Soyez dynamiques !


« Une armée moins nombreuse peut vaincre un ennemi numériquement supérieur si elle peut briser le côté le plus faible de l’ennemi.« 

De qui est cette phrase ? Lao-Tseu ? Napoléon ? Sun-Tzu ? Jules César ?

Non, Kasparov quand il évoque les notions de dynamisme et d’initiative.

Vous avez une position dynamique si :

  • Vos pièces sont bien coordonnées
  • Vous contrôlez un maximum de cases
  • Vos pièces sont en mesure de porter des attaques
  • Vos pions ne sont pas bloqués.

D’après The Zugzwang Method (Daniel Muñoz)

Le pion dame isolé.


Je suis dans ma période structure de pions ! Et comme j’ai une tendance à la simplification, cela va être court malgré toute la littérature sur ce sujet.

Le PDI (ou Isolated Queen Pawn), ou isolani est une structure qui est souvent évoquée : pion d4, privé des acolytes des colonnes c et e. Ne surtout pas se dire : « De toute façon je ne joue jamais 1.d4, donc cela ne me concerne pas ! » D’abord cette structure peut se retrouver dans l’Alapin, par exemple, mais on peut aussi se retrouver face à une telle structure. Il faudra donc savoir comment réagir.

Bien loin de toutes les grandes considérations tactiques et stratégiques (n’oublions pas que nous sommes sur les Echecs sans peine !) il faudra retenir plusieurs choses malgré tout (et probablement par coeur… désolé…).

Ce pion isolé crée un déséquilibre chez les Blancs qui ont 3 ilots de pions contre 2 seulement chez les noirs. Et ce déséquilibre en milieu de partie peut se transformer en faiblesse lors d’une finale.

Les Blancs devront :

  • Essayer de placer un cavalier en c5 ou e5
  • Éviter les échanges de pièces afin de retarder l’échéance d’une finale
  • Développer et activer leurs pièces de façon dynamique
  • Attaquer le roi le plus rapidement possible
  • Préparer solidement l’avance d5 parfois utile si la situation stagne.

Les Noirs devront :

  • S’opposer au plan des blancs
  • Échanger au maximum pour arriver en finale
  • Poser un cavalier en d5.
  • Attaquer d5 une fois celui-ci bloqué.

Le travail de fond sera ensuite de trouver des parties sur ce thème et de voir comment des très bons joueurs jouent cette position.

Évaluation d’une position : les idées de R.B. Ramesh


Dans son « Fundamental Chess : Logical Decision Making » Ramesh évoque un processus de réflexion avec les étapes suivantes lorsqu’il s’agit d’évaluer une position :

  1. Identifier les idées et les inconvénients du coup de l’adversaire
  2. Dresser une liste des coups ou idées possibles dont nous disposons
  3. Analyser nos options aussi efficacement et correctement que possible
  4. Terminer l’analyse par une évaluation appropriée
  5. Décider d’un coup sur la base de l’évaluation
  6. Gérer le temps sur l’horloge tout en faisant ce qui précède

Afin d’évaluer une position, il faudra tenir compte des éléments suivant (par ordre d’importance) :

  1. LA SÉCURITÉ DU ROI

Plus le roi est à l’abri, plus il libérera les autres pièces pour d’autres tâches.

Une règle simple : avoir trois pions devant le roi, avoir au moins une pièce devant le roque, et ne pas être en infériorité numérique de plus de trois pièces dans ce secteur. L’attaquant a intérêt à avoir au moins trois pièces afin de pouvoir en sacrifier une lors de l’attaque frontale sur les pions boucliers (d’autant plus facile si aucune pièce adverse est devant le roque). Si votre roi est encore au centre, il peut être utile, (en dehors de la possibilité de roquer), de pouvoir le déplacer rapidement derrière des pions eux mêmes soutenus avec une pièce adjacente. Avec votre roi au centre, l’adversaire aurait intérêt à ouvrir le jeu.

Assurer la sécurité de notre roi est la tâche la plus importante, quitte à faire des compromis sur l’activité des pièces ou de refuser du matériel gratuit pour le protéger. La structure de pions peut s’en trouver affaiblie également. D’autres faiblesses peuvent apparaitre : un manque d’espace ou un défaut de contrôle de certaines cases.
La priorité de l’adversaire est aussi de garder son roi en sécurité : à nous de démolir ses pions boucliers ou d’affaiblir sa position avec les idées émises ci-dessus

2. L’ACTIVITÉ DES PIÈCES

A choisir, l’option b) est préférable à l’option a) :

a) Jouer avec une égalité matérielle, mais avec des pièces passives ;
b) Jouer avec moins de matériel, par exemple un pion, mais avec des pièces actives.

