Comment créer un plan d’entrainement selon Kostya Kavutskiy


Le programme devrait s’articuler sur trois points : mise en pratique (jouer), apprentissage, et exercices, et dans quatre secteurs : le calcul, la compréhension de la position (bref, la stratégie), finales, et ouvertures.

JOUER

Même si jouer des parties lentes semble être le plus profitable (30+0 a minima), des parties plus rapides peuvent aussi être intéressantes. Une partie lente toutes les 1-3 semaines est valable. Le blitz : pour l’instinct, et l’ouverture, mais ce n’est pas une priorité (de toute façon : analyser aussi ces parties). Pour des parties en lignes : jouer dans des conditions de concentration maximum.

APPRENTISSAGE.

Les livres ne manquent pas ! A défaut d’avoir un programme bien précis, abordez des sujets qui vous intéressent (ou dans lesquels vous avez des faiblesses) et travaillez les régulièrement. Un livre à la fois, une vidéo à chaque fois… 30-45 minutes par jour, ou deux fois par jour. Ne pas se disperser : évitez de travailler une ouverture pendant une semaine, puis de la stratégie pendant 1 semaine, puis de la tactique pendant une semaine.

EXERCICES.

Bien faire la différence entre des exercices tactiques élémentaires (reconnaissance de schémas tactiques) et des exercices de calcul approfondi. Comme le reste : au moins 20-30 minutes par jour. L’amélioration du calcul est essentiel pour le joueurs en progression. Plus il y aura d’exercices pratiqués, plus il y aura de chances que le bénéfice s’en fasse ressentir à un moment ou à un autre.

CALCUL : 1 heure par jour, 7 jours par semaines, par tranches de 4 à 6 semaines (wouah… !)

Toute application/programme est intéressant : les problèmes de chess.com (Puzzle rush et Survival Mode), Lichess aussi, CT-Art, Chessable, ChessTempo.

Pour un niveau de 1400-1800 (en gros au dessus du niveau débutant), Kostya recommande Tactics for the Tournament Player (Alburt & Palatnik) ou Art of Attack (Vukovic). A noter qu’il recommande plutôt la méthode Woodpecker à des joueurs au delà de 1800 elo.

Kostya nous affirme que 4 à 6 semaine de ce travail fera progresser : moins de pièces données à l’adversaire, moins de tactiques ratées.

Jeu positionnel/Stratégie : pour des joueurs débutants à intermédiaires, on pourra évoquer Silman avec son fameux « How to Reassess your chess » ou le « Positionnal Chess Handbook » de Gelfer. Ce genre de livre vous donne toutes les explications et la force de l’exemple devrait vous aider à progresser (Que faire avec une colonne, comment exploiter un pion arriéré chez l’adversaire, etc.) Peut-être pas à lire de a à z, mais aller y piocher après chaque partie afin de mieux comprendre pourquoi on a perdu (ou gagné difficilement).

On peut aussi étudier les parties des grands joueurs (ou au moins d’un grand joueur) : Capablanca, Tal, Fischer, Karpov, etc…

Travailler 1 à 3 parties par jour (y compris les variations !), deviner les coups du joueurs, et noter ce que chaque partie vous a appris.

LES FINALES : pratiques et théoriques. Y consacrer 1 heure par jour. Les finales pratiques se travaillent avec le livre de Sheherevsky (Endgame Strategy) ou de Hellsten (Mastering the Endgame Strategy, plus complet) qui nous explique l’importance des pions, le rôle de l’échange, les majorités de pion, tout ça. D’un point de vue plus théorique (R+P contre R, ou T+P+R contre T+R) , le livre de de la Villa est un de ceux qu’on peut acheter et travailler sur Chessable.

LES OUVERTURES : une par une. Il ne sert à rien d’apprendre les coups par cœur. Foncez sur le milieu de jeu des joueurs pratiquant votre ouverture préférée et comprenez les positions, retenez les thèmes qui y sont consacrés. Bien sûr : travail quotidien pendant plusieurs semaines, travailler les positions typiques, faire des répétitions contre un partenaire (ou l’ordinateur)

Pour faire court :

  • Jouer, apprendre, résoudre.
  • Ne pas se disperser lors de l’apprentissage.
  • Analyser ses erreurs.

D’après How to Create A Training Plan et 4 Ways to Revamp your chess du MI Kostya Kavutskiy (elo 2391)

Encore une fois, le calcul me parait de plus en plus un élément essentiel de l’entrainement au travers des exercices tactiques. La régularité est aussi primordiale. Mieux vaut y consacrer 15 minutes tous les jours que 2h une fois par semaine. La fameuse méthode Woodpecker est rapidement évoquée et serait plutôt destinée à des joueurs de niveau déjà élevé (>1800… mais rien n’empêche de s’y coller si vous avez un elo de 1250 !!!). Toutefois, aborder un thème à la fois pendant un certain temps lui parait plus utile que travailler de front plusieurs sujets, même s’il n’y en a que trois ou quatre. En outre l’analyse des parties est extrêmement utile pour déceler les failles. Toutes les idées de Kostya ont déjà été plus moins (bien) abordées dans ce blog. Avec un petit coup de recherche, nul doute que vous vous construirez votre programme d’entrainement sans difficulté. Un apprentissage aux échecs passe approximativement par ces 4 phases : apprentissage, test (=jouer), analyse, entrainement sur les erreurs. Et on recommence.

Have fun !

C’est comment qu’on fait quoi ?


