Tests de dépistage


Je me suis demandé comment exploiter ses parties pour trouver ses points faibles et ses points forts. Bien sûr il existe quelques livres qui vous testent sur des diagrammes, il y a  des coachs, des clubs, mais si on désire faire sa propre cuisine, pourquoi pas.

Première étape : avoir son recueil de parties longues, si possible contre des humains.

L’analyse de ses parties devrait être systématique. Analyser ne veut pas dire faire tourner Stockfish toute la nuit, mais tout reprendre coup par coup. Repérer les moments où on a eu des hésitations, vérifier le coup de la mort que votre adversaire n’a pas vu (ouf !), vérifier l’ouverture, etc. Cela permettra déjà de faire travailler ses neurones, mais aussi de collecter des infos utiles. Si Marc Dvorestky me lit, corrige moi si je dis des bêtises. Et puis enfin, soumettre le tout à votre moteur d’analyse préféré.

Pendant l’ouverture, repérer  à quel moment on sort de l’ouverture, et sur quelle ouverture. Si c’est l’adversaire qui cale au quatrième coup, il faut se demander si le coup suivant a pu exploiter la faiblesse du coup faible. De partie en partie, il est ainsi possible de se créer son propre répertoire, avec ses bons et surtout ses mauvais coups à ne pas recommencer. A défaut d’établir ce répertoire, je suis persuadé qu’on renouvelle toujours les mêmes erreurs. Cela permet de s’en rappeler ! Je me  suis retrouvé frustré après avoir été confronté pour la deuxième fois à :

1. e4  e5

2. Cf3  Df6

et d’avoir joué automatiquement 3. d4 en une fraction de seconde perdant l’avantage du mauvais coup noir (et vous, vous auriez joué quoi ?)

Si en outre on constate qu’on perd assez souvent en phase d’ouverture sur des pièges tactiques, il y a urgence à revoir les bases. Même démarche si au bout de 8-10 coups on se retrouve selon l’analyse avec un déficit d’1 pion (-1 si on a les blancs, ou +1 si on a les noirs). Des gestionnaires de base de données (pour faire simple : SCID ou Chessbase) collectent ces informations pour vous. Possesseurs du MCO ou du NCO, surlignez une variante à chaque fois que vous la rencontrez. Quitte à créer votre encyclopédie, bien à vous, avec les coups improbables et leurs réfutations (vous savez, ces coup dont on se demande s’il s’agit d’un piège ou d’une erreur…).

L’analyse par Stockfish (ou un autre moteur, peu importe) dépiste les erreurs tactiques. Celles de l’adversaire qu’on n’a pas vues, qui nous font perdre soit une pièce soit carrément la partie, et celles qu’on n’a pas su exploiter. L’analyse de Lichess ne manque pas de nous sortir des ? et des  ?? Enfin pour moi, en tout cas. Sur des ? et des ?? concernant l’adversaire, s’assurer que ces erreurs sont punies par la suite tactique appropriée. Si ce n’est pas le cas, c’est que vous ne recherchez pas assez les pièces adverses non protégées. Si ces points d’interrogations s’appliquent à votre propre jeu, il est sans doute temps de revoir le processus de pensée (est-ce que j’ai vérifié le but du coup adverse, est-ce que j’ai analysé au moins deux coups candidats, est ce que j’ai vérifié la sécurité de la pièce que j’ai bougée, est-ce que je suis allé au moins jusqu’à 1.5 coups sur mon évaluation, est-ce que je suis allé jusqu’au bout d’une suite forcée  ?)

Perdre en l’absence de faute directe (pas de gaffe) ? Pourquoi pas, il n’y a pas de honte. No regret. Il va donc falloir revoir l’analyse et les évaluations, le jeu positionnel, et probablement la vitesse de réflexion.

Il est intéressant de faire le point sur les parties qui vont en finale. Si sur 100 parties, vous n’avez joué que 5 finales, soyons réalistes : vous pouvez vous contenter de revoir régulièrement les grandes règles et de travailler les finales élémentaires. Vous avez d’autres problèmes plus urgents à régler. Sinon, pour chaque finale engagée, établir le bilan des finales gagnées et des finales perdues. Moins d’une sur deux gagnée (un peu plus ou un peu moins : tout dépend de votre exigence), il y a un gros boulot à réaliser, et au moins 2 sur trois de gagnée, le travail des finales n’est pas une priorité. En attendant de progresser dans cette partie du jeu, vérifier les échanges pour tomber sur une fin de partie qui ne vous désavantage pas trop.

Profitez de cette collecte d’informations pour évaluer le niveau moyen de vos adversaires. L’idéal serait de croiser le fer avec des joueurs supérieurs (un peu…)

Repérer si vous perdez souvent ou pas au temps. Calculez le pourcentage de temps consacré à l’ouverture, aux coups critiques.

Qu’est-ce que vous fichez  à rêvasser devant l’écran. Hop, hop, hop… au boulot !

(A vue de nez, et selon St Stockfish : il aurait fallu jouer 3. Fc4. Mais d4 reste acceptable, tout comme n’importe quel autre coup de développement ordinaire je présume. Il est d’ailleurs amusant de constater, et on s’en doute déjà un peu sans un moteur d’analyse, que Df3 n’est pas bon, car Stockfish propose pas moins d’une bonne demi-douzaine de coups pouvant conserver un avantage. Même h4, à défaut d’être une bonne réponse ne renvoie pas les blancs dans les cordes.)