions intéressantes, curieuses, problématiques. Mais pas nécessairement difficiles. Piocher dans TWIC par exemple. Pourquoi pas nos parties, mais surtout des parties commentées car il faudra comparer vos idées avec la réalité. en fait, il faut repérer le moment ou cela bascule, ou celle dans lesquelles on a l’impression qu’un camp est meilleur alors qu’il perd la partie.

Puis, réfléchir à la position pendant 20 minutes (ou moins, l’essentiel est de s’y tenir strictement). Puis comparer le coup choisi avec la vraie partie ou l’ordinateur. Au début, les résultats seront décevants. Mais progressivement vous comprendrez vos lacunes et vous finirez  par analyser de plus en plus finement.

Il s’agira surtout de prendre l’habitude de s’assoir devant un échiquier, poser les pièces, réfléchir, donner sa solution et de la comparer avec la  source. Certes, on aura surtout l’impression de ne rien apprendre, mais le but est d’acquérir des compétences et non pas des connaissances. 20mn de ce genre d’exercice est tout aussi profitable qu’une partie d’une heure.

d’après « Chess for Zebras » (Jonathan Rawson)

Cela ressemble assez à la méthode Stoyko mise  en avant par Dan Heisman. Jonathan reste assez flou sur les détails. Notamment quand il précise que les positions peuvent être issues de The Week in Chess, alors qu’elles n’y sont pas commentées. Le bénéfice devrait se faire sentir sur le long terme. L’assimilation de connaissances stratégiques devrait aider quant à la compréhension du coup idéal joué ou recommandé. Jonathan précise bien, à la fin de son chapitre dédié à la concentration, que pour être précis, il faut surtout être très attentif sur les intentions de l’adversaire (et comme il l’analyse aussi dans ce chapitre : il faut surtout analyser 1 coup plus loin que son adversaire !)

Les conseils de Todd (2)


Le moment fatidique arrive : il va falloir (ou pas) capturer ou se laisser capturer une pièce.

  1. ÉCHANGE

Le but d’un échange est multiple :

  • Gagner un temps
  • Ouvrir/fermer une colonne (diagonale ou colonne)
  • Éliminer un défenseur
  • Pour toute autre raison que vous jugez valable !

Il est intéressant d’échanger :

  • Quand vous avez un avantage matériel : échangez les pièces mais pas les pions.
  • Quand vous avez moins d’espace que votre adversaire.
  • Quand vous subissez une attaque (surtout les dames !)
  • Quand cela simplifie une position à votre avantage (notamment dans une finale)

Il n’est pas intéressant d’échanger :

  • Quand vous avez un retard matériel (mais capturez les pions, ces futurs candidats à la promotion)
  • Quand vous avez plus d’espace
  • Quand vous attaquez
  • Quand cela arrange l’adversaire

2. CAPTURE

Quand il y a plusieurs captures, commencez à prendre avec la pièce la plus faible (si c’est possible). N’hésitez pas à modifier l’ordre des captures quand la position est complexe et que vous ne trouvez pas comment faire.

3. DÉCOMPTE

On ne le répétera jamais assez : comptez toujours combien il y a d’attaquants et de défenseurs. Autant pour les pièces que pour les cases. S’il y a plus d’attaquants que de défenseurs : la pièce peut être capturée ou la case contrôlée. Se méfier toutefois lorsque des pièces de différentes valeurs s’échangent. Une dame, aussi bien protégée soit-elle, est malgré tout en danger si elle est attaquée par un pion ! Vérifiez bien l’ordre des captures.

D’après Chess Strategy Workbook (Todd Bardwick)

 

 

Devenir un meilleur joueur (2)


Si vous voulez devenir un meilleur joueur, vous devez avoir de meilleures habitudes, grâce à l’entrainement. Le meilleur entraînement est celui qui vous pousse aux limites de votre zone de confort, celle où vous vous forcez à assumer la responsabilité de décisions difficiles. Il est tellement plus facile de lire des livres qui donnent des orientations stratégiques, des conseils et des astuces. Mais ce dont vous avez besoin, c’est de « savoir-faire », c’est-à-dire d’apprendre par la pratique. La meilleure façon de cultiver de meilleures habitudes est de les construire sur la base de vos habitudes existantes et d’examiner de près vos lacunes. Vous constaterez que la plupart des erreurs ne sont pas dues à l’ignorance, mais au fait de ne pas voir les choses ou de ne pas les faire. Vous pouvez y travailler en jouant et en analysant ensuite vos parties honnêtement, en résolvant des problèmes d’échecs complexes ou en essayant de gagner des positions gagnantes face à des moteurs d’analyse puissants. Je pense même que vous pouvez développer vos compétences grâce à une utilisation intelligente des parties de blitz – où vous n’analysez pas les positions en profondeur, mais comparez vos intuitions avec la façon dont la partie se développe. Avec ces approches, vous n’acquérez pas de nouvelles « connaissances », vous pourriez donc avoir l’impression de ne pas progresser en tant que joueur. Cependant, si les arguments présentés dans ce chapitre vous paraissent logiques, et si vous pouvez faire confiance à ce type de processus de formation, je pense que vous constaterez que votre niveau de compétence s’améliore, et avec lui, vos résultats.

Rowson, Jonathan. Chess for Zebras. Gambit Publications.

(déjà publié, mais WordPress a décidé de mettre en place un système rigide censé améliorer la publication des articles, mais qui finalement la complique. Il devient très difficile de corriger ensuite une erreur, une faute d’orthographe, sans avoir à tout refaire.)

