Sauter la barrière.


S’il fallait résumer les notions des Big Five de Dan Heisman (un des textes fondateurs de la philosophie heismanienne), il faudrait retenir :

  • La gestion du temps : jouer rapidement dans des parties lentes vous empêche de trouver le bon coup, et jouer trop lentement vous amène à prendre de mauvaises décisions ultérieurement par faute de temps. Un mauvais processus de réflexion amène à jouer trop vite. Ne pas optimiser sa réflexion fait perdre du temps.

Exemple pour une pièce en prise : quand plusieurs possibilités existent pour empêcher une capture, il faudra bien évaluer toutes les options (prendre la pièce attaquante, intercepter, déplacer, contre attaquer), et lorsque le tri des coups candidats aura été fait, il faudra se demander si le coup analysé peut faire face à un échec, une capture ou à une menace (dans cet ordre). Enfin, se demander quelle est la position satisfaisante qui en résulte. C’est réducteur, mais c’est un passage obligé.

  • Les tactiques de base : s’assurer de la sécurité de chaque pièce avant d’en jouer une est un minimum. La deuxième étape consiste à s’assurer de la sécurité de toutes les pièces avant de jouer son coup.
  • L’activité des pièces : au football, c’est 11 joueurs contre 11, et il ne viendrait jamais à l’idée de quiconque de s’aligner à 9 contre 11 ! (Même le PSG ne le fait pas…). Vous voulez exploiter un avant-poste avec un cavalier ? Attendez que toutes vos pièces puissent supporter le déplacement vers cette case forte.

Qu’un seul de ces trois points soit défaillant, et c’est le niveau général qui va stagner. Vos performances seront au niveau de la plus faible de vos compétences. Se soustraire ou ignorer les principes de base rend illusoire toute tentative d’amélioration dans d’autres secteurs du jeu. Certes, corriger de mauvaises habitudes ou acquérir ces notions de bases sont parfois longues et/ou rébarbatives, mais une progression nette est au bout de la route.

La connaissance théorique des ouvertures est réellement secondaire pour la progression. Pour les débutants, le simple respect de ce principe est suffisant :

Dans une ouverture, déplacer chaque pièce une fois avant de les bouger une deuxième fois, sauf si un motif tactique le permet.

D’après The Three Show-Stoppers

(A guide for chess improvement – Dan Heisman)

 

Show Stopper : Action, condition, événement ou problème suffisamment grave pour interrompre une activité, un programme ou un processus jusqu’à sa résolution.

 

 

 

Aborder l’ouverture.


Dan Heisman nous livre sa vision sur la façon de gérer l’apprentissage des ouvertures.

Pour les grands débutants sortez vos pièces sur des cases sûres.

Pour les autres :

1. Comprendre les trois objectifs principaux de l’ouverture :
Mobilisez toutes vos pièces, mettez votre roi en sécurité et prenez le contrôle du centre. Bien sûr, l’objectif général est d’atteindre un milieu de partie jouable où vos forces pourront être pleinement exploitées

2. Apprendre les principes généraux qui s’appliquent à toutes les ouvertures vous aidera à atteindre ces objectifs.
Le plus important est de développer vos pièces rapidement et efficacement. En cas de doute, utilisez la ligne directrice suivante :

Sauf là où la sécurité l’impose, déplacez chaque pièce une fois avant d’en déplacer une autre une deuxième fois !

Le second objectif est d’apprendre le concept de mouvement de rupture (comme c5 dans la française ou f5 dans la ligne principale de la King’s Indian) qui déstabilise la chaine de pions adverse, permettant de gagner de l’espace, d’ouvrir des colonnes pour vos tours. Hans Kmoch (l’art de jouer les pions) a développé cette théorie et mérite qu’on s’y attarde un jour ou l’autre.
(pour info, mais ce n’est pas traduit en français, ce thème est également abordé dans Pump up your rating d’Axel Smith)

3. Jouer des ouvertures pointues.
Comme des gambits, pour apprendre les tactiques. Si vous n’êtes pas bon en tactique, c’est une raison de plus de le faire !

4. Achetez une encyclopédie des ouvertures comme celle de Nunn (NCO : Nunn Chess Opening) ou le MCO-14.
A) Apprenez à vous en servir pour faciliter les recherches.
B) Apprenez les pièges dans les ouvertures que vous jouez : celles qui gagnent pour vous, mais surtout pour éviter les pièges dans lesquels vous risquez de tomber.
C) Regardez vos anciennes parties et demandez-vous comment vous renforceriez votre position si un adversaire jouait les mêmes coups dans une future partie.
D) Ne passez pas beaucoup de temps à étudier des lignes spécifiques : utilisez ce temps pour étudiez plutôt la tactique. Si vous devez étudier des lignes spécifiques, commencez par apprendre la ligne principale et, avec le temps, vous pourrez élargir vos connaissances.