Toutefois sacrifier un pion pour obtenir une meilleure activité n’est pas une décision facile au cours d’une partie. A titre d’exemple, il peut être intéressant de sacrifier un pion dame isolé difficilement défendable pour activer une pièce. Et activer/développer ses pièces doit se faire au détriment de la même action chez l’adversaire !

On peut retenir qu’une pièce active peut se déplacer suffisamment sans atterrir sur une case contrôlée par l’adversaire, et/ou qu’elle n’est pas gênée sur sa trajectoire par une pièce, quel que soit le camp.

Après chaque échange/capture, il faut ré-évaluer l’activité des pièces. Toutefois, ne pas s’affoler : une position avec des pièces peu actives n’est pas une position perdue !

3. LE MATÉRIEL

La stratégie générale quand on est en avance est de créer des échanges afin d’aboutir à une finale gagnante. Le joueur avec l’avantage matériel est censé gagner. Un pion en moins peut être compensé par une activité supérieure. Selon les circonstances, on a parfois intérêt à sacrifier une pièce pour affaiblir le roque adverse ou pour protéger son roi.

Les trois derniers points : sécurité du roi, activité et matériels sont cruciaux pour évaluer une position.

4. LA STRUCTURE DE PIONS

La structure de pions vient moduler l’évaluation de la position. Bien sûr avoir des pions arriérés, doublés, isolés sont des désavantages, mais ce seront en général la sécurité du roi et l’activité des pièces qui devront être prioritairement pris en compte pour l’évaluation de la positon.

Une mauvaise structure de pions est souvent compensée par une activité des pièces.

Ramesh nous dit que lorsqu’on pense que notre adversaire négocie mal son ouverture, il est intéressant de prendre des risques pour gagner l’initiative.

Le camp avec la meilleure structure de pions aurait intérêt à échanger les pièces, notamment à éliminer la pièce adverse la plus active (ce qui annule du coup l’avantage de la pièce active par rapport à une mauvaise structure de pions)

4. L’ESPACE

Plus on en a, plus nos pièces peuvent se mouvoir. Le joueur qui le plus d’espace au centre a un léger avantage.

Lorsque nous avons un avantage à long terme, comme l’espace, nous ne devons pas nous précipiter pour trouver un plan gagnant. La chose importante à faire est de ne pas laisser l’adversaire contre-attaquer et en même temps améliorer progressivement la position de nos pièces.

Quand on a un manque d’espace avec des pièces passives, Il préférable d’ouvrir la position avec des pions leviers, plutôt que de les avancer.

Ensuite, la simplification d’une position (comme échanger les dames) permet souvent d’arriver sur une finale gagnante rarement appréciée des joueurs débutants.

Il est bien connu que dans une position serrée, le joueur à l’étroit aura tout intérêt à échanger des pièces (contrairement au joueurs qui a le bénéfice de l’espace).

Lorsque le joueur adverse a un pion qui atteint la 5eme rangée (pour les blancs), RB Ramesh conseille d’utiliser un pion levier noir pour ouvrir la position.

5. LES FAIBLESSES

Un pion arriéré, une case non contrôlée, l’adversaire qui possède la paire de fous… ce sont des faiblesses.

Faiblesses à court terme et à long terme.

Court terme : roi encore au centre, pièce en prise, pièces non développées. Il faut agir immédiatement si on veut profiter des faiblesses de cet adversaire. Quand le roi et encore au centre ou que des pièces ne sont pas développées, ouvrir au centre est souvent une bonne idée (tant pis si c’est au prix d’un pion sacrifié !)

Long terme : mauvaise structure de pions, mauvais contrôle de cases, adversaire qui possède la paire de fous, roi mal protégé. Le joueur qui a l’avantage devrait pouvoir essayer de simplifier tranquillement la position à bon escient.

Faiblesse potentielle ou réelle.

Une pièce est faible (faiblesse potentielle) que si elle peut être attaquée (faiblesse réelle). Nous devons en permanence rechercher ces faiblesses potentielles et les attaquer et se prémunir de toute faiblesse potentielle dans notre camp. Guetter une faiblesse sur le roi adverse est probablement une des priorités dans la conduite d’une partie.

Ramesh nous précise que la structure de pion ne doit être prise en compte (et entrer dans un plan) que si la sécurité du roi est assurée, et qu’il y a un équilibre matériel et d’activité.

Merci, R.B. Ramesh pour ces conseils !

