Le programme d’entrainement de ChessDojo.


Les trois compères de ce site, déjà évoqués sur « Les échecs sans peine », ont élaboré un programme qui inclue des bases indispensables. Il n’est pas obligatoire de s’y inscrire car tout est faisable chez soi, nous précise Jesse Kraii qui présente leurs idées selon le niveau. Leur philosophie :

  1. La pratique ne doit pas être négligée en faveur de l’étude
  2. Travailler en communauté, avec des partenaires de jeu
  3. Perdre est l’opportunité d’apprendre
  4. La maitrise nécessite un travail difficile
  5. Rester positif et avoir du plaisir

A noter qu’ils ont proposé un tableau de correspondance selon les modes de calcul : elo, chess.com rapide et Lichess classique. Leur premier niveau s’adresse aux débutants qui savent déjà déplacer et capturer les pièces (0-400 elo), soit les moins de 1100 sur les parties classiques de Lichess. En gros, c’est le passage à la ceinture jaune ! Ensuite plusieurs étapes sont proposées. Je reviendrai sur les étapes de 0-1000 et pour 1000 à 1500 (le niveau plutôt visé sur les Échecs sans peine).

Plusieurs choses toutefois.

  1. Le joueur doit avoir une structure de référence. A force de chercher tout et rien sur internet, de nombreux joueurs (et surtout depuis le confinement !) ont eu tendance à grappiller de nombreuses informations pas toujours utiles. Chessdojo a mis au point une liste de tâches à accomplir. Chaque niveau a son programme et quand ce niveau est atteint, on peut passer à autre chose. En d’autre termes : il ne sert à rien de travailler ce qui ne correspond pas à son niveau.
  2. Le principe du plus-moins-égal. L’entrainement peut être hiérarchisé. De forts joueurs qui vous forment, plusieurs joueurs de votre niveau avec lesquels vous travaillez, et d’autres joueurs avec lesquels vous aurez à expliquer ce que vous avez appris. Il semble essentiel d’avoir des partenaires contre lesquels vous allez pouvoir jouer des parties, des positions d’ouvertures, de milieu de jeu, ou des finales. Cela permet de créer un esprit de compétition vous forçant à vous élever au dessus du lot.
  3. Ce n’est pas nouveau : le progrès aux échecs passe impérativement par l’analyse de nos parties, même si c’est un processus difficile et compliqué. L’analyse peut être réalisée lors d’un tournoi et si cela n’est pas possible il faut alors se faire aider par les partenaire du groupe d’étude. Plus important que de longues variantes : le texte qui l’accompagne (mettre des mots sur des idées).
  4. Enfin, et cela peut rebuter certains joueurs : il est obligatoire de jouer des parties longues !!! Certes pourquoi pas des blitz pour s’amuser. Mais la progression passera par l’habitude de jouer des parties de plus en plus longues (90’+30″). Même si l’objectif d’un joueur est de devenir un champion de blitz, il ne peut pas échapper à une compréhension du jeu qui ne peut s’acquérir que par ce type de parties. Il est souvent paradoxal d’entendre des joueurs dire qu’ils n’ont pas le temps de jouer des parties de 2 à 3 heures, alors qu’ils passent autant de temps à blitzer !

A vous de voir si suivre par vous même vous intéresse en vous inspirant de leur philosophie, ou si vous voulez vous y inscrire (je n’ai pas de commission de leur part !). On pourra remarquer que le coût sur un an est de 100$ (soit environ 95€). Je détaillerai ultérieurement les différentes présentations réalisées par Jesse Kraii.

Soyez dynamiques !


« Une armée moins nombreuse peut vaincre un ennemi numériquement supérieur si elle peut briser le côté le plus faible de l’ennemi.« 

De qui est cette phrase ? Lao-Tseu ? Napoléon ? Sun-Tzu ? Jules César ?

Non, Kasparov quand il évoque les notions de dynamisme et d’initiative.

Vous avez une position dynamique si :

  • Vos pièces sont bien coordonnées
  • Vous contrôlez un maximum de cases
  • Vos pièces sont en mesure de porter des attaques
  • Vos pions ne sont pas bloqués.

D’après The Zugzwang Method (Daniel Muñoz)

Le minimum peut faire le maximum


Comme moi, vous êtes probablement un peu perdus face à l’ampleur du travail : Yusupov propose pas moins de 72 leçons à maitriser pour un niveau 1500-1600 elo !). La mise en place d’un plan d’entrainement est complexe et l’astreinte qu’il impose est difficile à supporter. Si on y ajoute les 100 exercices tactiques (ou plus !) quotidiens à la sauce Woodpecker (aussi intéressants et bénéfiques soient-ils) qui nous prennent 1h par jour… Bref, on ne voit plus la famille, le chien n’a plus sa promenade quotidienne, et vous n’êtes pas loin du burn-out. Mais pas question de lâcher la rampe !!

La tactique : peut-être en faire un peu moins (une dizaine d’exercices) ou en faire moins longtemps, mais en étant vigilant sur la résolution. Chaque exercice raté devra être correctement analysé afin d’en comprendre les raisons. De quelques dizaines de secondes par exercice, jusqu’à quelques minutes, disons 15-30 minutes par jour selon votre cadence de résolution.