5. Regardez les parties jouées par de bons joueurs dans votre ouverture préférée pour voir les idées abordées :
Où vont habituellement les pièces, où se trouvent les pions, où attaquer en milieu de jeu, etc.

6. Si votre adversaire fait quelque chose que vous n’avez jamais vu auparavant :
Ne vous affolez pas, mais n’allez pas imaginer que jouer comme si de rien n’était serait une bonne idée. Parfois oui, mais des fois c’est une catastrophe. Et vous regretterez finalement d’avoir perdu du temps à apprendre une ligne spécifique que vous ne rencontrerez jamais ! Et cela arrive assez souvent.

7. Ne vous inquiétez pas trop des ouvertures :
C’est probablement le secteur le moins important des échecs, sauf qu’il faut connaitre le conseil N°1. A partir de 1300-1400 FIDE, l’apprentissage d’une ouverture devrait être entreprise, mais passer trop de temps dans des variantes spécifiques est inutile en dessous de 1800-2000 elo.

D’après une réponse de DH à la question : « Je ne suis pas très calé dans les ouvertures. Que faire ? »

Pour débutant


Vous avez appris la marche des pièces, les prises, la promotion, le roque, et la prise en passant aussi. Vous avez vu quelques figures de mat, et vous avez sorti le beau jeu en plastique offert à votre jeune ado qui préfère Grand Theft Auto. Le contraire est possible : votre père squatte la console et vous tentez de jouer en ligne avec un pote.

Bref, vous avez commencé à pousser du bois, comme on dit. Un peu comme on joue à la belote le dimanche après-midi en famille avec le partenaire râleur et mauvais perdant, pendant que Mamie s’endort en regardant Michel Drucker…

Il faut maintenant passer à l’étape supérieure : donner un sens à tout ça. Comme dans toute histoire, il y a un début, un milieu et une fin.

Le début…

(ici, on parle d’ouverture. Nous ne sommes pas loin d’un opéra, avec un roi qui meurt malgré le sacrifice de son épouse !)

… le début, donc, sert à contrôler le centre soit en l’occupant soit en ayant une action sur lui. Quand on a les blancs, jouer e4 ou d4 en premier est une bonne idée, et quand on a les noirs répondre e5 ou d5 est également une bonne idée. Quelques pions se déplacent, cavalier et fous s’affrontent dans cette conquête centrale avec l’idée de rendre chaque pièce la plus active possible. A la fin de l’ouverture, disons vers le 10ème coup, quelques pions ont été déplacés, les pièces mineures (fous et cavaliers) sont parties à la conquête du centre, le roi serait idéalement à l’abri après un roque, et les tours doivent pouvoir se protéger mutuellement en étant toujours sur la première rangée (pour les blancs). La dame, quant  à elle, prudente, reste loin de l’action mais prête à faire feu.

Oui, c’est un opéra, avec son intrigue, ses pièges, ses retournements de situation. Des cavaliers, les fourbes, attaquent plusieurs adversaires en même temps avec de terribles fourchettes, des pions se sacrifient pour se rapprocher de la case de promotion tout en ouvrant des colonnes, la reine est piégée sans solution de repli. Des fous et des évêques (bishop en anglais) meurent. La poudre parle pour affaiblir l’adversaire, à moins qu’une perfide infiltration (comme une tour noire sur la première rangée) accélère le dénouement vers le 20ème coup. Chaque coup est la conséquence d’une analyse tactique et stratégique.

Et le roi se sent seul, entouré de sa garde rapprochée, acculé sur un côté de l’échiquier. Quelques pions et une tour le défendent encore. Mais autour de lui, la cavalerie adverse l’encercle avec l’appui de leur propre reine. Le roi est menacé, aucune case ne lui offre l’échappatoire tant espéré. Le roi est mort.

 

Sire, attention à la fourchette !

Basic Chess Openings


Je viens d’acquérir le BCO : The Basic Chess Opening, de Gabor Kallai.

Pourquoi ce bouquin et pas un autre ?

« Les idées cachées dans les ouvertures » de Reuben Fine n’est plus disponible… les bouquins de Watson sont trop complets. Les ouvertures pour les Kids sont trop simplistes. D’autres sont trop orientés (avec des impasses assumées) et pas assez généralistes. Et la littérature française étant assez pauvre, je me suis donc rabattu sur le BCO (petit clin d’oeil au MCO et au NCO, des monstres dignes d’un grimoire d’alchimie. Mais maintenant que des bases sont en ligne, je ne sais pas trop si ces bouquins sont toujours d’actualité, si ce n’est pour le support papier qu’on peut photocopier, annoter, surligner, compléter, etc. Reste que dans le NCO, chaque ligne se conclue par un symbole d’avantage.)