Plan, ouverture et structure de pions


Souvent, apprendre une ouverture consiste à mémoriser une suite de coups. Et la tache semble aussi ingrate qu’impossible, d’autant plus que pour des joueurs de petit niveau, les suites théoriques sont rarement rencontrées. Soit parce que notre adversaire joue un coup probablement moins fort que prévu et qu’on ne sait pas exploiter, ou, au contraire, il joue la variante toxique qui nous met dans le rouge immédiatement. Cela nous sort de notre répertoire très rapidement. Sans plan, sans compréhension de la position, la partie se résume à une série d’escarmouches ou à une partie de ping-pong !

Il semble qu’il soit utile d’articuler la compréhension d’une ouverture sur des parties modèles de grands maitres affrontant des joueurs de niveau inférieur (-100 à -150 elo), sur l’apprentissage de tabias (suite de coups correspondant à la variante principale, c’est à dire la plus souvent jouée à haut niveau) et sur la reconnaissance de structures de pions.

De la structure de pions découle le plan qu’il conviendra d’aborder. Si les notions de colonne ouverte, de cases fortes et des autres subtilités stratégiques sont souvent assez bien comprises, elles deviennent plus difficiles à intégrer en fonction des autres éléments de la position.

Afin d’étudier sereinement une ouverture, il conviendrait de :

  • connaitre les tabias des différentes variantes et les plans associés
  • connaitre les structures de pions qui y sont rattachées
  • avoir quelques parties modèles
  • éventuellement connaitre les pièges et autres subtilités tactiques qui peuvent apparaitre

La maitrise de ces éléments permet donc d’avoir un avantage sur son adversaire.

D’après Understand your opening using tabiyas, pawn structures, model games and typical tactics

« Les structures de pions » de Mauricio del Flores semble être une référence (traduit en français).Travailler la structure liée à l’isolani serait la première étape car elle se rencontre fréquemment : le pion dame isolé (Isolated Queen Pawn = IQP, ou isolani). Mais ensuite, il conviendra de travailler d’autres structures : la structure Carlsbad, les pions pendants et les centres fermés (colonne d et e). De façon plus pragmatique, vous pouvez aussi travailler directement les structures que vous rencontrez dans vos ouvertures préférées.

Stratégie et jeu positionnel.


En parcourant de temps en temps « Build up your chess » (the Fundamentals), je me suis rendu compte qu’il y avait des chapitres destinés à la stratégie et d’autres au jeu positionnel. D’où mon questionnement : est-ce qu’un livre sur la stratégie parle de la même chose que du jeu positionnel aux échecs ? En effet les deux notions semblent assez proches.

Qui dit jeu positionnel dit… position !

Et comment évalue-t-on une position ? en regardant les points suivants :

  1. Le matériel : simple calcul selon la valeur des pièces.
  2. L’espace : nombre de cases dont vous disposez pour déplacer librement vos pièces entre vos pions et votre première rangée. Souvent estimé de façon visuelle.
  3. Activité des pièces : si vous avez un mauvais fou (si on résume : fou bloqué par les pions de son camp), un cavalier qui n’a aucune case pour se déplacer, et deux tours encore sur leur case de départ et avec aucun pion devant elles, on ne peut pas dire que vos pièces soient actives.
  4. Contrôle du centre : grâce à son occupation matérielle par des pions ou des pièces, et grâce au contrôle que vous pouvez avoir sur celui-ci, dès le départ de la partie. Secondairement, selon la situation, en optimisant la centralisation de vos pièces
  5. Structure de pions : il vaut mieux avoir le plus possible de pions liés entre eux.
  6. Sécurité du roi : il ne suffit pas seulement qu’il soit bien à l’abri derrière ses pions après avoir roqué à côté de sa tour, encore faut-il que les pièces adverses n’y dirigent pas leurs attaques.

Si on retire le point 1, on se rend compte que ce sont essentiellement des notions de placement de pièces qui sont prises en compte. On peut avoir exactement le même nombre de pièces et avoir une position plus ou moins avantageuse que son adversaire.

On oppose classiquement un jeu positionnel (plutôt lignes fermées) à un jeu tactique (plutôt avec des lignes ouvertes). Toutefois, si on excepte une erreur grossière de l’adversaire aboutissant à un gain tactique, c’est souvent une maitrise du jeu positionnel qui aboutit au gain d’une partie, l’adversaire étant parfois obligé de « sacrifier » une pièce (ou simplement un pion) s’il veut poursuivre la partie avec un minimum de chances de renverser la situation.

De l’évaluation de la position va émerger des choix stratégiques : exploiter une case forte, gagner de l’espace, attaquer un roque, attaquer sur une aile, renforcer le centre, aller occuper une 7eme rangée.

La stratégie sans tactique est le chemin le plus lent vers la victoire. La tactique sans stratégie est le bruit de la défaite.