Euwe et Nunn


Pour un peu, on dirait deux héros de dessin animé. Euwe, GM hollandais des années 40-50 et Nunn, GM anglais des années 80. L’un et l’autre auteurs reconnus de livres intéressants.

En 1952, Euwe avait écrit « Jugement et plan« , préfacé par Nunn dans sa réédition anglaise de 1998. Avec bien sûr plein d’éloges sur le contenu de ce bouquin introuvable neuf en français.

Il est bizarre de constater que Nunn dans « Comprendre le milieu de partie » revienne un peu sur son appréciation, en critiquant notamment le premier chapitre de « Jugement et plan » concernant la majorité sur l’aile dame. Certes, ses remarques sont pertinentes. Euwe illustre cet aspect stratégique par une partie dans laquelle les blancs gagnent en ayant cette majorité (Botvinnik-Kmoch, Leningrad 1934, à partir du 14ème coup). Et, oh surprise, à la fin de l’exemple, cette majorité n’a pas concrétisé son avantage de façon nette (à savoir un pion passé). Certes, la vision de Max Euwe était relativement statique et ne prenait pas en compte tous les éléments stratégiques de l’échiquier. Je vous le dit comme si c’était une évidence, mais faut déjà être pointu pour appréhender tout ça.

Alors, Mr Nunn avait-il déjà remarqué en 1998 cette imprécisions dans l’analyse de Euwe ou la technique échiquéenne a-t-elle évolué depuis 20 ans ?

Magnus, t’as une idée ?

Temps de réflexion


Quand on analyse une position, il est de coutume de dire qu’on est plus lucide dans les cinq premières minutes de réflexion que dans les cinq suivantes. Et encore moins dans les cinq minutes suivantes. John Nunn (Secret of practical chess) a observé que lorsqu’un joueur passait plus de 20 minutes sur un coup, cela aboutissait très souvent sur une erreur. Le processus permettant une prise de décision ne devrait pas dépasser cette durée, même sur des positions très complexes. Il y a bien sûr des exceptions à cette loi très empirique, mais elles sont rares. Si un joueur prend trop de temps pour réfléchir, cela est probablement dû à un manque de décision ou une inaptitude à trouver la bonne continuation. Il est très rare de trouver une position qui demande plus de 20 minutes de réflexion. Le joueur peut être en face de deux coups sur lesquels il n’arrive pas à se décider au delà de ce délai. Il est alors logique de penser qu’ils sont équivalents. Y consacrer plus de temps peut sans doute montrer une petite différence, mais cela n’est pas rentable. Cela peut amener à perdre du temps sur l’horloge pour un gain minime. Il n’est pas gênant de choisir le coup final au hasard dans ce genre de circonstance.