Il est clair que BCO est assez synthétique et généraliste, et semble bien reconnu dans les critiques lues sur le net. Les grandes lignes sont abordées, mais il manque à mon avis des petits commentaires sur les orientations à donner au bout des 10 à 15-20 coups. Mais pour dégrossir une ouverture, cela suffit pour un niveau modeste. Le tome 1 parle de 1. e4 et le tome 2 parle de la reproduction des escargots en Bavière…

Deux volumes, de faible taille, de prix raisonnable, complets, que demander de plus ?

 

Le secret des échecs


Après « le Secret des Templiers« , après « le Secret de la Momie : le retour« , voici « le Secret des échecs ». Et le secret doit être bien gardé pour qu’un centre de recherche ait été créé pour le percer, le secret. Le secret des échecs. Révélé par le Centre de Recherche Européen sur le Secret des Échecs. D’ailleurs ce centre de recherche ne sert plus à rien puisque qu’ils ont trouvé. Et comme un chercheur c’est fait pour chercher, et pas pour trouver… Enfin, bref. J’imagine un truc à mi-chemin entre la secte mystique digne d’une série en noir et blanc des années 60, et le S.P.E.C.T.R.E. de James Bond, avec des bâtiments ultra-modernes dans lesquels on se déplace avec des voiturettes électriques. Et puis un décor psychédélique avec des carreaux noirs et blancs partout. The bad trip à la mode Chapeau Melon et Botte de Cuir.

Le secret devrait permettre, si j’ai bien compris, de gagner aux échecs, en toute circonstance, au-to-ma-ti-que-ment. Et pas besoin d’y passer trop de temps : « on » vous le dévoile, le secret, en 90 mn (c’est écrit, c’est que c’est vrai) ! Top chrono. Le temps d’apprendre la marche des pièces, les prises, éventuellement comment mater (accessoirement oserais-je dire !). Et ce n’est pas un secret, la méthode Ruiz et le CRESE, c’est la même  chose.

Le truc est simple, c’est une suite de coups automatiques opposables à toute ouverture officielle connue (sic). Je cite. Le type, il joue des ouvertures officielles. Connues. Un peu comme la marque de voiture, partenaire officielle des Jeux Olympiques. Il doit donc y avoir des officielles pas connues, et des pas officielles connues. Faudrait créer un centre de recherche sur les ouvertures pas officielles et pas connues. Là, ça doit être un très gros mystère. Comme je n’ai pas le courage de me taper le règlement de la FIDE, j’ai cherché sur Google, qui ne m’a rien sorti sur ce sujet.

Bon, en cherchant un peu, la méthode Ruiz, similaire à l’ouverture Hippopotame , on en parlait déjà dans des forums il  y a une dizaine d’années, et Fred Reinfeld (auteur de 1001 Brilliant Chess Sacrifices and Combinations, à travailler si vous en  êtes possesseur, sans doute plus prometteur à long terme que l’étude du secret des échecs) l’évoquait déjà avec Reuben Fine. C’est pas du neuf. Je ne vais pas trancher pour savoir si le système est valable ou pas. Entre les mains d’un joueur débutant, cela donnera une partie de débutant. Oui, bon, il doit bien y avoir un GMI qui a dû gagner un super tournoi grâce à ça. Mais franchement, c’était sans doute plus à ses qualités de GM qu’à celles de l’ouverture du secret du tombeau de la momie.

Par contre ce qui est gênant, est la partie présentée dans cette vidéo, dans laquelle les explications de développement me semblent un peu fumeuses, et surtout que si les blancs ne font pas une bourde trois coups avant d’être matés (et comme chacun sait, si on est mat c’est grâce à l’ouverture…), ce sont les noirs qui prennent la pâtée. Donc, mensonge. Et les autres vidéos censées montrer l’efficacité du secret reposent également sur un mauvais coup de celui (humain ou pas !) qui ne le connait pas, le secret.  Soumettez ces parties à Stockfish sur Lichess pour le vérifier. Et sincèrement, vous trouverez après analyse, autant pour les blancs que pour les noirs, plus de ? et de ?? que de ! et de  !!.

 

 

 

Comment devenir un GM en moins d’un an (1/4)


Allez, c’est vrai, c’est un peu racoleur ! Mais c’est pourtant ce que propose un texte issus du club de St Emilions (How to Become Master Rated in One Year or Less). Comme d’hab, je synthétise, je résume, j’adapte, et je traduis.

