Soyez dynamiques !


« Une armée moins nombreuse peut vaincre un ennemi numériquement supérieur si elle peut briser le côté le plus faible de l’ennemi.« 

De qui est cette phrase ? Lao-Tseu ? Napoléon ? Sun-Tzu ? Jules César ?

Non, Kasparov quand il évoque les notions de dynamisme et d’initiative.

Vous avez une position dynamique si :

  • Vos pièces sont bien coordonnées
  • Vous contrôlez un maximum de cases
  • Vos pièces sont en mesure de porter des attaques
  • Vos pions ne sont pas bloqués.

D’après The Zugzwang Method (Daniel Muñoz)

Évaluation d’une position : les idées de R.B. Ramesh


Dans son « Fundamental Chess : Logical Decision Making » Ramesh évoque un processus de réflexion avec les étapes suivantes lorsqu’il s’agit d’évaluer une position :

  1. Identifier les idées et les inconvénients du coup de l’adversaire
  2. Dresser une liste des coups ou idées possibles dont nous disposons
  3. Analyser nos options aussi efficacement et correctement que possible
  4. Terminer l’analyse par une évaluation appropriée
  5. Décider d’un coup sur la base de l’évaluation
  6. Gérer le temps sur l’horloge tout en faisant ce qui précède

Afin d’évaluer une position, il faudra tenir compte des éléments suivant (par ordre d’importance) :

  1. LA SÉCURITÉ DU ROI

Plus le roi est à l’abri, plus il libérera les autres pièces pour d’autres tâches.

Une règle simple : avoir trois pions devant le roi, avoir au moins une pièce devant le roque, et ne pas être en infériorité numérique de plus de trois pièces dans ce secteur. L’attaquant a intérêt à avoir au moins trois pièces afin de pouvoir en sacrifier une lors de l’attaque frontale sur les pions boucliers (d’autant plus facile si aucune pièce adverse est devant le roque). Si votre roi est encore au centre, il peut être utile, (en dehors de la possibilité de roquer), de pouvoir le déplacer rapidement derrière des pions eux mêmes soutenus avec une pièce adjacente. Avec votre roi au centre, l’adversaire aurait intérêt à ouvrir le jeu.

Assurer la sécurité de notre roi est la tâche la plus importante, quitte à faire des compromis sur l’activité des pièces ou de refuser du matériel gratuit pour le protéger. La structure de pions peut s’en trouver affaiblie également. D’autres faiblesses peuvent apparaitre : un manque d’espace ou un défaut de contrôle de certaines cases.
La priorité de l’adversaire est aussi de garder son roi en sécurité : à nous de démolir ses pions boucliers ou d’affaiblir sa position avec les idées émises ci-dessus

2. L’ACTIVITÉ DES PIÈCES

A choisir, l’option b) est préférable à l’option a) :

a) Jouer avec une égalité matérielle, mais avec des pièces passives ;
b) Jouer avec moins de matériel, par exemple un pion, mais avec des pièces actives.

Toutefois sacrifier un pion pour obtenir une meilleure activité n’est pas une décision facile au cours d’une partie. A titre d’exemple, il peut être intéressant de sacrifier un pion dame isolé difficilement défendable pour activer une pièce. Et activer/développer ses pièces doit se faire au détriment de la même action chez l’adversaire !

On peut retenir qu’une pièce active peut se déplacer suffisamment sans atterrir sur une case contrôlée par l’adversaire, et/ou qu’elle n’est pas gênée sur sa trajectoire par une pièce, quel que soit le camp.

Après chaque échange/capture, il faut ré-évaluer l’activité des pièces. Toutefois, ne pas s’affoler : une position avec des pièces peu actives n’est pas une position perdue !

3. LE MATÉRIEL

La stratégie générale quand on est en avance est de créer des échanges afin d’aboutir à une finale gagnante. Le joueur avec l’avantage matériel est censé gagner. Un pion en moins peut être compensé par une activité supérieure. Selon les circonstances, on a parfois intérêt à sacrifier une pièce pour affaiblir le roque adverse ou pour protéger son roi.

Les trois derniers points : sécurité du roi, activité et matériels sont cruciaux pour évaluer une position.

4. LA STRUCTURE DE PIONS

La structure de pions vient moduler l’évaluation de la position. Bien sûr avoir des pions arriérés, doublés, isolés sont des désavantages, mais ce seront en général la sécurité du roi et l’activité des pièces qui devront être prioritairement pris en compte pour l’évaluation de la positon.

Une mauvaise structure de pions est souvent compensée par une activité des pièces.

Ramesh nous dit que lorsqu’on pense que notre adversaire négocie mal son ouverture, il est intéressant de prendre des risques pour gagner l’initiative.

Le camp avec la meilleure structure de pions aurait intérêt à échanger les pièces, notamment à éliminer la pièce adverse la plus active (ce qui annule du coup l’avantage de la pièce active par rapport à une mauvaise structure de pions)

4. L’ESPACE

Plus on en a, plus nos pièces peuvent se mouvoir. Le joueur qui le plus d’espace au centre a un léger avantage.