Jouer : les 60+10 (ou plus) sont difficiles à insérer dans votre vie quotidienne, surtout avec l’analyse derrière. Une 15+10 hebdomadaire, bien que déjà rapide, peut suffire, à condition de bien prendre son temps à chaque coup (appliquez vous sur le processus de réflexion, tant pis si vous perdez au temps). Blitz et bullets, en tant qu’entrainement, permettent de tester les ouvertures, mais à limiter de toute façon. Une 15+10 dure environ 40-45 minutes sur 40 coups, reste l’analyse ensuite. Toutefois, à l’approche d’un tournoi, se recaler sur des parties plus longues (60+30).

Analyse : après chacune de ces parties (sauf les blitz et les bullets), survolez celles-ci. Vous découvrirez peut-être des choses que vous n’aurez pas abordées pendant la partie. Testez le coup que vous n’avez pas osé jouer, ou vérifiez si votre coup prophylactique était justifié. Essayez de comprendre pourquoi vous avez perdu une pièce ou comment vous n’avez pas pu échapper à un mat en deux coups. Et lancez le moteur d’analyse ensuite. Après, examiner les points suivants :

  • A quel moment l’ouverture est-elle sortie de la théorie ? Qui avait l’avantage ?
  • Si vous avez gagné : quand auriez vous pu, le plus tôt possible en milieu de jeu, consolider votre avantage ?
  • Si vous avez perdu, quelle est la dernière faute qui a causé votre perte ?
  • Si vous repérez (grâce au moteur d’analyse) que vous avez perdu quelques dixièmes de points sur trois à quatre coup (d’où une dégradation de la position), essayez d’en trouver la raison (stratégique, processus de réflexion, autre ?)

Travailler ces éléments simplifiera probablement la tâche au lieu de se poser des question existentielles sur chaque coup. Cela ne devrait pas prendre plus de 15-30 minutes après chaque partie.

C’est la version light ! Une réelle analyse peut prendre autant de temps que la partie elle-même.

En complément selon votre disponibilité :

  1. Lisez des parties commentées et les jouer sur un échiquier (un vrai) pour s’imprégner de la stratégie et du jeu positionnel. Développer toutes les variantes n’est pas obligatoire.
  • Logical Chess : Move By Move (Chernev)
  • Understanding Chess Move by Move (Nunn) : avec une édition française qui semble être prévue en 2022.
  • L’art du combat (Bronstein) : les parties commentées du tournoi des candidats de Zürich (1953)

2. Complétez vos connaissances théoriques avec Yusupov (par exemple), ou en travaillant un livre en particulier.

3. Sans y attacher trop d’importance, jeter un coup d’œil sur les ouvertures afin de ne pas être pris au dépourvu face à certains gambits, de ne pas tomber dans des pièges, ou comprendre comment votre fou est toujours enfermé au 10eme coup.

4 Ne pas négliger les finales.

5. Inclure des phases de révision.

Et tenez à jour votre journal quotidien afin de réviser ce qui ne va pas.

Le bilan

  • 15 minutes de tactique quotidienne, du lundi au vendredi : 1h15 minutes
  • 1 partie 15+10 par semaine : 45 mn
  • 15 minutes d’analyse par partie : 15 mn

Avec un total de 2h15 sur 5 jours, cela donne moins de 30 minutes par jour. 30 minutes c’est 2 fois 15 mn (15 mn au cours de la pause du midi ou en mettant le réveil 15 mn plus tôt), sauf pour la partie bien sûr ! A vous de voir ensuite comment vous complétez ou pas votre travail. Cours dans votre club ou avec un coach, tournoi en ligne ou parties par correspondance, tournoi homologué le week-end (souvent sur trois jours hors période estivale, sinon c’est sur une semaine), théorie dans des livres. Attention : visionner une vidéo c’est du loisir, ce n’est pas travailler les échecs.

A comparer avec l’accumulation quotidienne de 1h de blitz.

Bon courage !

Le pion dame isolé.


Je suis dans ma période structure de pions ! Et comme j’ai une tendance à la simplification, cela va être court malgré toute la littérature sur ce sujet.

Le PDI (ou Isolated Queen Pawn), ou isolani est une structure qui est souvent évoquée : pion d4, privé des acolytes des colonnes c et e. Ne surtout pas se dire : « De toute façon je ne joue jamais 1.d4, donc cela ne me concerne pas ! » D’abord cette structure peut se retrouver dans l’Alapin, par exemple, mais on peut aussi se retrouver face à une telle structure. Il faudra donc savoir comment réagir.

Bien loin de toutes les grandes considérations tactiques et stratégiques (n’oublions pas que nous sommes sur les Echecs sans peine !) il faudra retenir plusieurs choses malgré tout (et probablement par coeur… désolé…).

Ce pion isolé crée un déséquilibre chez les Blancs qui ont 3 ilots de pions contre 2 seulement chez les noirs. Et ce déséquilibre en milieu de partie peut se transformer en faiblesse lors d’une finale.