(et rendons à César, enfin, disons plutôt à Irina, ce qui appartient à Irina Mikhailova – 27/10/2018)

 

LES BASES ET PRE-REQUIS

Les quatre étapes pour commencer l’entraînement.

1. Nous avons maintenant à notre disposition de nombreux outils et programmes informatiques.

Fritz, par exemple, est équipé d’une bases de données de plus d’un million de parties pouvant être analysées et utilisées pour les études des ouvertures. Fritz 11 (que les possesseurs des versions plus récentes nous tiennent au courant de ces fonctionnalités) peut aussi mettre en place des exercice de recherche d’échecs, de recherche de pièces en prise ou de pièces non défendues. On peut y ajouter des entrainements sur des finales simples et des ouvertures. Bien sûr, la fonction d’analyse est indispensable. Elle permet au moteur de proposer ses coups candidats, ou après une analyse de proposer des coups alternatifs. Impensable il y a 30 ans. (à noter que Fritz 5.32 ne fonctionne pas sur les ordinateurs en 64 bits, dommage)

2. Des outils statistiques sont souvent inclus dans les programmes.

3. L‘offre sur le marché permet enfin d’avoir des programmes centrés sur des thèmes particuliers (tactique, ouverture, exercices, leçons, recueil de parties commentées, etc)

L’ordinateur présente tout son intérêt dans un concentré d’outils permettant de faire gagner du temps.

Tout ce qu’il faut maintenant, c’est mettre en œuvre un programme d’études et organiser toutes les étapes du processus de formation.

Évidemment, le logiciel d’échecs est l’élément le plus important dans votre formation et un plan d’entraînement va être nécessaire.

Mais cela ne veut pas dire que le parcours sera aisé, et le joueur devra être motivé pour se tenir à des sessions assez longues et régulières.

4. Ligne de base de formation.
Le premier but sera d’atteindre un elo de  1700.

Si vous n’êtes pas classé (en d’autre terme, vous êtes introverti(e) et ne désirez pas vous mesurer à des joueurs réels en compétition ! – je rigole, hein – ), Fritz peut estimer votre niveau, ou la résolution d’exercices tactiques  sur Chesstempo vous donnera une bonne approche de ce que vous valez.

Utiliser Fritz pour trouver votre ELO.

Pour avoir une idée objective de votre force de jeu, vous devrez jouer environ 28 matchs de blitz ou de classement (partie sérieuse dans les parties proposées par Fritz 11). Après avoir joué plusieurs parties, Fritz vous offrira un titre, l’un des 19 que Fritz a à offrir. Celui que vous recevrez dépendra du nombre de parties jouées et des résultats. Par exemple, si vous êtes en mesure de marquer plus de 1700 ELO dans 28 jeux classés, vous recevrez le titre de joueur de Strong Club et Fritz affichera également votre classement ELO basé sur la performance de ces jeux.

Et pourquoi pas gagner 400 points en un an et atteindre 2100 elo ? (+400 , cela me rappelle quelque chose…)

 

Bases techniques minimales.

1. Ouvertures
A ce stade, un joueur d’échecs doit avoir un répertoire d’ouverture testé avec succès qui comprend deux ouvertures en blanc et deux défenses en noir. Une excellente façon d’apprendre les ouvertures est d’utiliser le guide de formation de Chessmaster. Il contient la plupart des ouvertures et leurs variations. Il explique les ouvertures avec la voix et vous donne la possibilité de vous entrainer. Fritz propose aussi un module d’entrainement aux ouvertures. Vous pouvez aussi tenter Chess Position Trainer (version gratuite en démo, mais bridée au bout d’un certain nombre de jours)

2.Tactiques
Le joueur doit réussir  65-75 % des exercices  d’un niveau de 1500 ELO. On parle de Ct-Art quelque part, ici.

3. Stratégie
Acquérir une connaissance solide de la stratégie de base. Comment l’évaluation d’une position est-elle analysée ? Familiarisez-vous avec les 15-25 grandes idées (paire de fous, avant-poste, majorité de pion, contrôle du centre, etc). Comment un plan se forme autour d’un déséquilibre ou d’une faiblesse ou comment un déséquilibre a été créé pour former un plan. Convekta peut vous aider dans cette approche.

4. Fin de partie
Connaître la théorie des finales, connaître les plans d’évaluation du jeu et les méthodes tactiques standard pour environ 250 positions de fin de partie. Vous pouvez utiliser Fritz ou Endgame Studies 2.0 de Convekta pour cela.

À ce stade, un registre ou un journal est mis en place pour enregistrer les progrès.

Ensuite, un programme de formation est établi pour chaque leçon ou activité d’entraînement avec le logiciel d’entraînement. Les fonctions statistiques de vos programmes d’échecs préférés vous permettront de quantifier votre progression.

(à suivre : le planning)