Graines de violence (et feedback tactique)


Aucun joueur d’échec n’ignore que la tactique est essentielle pour la bonne conduite d’une partie. Elle permet de mater le roi adverse, de gagner une pièce, d’obtenir un avantage stratégique. C’est un vaste domaine qui commence à la simple capture d’une pièce non protégée, et qui finit au mat final, en passant par des échanges complexes ou le gain d’une pièce au bout de plusieurs coups dans une suite forcée. Plus de 99% des parties de niveau inférieur 1400-1500, selon Dan Heisman, présente à un moment ou à un autre la possibilité de gagner une partie grâce à la tactique. Faites donc vos statistiques avec vos dernières parties lentes de tournoi . Il faut donc sortir ses antennes et repérer le moment où il va être temps de faire chauffer ses neurones, sans y consacrer trop de temps, si on désire acquérir un gain substantiel amenant à la victoire. Les indices sont multiples :

  • Pièce pas ou mal protégée : plus d’attaquants que de défenseurs, un des défenseurs est le roi, des pièces lourdes protègent une pièce attaquée par des pièces mineures
  • Pour les blancs : 7 ou 8eme rangée mal contrôlée par l’adversaire ou pion blanc sur la 6ème ou 7ème rangée
  • Alignement de pièces importantes sur la même colonne, rangée, ou diagonale
  • Pièce clouée ou cible potentielle d’un clouage
  • Roi encore sur sa case avec un centre ouvert
  • Retard de développement
  • Concentration de pièces supérieure à l’adversaire dans un secteur de l’échiquier (surtout devant un roque).

Bien sûr, le coup tactique qui amène sur une suite forcée devra être privilégiée. Il faudra être également au point sur la trilogie échec-capture-menace (dans cet ordre). Encore plus dans les situation où un gain tactique se profile, le calcul ne devra pas s’arrêter trop tôt, au risque de passer à côté du bon coup ou d’aboutir sur une contre-attaque dévastatrice. Se rappeler qu’un avantage tactique est toujours supérieur à un avantage positionnel : ne pas éliminer une capture sous prétexte que cela donne des pions doublés ou qu’un cavalier se retrouve sur la colonne h, loin du centre. Inversement, sacrifier une pièce sous prétexte que cela affaiblit un roque ou ouvre une colonne reste assez délicat si la suite n’est pas précisément calculée.

De façon plus générale, trois grandes situations :

  1. L’adversaire fait une menace tactique (ou un échec ou une capture), qui ne peut pas être contrée, ou qui peut l’être, mais qui est manquée/non détectée. Une tactique ne peut pas être contrée souvent parce qu’on a mal évalué la dangerosité du coup de l’adversaire. Le processus de réflexion doit être travaillé. Ensuite, il est probable que la menace tactique puisse être contrée ; le calcul devrait nous aider.
  2. Il n’y a pas de menace tactique, mais le joueur fait un mouvement hasardeux, ce qui permet à l’adversaire d’avoir une tactique. C’est ce qui, malgré une position supérieure, entraine le joueur avec un avantage vers la défaite. A petit niveau, il est certainement plus profitable de travailler cet aspect que d’ingurgiter l’intégralité d’un livre sur la stratégie.
  3. En raison d’un zwischenzug inapproprié ou d’une tactique ratée, le joueur inattentif qui doit jouer se retrouve avec la tactique restante du coup précédent (et parfois avec deux pièces en prise).

Malgré tout, lors de l’analyse d’une partie, on découvre une tactique qui aurait pu nous faire gagner la partie plus rapidement, ou on en est encore à se demander comment on a pu laisser notre dame se faire capturer aussi facilement ! Il est temps de revoir la liste ci-dessus et de noter les éléments qui n’ont pas été pris en compte. Et de les intégrer de façon plus précise lors de nos prochaines parties.

Tentez les vidéos de Dan Heisman sur ce sujet (en anglais et malheureusement avec une qualité sonore perfectible, heureusement l’option sous-titrage peut aider), ou les explications de Marc Quenehen.

Réflexion, tactique et constance.