Les Blancs devront :

  • Essayer de placer un cavalier en c5 ou e5
  • Éviter les échanges de pièces afin de retarder l’échéance d’une finale
  • Développer et activer leurs pièces de façon dynamique
  • Attaquer le roi le plus rapidement possible
  • Préparer solidement l’avance d5 parfois utile si la situation stagne.

Les Noirs devront :

  • S’opposer au plan des blancs
  • Échanger au maximum pour arriver en finale
  • Poser un cavalier en d5.
  • Attaquer d5 une fois celui-ci bloqué.

Le travail de fond sera ensuite de trouver des parties sur ce thème et de voir comment des très bons joueurs jouent cette position.

Le elo est là.


Point de détail dans la culture échiquéenne, le Elo (ou l’elo ?) est un calcul compliqué permettant de comparer les niveaux des joueurs. Institué par la FIDE depuis 1970 et, depuis plusieurs années déjà, il est actualisé chaque mois.

Deux joueurs de niveau identique (même elo) ont une chance sur deux de gagner. Bon, disons que sur 100 parties, chacun devrait en gagner 50 (on oublie les nulles, ce sera plus simple).

Une différence de 100 points cela va donner du 60/40 (le joueur le plus fort va gagner 60 parties et l’autre 40), 200 donnera 75/25, et 300 donnera 85/15.

En théorie avec une différence de 400 points, cela devrait donner du 90/10 (mission impossible). Dans l’absolu, 600 points de différence : c’est 100% de gain pour le elo supérieur.

Les calculs individuels.

Quel gain sur une partie selon la différence d’elo ?

Conditions (pour ce qui concerne des joueurs de petit niveau) : avoir un elo calculé à partir d’au moins 30 parties, avoir moins de 2400 elo, et avoir plus de 18 ans (pour plus de précisions, se référer à la page de la FIDE).

Ci-dessous, les gains attendus selon la différence de niveau (ligne 1 : un joueur gagne contre un autre joueur classé 400 points de plus, et dernière ligne : un joueur gagne contre un joueur classé 400 points en dessous).

  • -400 : +18.4 (gain contre un joueur avec elo supérieur de 400 points. Inversement, on perd 18.4 points si on perd contre joueur avec un elo inférieur de 400 points)
  • -300 : +17
  • -200 : +15.2
  • -100 : +12.8
  • 0 : +10 (gain contre un joueur avec le même elo)
  • +100 : +7.2
  • +200 : +4.8
  • +300 : +3
  • +400 : +1.6 (gain contre un joueur avec un elo inférieur de 400 points)

Au delà de 400 points de différence, le calcul sera établi avec un différentiel de 400 points.

En cas de nulle on a :

  • -400 : +8.4 contre un joueur classé 400 points au dessus
  • -300 : +7
  • -200 : +5.2
  • -100 : +2.8
  • 0 : 0
  • +100 : -2.8
  • +200 : -5.2
  • +300 : -7
  • +400 : -8.4 contre un joueur classé 400 points en dessous.

Petites remarques perso : 5 parties gagnées en interclub (par exemple) en une saison, contre des joueurs classés 400 points au dessus de votre niveau, vous feront gagner 18,4×5=95 points. Mais c’est aussi valable pour 5 parties de tournois (avec votre elo qui reste toutefois constant au cours du tournoi, sauf s’il est à cheval sur deux mois, alors qu’en interclub votre elo peut bouger d’un match à l’autre).

Inversement, si vous perdez contre ces mêmes joueurs, votre elo ne chutera « que » de 1,6×5=6.4 points.

Pour cette même saison, contre des joueurs de votre niveau, votre variation d’elo fluctuera entre +50 et -50 points.

Bref et pour faire simple, sachant que le elo est actualisé chaque mois, si vous avez un potentiel +375 points au dessus de votre elo actuel (en gros : si vous voulez passer de 1400 à 1775 !), il vous faudra gagner dans les 20 parties contre des joueurs avec +400 elo pour atteindre les 1775. Soit environ 3 à 4 tournois.

Si vous êtes dans le milieu du tableau, il vous faudra gagner 37,5 parties (+10 si vous gagnez contre un joueur de votre niveau). Donc plutôt dans les 4 à 6 tournois.

Conclusion : tout ceci explique pourquoi les joueurs qui progressent sont ceux qui participent souvent à des tournois. Pas de partie officielle : aucune variation de votre elo. C’est logique.

Et enfin : ne pas hésiter à s’inscrire dans des tournois à haut niveau (même si vous êtes en bas du tableau). Au bout de la 2 à 4 parties, vous affronterez des adversaires de la même puissance. Au pire, si vous affrontez des joueurs à +300 ou +500, on a vu que la perte d’elo est minime.

Dans des tournois réservés à des joueurs classés « moins de … » (moins de 1400 elo , moins de 1500, 1700 !), il y a une certaine probabilité que vous tombiez contre des joueurs au classement provisoire (elo qui se termine par 99 : 1199, 1099, …). Votre résultat contre ces joueurs ne modifiera pas votre elo.

Je ne sais pas si j’ai été assez clair.

Oui ? Non ?

Monsieur Elo, c’est lui.