Lorsque nous avons un avantage à long terme, comme l’espace, nous ne devons pas nous précipiter pour trouver un plan gagnant. La chose importante à faire est de ne pas laisser l’adversaire contre-attaquer et en même temps améliorer progressivement la position de nos pièces.

Quand on a un manque d’espace avec des pièces passives, Il préférable d’ouvrir la position avec des pions leviers, plutôt que de les avancer.

Ensuite, la simplification d’une position (comme échanger les dames) permet souvent d’arriver sur une finale gagnante rarement appréciée des joueurs débutants.

Il est bien connu que dans une position serrée, le joueur à l’étroit aura tout intérêt à échanger des pièces (contrairement au joueurs qui a le bénéfice de l’espace).

Lorsque le joueur adverse a un pion qui atteint la 5eme rangée (pour les blancs), RB Ramesh conseille d’utiliser un pion levier noir pour ouvrir la position.

5. LES FAIBLESSES

Un pion arriéré, une case non contrôlée, l’adversaire qui possède la paire de fous… ce sont des faiblesses.

Faiblesses à court terme et à long terme.

Court terme : roi encore au centre, pièce en prise, pièces non développées. Il faut agir immédiatement si on veut profiter des faiblesses de cet adversaire. Quand le roi et encore au centre ou que des pièces ne sont pas développées, ouvrir au centre est souvent une bonne idée (tant pis si c’est au prix d’un pion sacrifié !)

Long terme : mauvaise structure de pions, mauvais contrôle de cases, adversaire qui possède la paire de fous, roi mal protégé. Le joueur qui a l’avantage devrait pouvoir essayer de simplifier tranquillement la position à bon escient.

Faiblesse potentielle ou réelle.

Une pièce est faible (faiblesse potentielle) que si elle peut être attaquée (faiblesse réelle). Nous devons en permanence rechercher ces faiblesses potentielles et les attaquer et se prémunir de toute faiblesse potentielle dans notre camp. Guetter une faiblesse sur le roi adverse est probablement une des priorités dans la conduite d’une partie.

Ramesh nous précise que la structure de pion ne doit être prise en compte (et entrer dans un plan) que si la sécurité du roi est assurée, et qu’il y a un équilibre matériel et d’activité.

Merci, R.B. Ramesh pour ces conseils !

Sauter la barrière.


S’il fallait résumer les notions des Big Five de Dan Heisman (un des textes fondateurs de la philosophie heismanienne), il faudrait retenir :

  • La gestion du temps : jouer rapidement dans des parties lentes vous empêche de trouver le bon coup, et jouer trop lentement vous amène à prendre de mauvaises décisions ultérieurement par faute de temps. Un mauvais processus de réflexion amène à jouer trop vite. Ne pas optimiser sa réflexion fait perdre du temps.

Exemple pour une pièce en prise : quand plusieurs possibilités existent pour empêcher une capture, il faudra bien évaluer toutes les options (prendre la pièce attaquante, intercepter, déplacer, contre attaquer), et lorsque le tri des coups candidats aura été fait, il faudra se demander si le coup analysé peut faire face à un échec, une capture ou à une menace (dans cet ordre). Enfin, se demander quelle est la position satisfaisante qui en résulte. C’est réducteur, mais c’est un passage obligé.

  • Les tactiques de base : s’assurer de la sécurité de chaque pièce avant d’en jouer une est un minimum. La deuxième étape consiste à s’assurer de la sécurité de toutes les pièces avant de jouer son coup.
  • L’activité des pièces : au football, c’est 11 joueurs contre 11, et il ne viendrait jamais à l’idée de quiconque de s’aligner à 9 contre 11 ! (Même le PSG ne le fait pas…). Vous voulez exploiter un avant-poste avec un cavalier ? Attendez que toutes vos pièces puissent supporter le déplacement vers cette case forte.

Qu’un seul de ces trois points soit défaillant, et c’est le niveau général qui va stagner. Vos performances seront au niveau de la plus faible de vos compétences. Se soustraire ou ignorer les principes de base rend illusoire toute tentative d’amélioration dans d’autres secteurs du jeu. Certes, corriger de mauvaises habitudes ou acquérir ces notions de bases sont parfois longues et/ou rébarbatives, mais une progression nette est au bout de la route.

La connaissance théorique des ouvertures est réellement secondaire pour la progression. Pour les débutants, le simple respect de ce principe est suffisant :

Dans une ouverture, déplacer chaque pièce une fois avant de les bouger une deuxième fois, sauf si un motif tactique le permet.

D’après The Three Show-Stoppers

(A guide for chess improvement – Dan Heisman)

 

Show Stopper : Action, condition, événement ou problème suffisamment grave pour interrompre une activité, un programme ou un processus jusqu’à sa résolution.