Dan Heisman, coach américain souvent cité sur ce blog, s’était demandé comment un de ses élèves avait réalisé une excellente performance lors d’un tournoi. Sa conclusion, après avoir discuté avec lui et analysé sa partie, fut qu’il avait fait attention à chaque coup : du premier jusqu’au dernier. Il estime que dans au moins 90 % des parties de petit niveau, il y a une opportunité tactique qui permet d’obtenir le gain. Hans Tikkanen et Axel Smith ont estimé dans leur livre « the Woodpecker Method » qu’à un niveau 1800, 75% des parties se gagnent sur un coup tactique.

Perfectionnez-vous aux échecs avec Andreï Volokitin.


Entre les nombreuses positions à étudier dans Perfect your chess (cité dans une discussion sur Chessdojo), Volokitin émet quelques idées générales. J’ai trouvé intéressant d’en exprimer quelques une.

La plupart des joueurs d’échecs négligent de travailler régulièrement avec leur principal outil : leur cerveau. Il ne s’agit pas de renier l’importance des études des ouvertures ou des parties récentes de grands joueurs, mais il convient de relativiser l’intérêt de ce travail. Il s’agit de passer plutôt son temps à développer des notions essentielles telles que le calcul, la visualisation, l’analyse de variantes, et l’imagination.

La lecture de livres, aussi bien écrits soient-ils par des auteurs de qualité, n’apporte pas souvent grand chose car la substance est rapidement oubliée. Car au lieu de rejouer de nombreuses parties, il est plus utile d’en deviner les coups. Plutôt que de suivre passivement l’analyse d’un joueur de haut niveau, il vaut mieux effectuer cette analyse soi-même et la comparer avec celle du maitre. Et tout comme le pianiste fait ses gammes chaque jour, le joueur d’échecs doit exercer sa vision tactique quotidiennement.

Il doit aussi développer son intuition : l’aptitude à trouver le meilleur coup quand il est impossible de tout calculer (faute de temps ou en raison d’une position trop complexe). Cela nécessite malgré tout une bonne compréhension de la partie. Des joueurs ne font pas assez confiance à leur intuition et perdent leur temps dans des calculs infructueux.

Forcer le gain d’une position gagnante n’est pas une tache aisée et même des GMI échouent dans cette tache complexe. Travailler des lignes d’ouvertures, ou travailler des positions stratégiques devrait s’effacer devant un travail de la vision tactique.

Si la tactique est essentielle, il n’en reste pas moins que lors d’une partie le joueur se pose des questions à tout moment. Est-ce que je dois échanger ? Comment améliorer ma structure de pions ? Quelle est l’intention de mon adversaire ? La réponse est sous les yeux. La tactique sert alors de support.

Volokitin propose trois séries d’exercices. Contrairement à d’autres livres, il n’y a pas d’évaluation (comme dans The Best Move, ou le Chess Puzzle Book de John Nunn). Trois séries d’exercices, chacune commençant par des exemples de parties de l’auteur.

La première série de problèmes s’attache surtout à montrer l’importance du bon premier coup : celui qui assure le gain si la suite est bonne. Elle vise à développer la créativité et l’imagination.

La deuxième série incite à trouver une suite forcée grâce au calcul et à la visualisation.

Enfin, la troisième nous met dans la peau d’un GMI. Le but est d’aider à développer la compréhension d’une position. La solution peut être tactique ou stratégique. Ces problèmes sont là pour révéler vos faiblesses dans votre processus de réflexion notamment.

Ce ne sont pas moins de 360 exercices, de complexité croissante (les derniers de chaque série sont censés donner du fil à retordre aux meilleurs joueurs).

La version reliée (papier) est à …. plus de 600 € d’occasion sur Amazon (1 seul exemplaire). Attendez une ré-édition si vous désirez le poser sur votre étagère un jour. Heureusement la version Kindle est adaptée aux liseuses et coute 8.13 € euros. A noter que la traduction en anglais est assurée par Steve Giddins, auteur de quelques ouvrages intéressants (eux-même traduits en français dont « Comment construire son répertoire d’ouverture »)

Andreï Volokitin est un GMI Ukrainien né en 1986 avec de nombreuses victoires (2562 elo avec une pointe à plus de 2720). Le co-auteur Vladimir Grabinsky est un MI ukrainien (2219 elo), dont quelques uns de ses élèves ont obtenu le titre de GMI.

Quel est votre livre de tactique préféré ?

La tactique selon Joachim Mouhamad (Maitre FIDE)


Plusieurs pistes à travailler, grâces aux options tactiques de Lichess (même si Joachim évoque Chess.com !)