Devenir un meilleur joueur


Si vous voulez devenir un meilleur joueur, vous devez avoir de meilleures habitudes, grâce à l’entrainement. Le meilleur entraînement est celui qui vous pousse aux limites de votre zone de confort, celle dans où vous vous forcez à assumer la responsabilité de décisions difficiles. Il est tellement plus facile de lire des livres qui donnent des orientations stratégiques, des conseils et des astuces. Mais ce dont vous avez besoin, c’est de « savoir-faire », c’est-à-dire d’apprendre par la pratique. La meilleure façon de cultiver de meilleures habitudes est de les construire sur la base de vos habitudes existantes et d’examiner de près vos lacunes. Vous constaterez que la plupart des erreurs ne sont pas dues à l’ignorance, mais au fait de ne pas voir les choses ou de ne pas les faire. Vous pouvez y travailler en jouant et en analysant ensuite vos parties honnêtement, en résolvant des problèmes d’échecs complexes ou en essayant de gagner des positions gagnantes face à des moteurs d’analyse puissants. Je pense même que vous pouvez développer vos compétences grâce à une utilisation intelligente des parties de blitz – où vous n’analysez pas les positions en profondeur, mais comparez vos intuitions avec la façon dont la partie se développe. Avec ces approches, vous n’acquérez pas de nouvelles « connaissances », vous pourriez donc avoir l’impression de ne pas progresser en tant que joueur. Cependant, si les arguments présentés dans ce chapitre vous paraissent logiques, et si vous pouvez faire confiance à ce type de processus de formation, je pense que vous constaterez que votre niveau de compétence s’améliore, et avec lui, vos résultats.

Rowson, Jonathan. Chess for Zebras. Gambit Publications.

 

Aussi bon soit-il, « Chess for Zebras » n’est pas le livre miracle qui vous fera progresser en trois mois (contrairement à ce certains joueurs prétendent sur des forums) . Mais l’approche psycho-cognitive (ça existe ce mot ?) de Jonathan est intéressante, tout comme ses « 7 péchés capitaux aux échecs ». Il nous enlève des œillères et nous fait sortir des sentiers archi battus de la tactique et des programmes d’entrainement rigides. Les commentaires des parties sont plus orientés sur les motivations des joueurs que sur de réelles considérations stratégiques. On aura autant intérêt à lire les parties commentées dans les bouquins de Jonathan que celles de Mr Chernev. En tout cas une bonne alternative lorsqu’on sature à force de travailler la tactique, la stratégie, les finales, les ouvertures.

 

Les conseils de Todd


SOYEZ OBSERVATEURS !

 

Lorsque votre adversaire réfléchit, regardez comment les pièces sont alignées, tant sur des diagonales que sur de rangées (ou des colonnes).

Un roi en c3 et une dame en e5… Hop, une belle diagonale qui peut être exploitable pour un coup tactique.

Pas de pièces alignées ? Et si une déviation, ou une attraction, le permettait ?

 

Le conseil du jour : une pièce tout seule dans le camp adverse ? Souvent de telles pièces sont les cibles potentielles d’une capture.

 

Merci Todd ! (Chess Strategy Workbook)

 

 

Faut-il jeter les moteurs d’échecs ?


Sylvain Ravot nous montre bien les dangers d’une utilisation à outrance des moteurs d’échecs. Que ce soit sur votre site préféré (Lichess, Chess.com, ou Chess24) ou aussi sur votre logiciel préféré. Et que ce soit avec Stockfish (la dernière version 13 ne change pas grand-chose semble-t-il) ou Komodo par exemple.

Estimations positionnelles chiffrées sans rapport avec la position, estimations faussées des ouvertures, analyses automatiques démoralisantes… Bref, pour un joueur débutant, l’emploi des moteurs d’analyse est un réel danger : le cerveau ne réfléchit plus,  l’analyse est polluée par les résultats mathématiques, certains bons coups (pour un joueur de petit niveau) sont classés comme « gaffe » (??) sans que la position se soit réellement dégradée. Bref, on ne sait plus jouer !

Pour faire court : désactivez l’analyse permanente lorsque vous voulez revoir une partie. Réfléchissez sur ce qui vous semble anormal, compliqué, annotez les positions sur lesquelles vous avez buté.

Lors des ouvertures, fiez-vous aux bibliothèques issues des parties de joueurs de haut niveau et non pas sur le +0.25 donné au bout d’une nuit de réflexion d’un microprocesseur et dont l’avantage ne pourra se faire ressentir qu’au bout de 20 coups.

Éventuellement, vérifiez grâce à SF pourquoi vous avez perdu une pièce ou à quel moment vous auriez pu avoir une position plus simple. Et si vous êtes victime d’un ? ou d’un ?? lors de l’analyse, mais que cela ne semble pas évident quant à la réelle signification, ne vous formalisez pas ! Soyez malgré tout attentif au coup tactique que le moteur ne manquera pas de vous signaler.

Si d’un point de vue pédagogique, la désactivation d’un moteur d’échec est pertinente, il n’en reste pas moins que cela reste un excellent outil qu’il convient simplement d’utiliser à bon escient. il vous montrera probablement quand, tactiquement, vous avez perdu votre partie. Bien sûr, si un coach/entraineur/joueur avec un un elo supérieur est à votre disposition pour vous guidez, cela reste encore la meilleure solution. Allez voir les conseils de Stjepan pour avoir des conseils pratique d’analyse.