  1. Pièce en prise
  2. Mat en 1 coups
  3. Mat en 2 coups

Réglez le niveau désiré (-300 ou -600 : peut-être plus facile mais la moindre erreur se paye cash sur la cote tactique !) et résolvez les exercices quasi automatiquement, de façon à aller de plus en plus vite. Idéalement moins de 5 secondes. Quand vous maitrisez les pièces en prise, passez au mat en 1, puis au mat en 2 (consacrez-y quand même plusieurs jours à quelques semaines pour chaque thème tactique). N’hésitez pas à revoir les exercices ratés.

Une fois que vous serez à l’aise, vous pouvez passer au stade supérieur, de façon à travailler les éléments suivant (toujours grâce aux exercices de Lichess ou de chess.com) :

  • La fourchette et l’attaque double
  • L’enfilade (brochette, rayons X)
  • Le clouage
  • La pièce enfermée
  • La suppression du défenseur

Merci Joachim pour ces idée d’entrainement tactique !

Le gambit Stafford


Développé je crois par Eric Rosen sur une défense russe (Petroff c’est pareil), et qui intervient après les coups suivants :

  1. e4 e5
  2. Cf3 Cf6
  3. Cxe5 Cc6

Cette petite découverte rend le travail des Blancs délicat vu les nombreuses options agressives que possèdent les Noirs si Cxc6 est joué. Les choix des blancs en réponse à ce Cc6 leur laissent que peu de réponses valides et ils risquent à tout moment, et sous la pression, de choisir un coup permettant à leur adversaire de prendre un avantage non négligeable. Il est amusant de constater que ce gambit est rarement joué par les Noirs à haut niveau (car les connaissances tactiques des Blancs leur permettent de déjouer les pièges), mais l’appât du gain le rend omniprésent sur les parties en ligne. Il est également curieux de constater que 3. … Cc6 est loin d’être le coup préconisé par Stockfish. Mais faut-il le rappeler, les moteurs d’analyse sont loin d’être les plus performants sur l’évaluation de la pertinence d’une ouverture. Toujours est-il que du haut de sa 7-8eme position dans le choix de SF14, ce coup est bien piégeux ! Là où SF14 est d’un mauvais conseil, c’est quand il donne un sérieux avantage aux Blancs si le gambit est accepté. Car n’oublions pas que le calcul de SF14 s’effectue avec l’hypothèse que nous allons réfléchir comme lui et garder les quelques 2 à 3 poins d’avance que son analyse procure aux blancs.

Sur 4. Cxc6, on peut se demander pourquoi ce coup serait joué en complète opposition avec les principes généraux des ouvertures : le cavalier blanc est joué deux fois (alors que les Blancs ont l’avantage d’un pion) et donnent ainsi aux Noirs la possibilité d’avoir deux fous et une dame prêts à dégainer alors que l’activité des blancs est réduite au minimum syndical sans avoir une seule pièce développée ! Ne pas oublier cet autre principe des ouvertures (souvent écrit en tout petit…) : « Appliquer les principes des ouvertures en empêchant son adversaire d’en faire autant« . Et là, autant dire, qu’en acceptant ce gambit, on aide les Noirs à se développer en toute impunité !!!

Après 4. … dxc6, les Blancs ont probablement la réponse 5. e5 qui limite la casse, mais qui nécessite quand même de connaitre quelques variantes par cœur et qui emmène malgré tout les blancs sur un terrain glissant.

Sylvain Ravot nous rappelle qu’on peut refuser un gambit. Et sur 3. … Cc6, les Blancs jouent tranquillement 4. Cf3, privant ainsi les Noirs d’un gain facile et quelque peu fourbe. Mais le cavalier, même s’il retourne sur une bonne case et donne aux blancs une bonne position, joue une troisième fois ! Et du coup : retard de développement ! On peut donc tenter 4. d4 qui ne présente que des avantages, dont celui de simplifier les différents complications et donc de limiter la théorie. Ces deux propositions efficaces, si elles ne nous donnent pas le gros avantage théorique procuré par 4. Cxc3 (selon SF14), sont donc à mettre dans notre arsenal anti-Stafford.

Et puis rien ne nous empêche non plus de jouer 3. d4.

Good bye, Stafford !

Sacré Stafford, toujours aussi farceur !