« J’ai le marteau, mais je n’ai pas un putain de clou ! »

Pour mieux jouer, l’acquisition de connaissances est utile. Les règles, les principes, la stratégie, les schémas tactiques… comment rester zen, bien dormir avant un tournoi, gérer la pendule. A la limite, c’est facile. Le problème est que devant l’échiquier, l’application devient compliquée. Bref, comment on fait ?

Un bon instructeur est un élément indispensable. Mais souvent, il s’agit de cours plus ou moins magistraux, au sein d’un club, avec plusieurs élèves. On y acquiert, à mon avis, plus de connaissances que de compétences. Il y a aussi les cours particuliers quand on peut s’offrir un coach. Mais en cette période de distanciation sociale, les coaches sont rares (oui, oui, le distanciel existe, mais pas aussi convivial que votre prof’ qui est assis en face de vous !) Reste alors la solution du livre qui apporte les bons conseils. Et là… franchement… il n’y en a pas des masses. Mis à part les ouvrages purement techniques : les ouvertures, les finales, les recueils de tactique. Mais qui ne servent qu’à acquérir des connaissances. Mais sinon…

Choisissez sur Variante ou Amazon : comment choisir son coup, calculez comme un grand maitre, progresser avec […] (mettez ici le nom de votre joueur préféré). Il s’avère qu’après en avoir parcouru quelques uns en diagonale, j’ai constaté que la plupart de ces livres vous disent : «  Il faut faire ceci, et attention à cela, et réfléchir ainsi. Regardez comment Machin – elo 2675 – exploite tout ça » L’auteur nous décortique alors une partie, souvent une des siennes, pour montrer l’importance de ses recommandations (Ah oui, contrôler une colonne avec ses tours !!!). Et le livre continue ainsi : quelques conseils généraux, quelques parties pour illustrer les conseils. Dans le meilleur des cas, l’auteur nous gratifie de quelques exercices. On referme le livre et on passe au suivant.

Les plus grands auteurs/joueurs font pareil : Dorfman, Yusupov, Dvorestky, Soltis, Aagaard, Nunn et les autres. Le soucis, à mes yeux, est que lorsque le livre est refermé, on en est au même point. Oui, bon… Silman, évidemment, la bible à en croire certains joueurs serait un must. Les déséquilibres, tout ça quoi ! Certes, leurs bons conseils se sont infiltrés dans une partie de notre cerveau. Certes, on utilise les outils tactiques de Lichess, certes on repère les faiblesses de l’adversaire avec pourquoi pas un beau pion arriéré. Mais au bout du compte… les résultats sont mitigés. Un fou se retrouve toujours enfermé (oui, je sais… le bon et le mauvais fou…), on a aucune case forte pour installer un cavalier sur la sixième rangée, le roque adverse n’a aucune faiblesse. Pire : même en ayant mis un post-it Echec-Capture-Menace à coté de l’échiquier, l’adversaire étouffe notre position au bout du 9ème coup alors que depuis 8 coups on tente désespérément d’appliquer les grands principes des ouvertures en réfléchissant sur au moins 1.5 coups.

On repère alors « Chess for Zebras« , « Move first, think later« , « Pump up your rating » ou « Improve your chess now » pour ne citer qu’eux. Faut déjà être à l’aise avec l’anglais. Mais on y trouve pas mal de conseils utiles et probablement déclencheurs d’une progression chez certains. Bien sûr, notre ami Dan Heisman nous éclaire toujours de ses lumières dans son Guide du joueur qui progresse « A Guide for chess Improvement » évoqué de multiples fois sur ce blog. Mais même l’identification des 10 blocages qui nous empêchent d’évoluer semble ne rien débloquer du tout. Et pour reprendre/paraphraser Jonathan Rawson : la plupart de tous ces livres nous disent que ça y est, avec celui-ci vous allez découvrir le nirvana grâce aux conseils que personne n’a encore eut l’idée de vous donner jusqu’à présent. Et comme votre adversaire ne les connait pas, vous allez donc gagner. Hélas votre adversaire a probablement lu aussi le même livre, vous partez à la recherche d’un autre bouquin.

Ne me dites pas que cela ne vous est jamais arrivé en lisant des avis ou la quatrième de couverture : « Wouah, si avec celui-là, je prends pas 100 elo dans les 6 mois, je me mets aux dominos ! » Bon, vous ne vous mettez pas aux dominos, mais 6 mois plus tard, vous stagnez toujours.

Alors, on répète les exercices tactiques, on analyse ses parties, on établit des programmes d’entrainement. On tient à jour le recueil de nos erreurs au cours des parties. Et on cherche d’autres bouquins. On traine sur des chaines YouTube qui montrent beaucoup de choses intéressantes. On tente Chessable. Mais au bout de trois mois avec la tête dans le guidon, le premier adversaire (non tricheur !) sur Internet avec une cote inférieure de 100 points à la votre vous explose au bout de 20 coups. Ou le jeune ado classé 1210 elo semble être d’une rare précision dans un open, vous achevant dans une finale épuisante.

Reste donc à trouver le bouquin qui nous emmène vers le bon mode de réflexion afin de pouvoir décider du coup à jouer grâce à un calcul efficace. Le bouquin qui nous prépare à mieux penser, qui nous accompagne jour après jour afin de repérer la bonne pièce à déplacer sur la bonne case. Et là… j’avoue que c’est un peu le désert.

Devenir un meilleur joueur (2)


Si vous voulez devenir un meilleur joueur, vous devez avoir de meilleures habitudes, grâce à l’entrainement. Le meilleur entraînement est celui qui vous pousse aux limites de votre zone de confort, celle où vous vous forcez à assumer la responsabilité de décisions difficiles. Il est tellement plus facile de lire des livres qui donnent des orientations stratégiques, des conseils et des astuces. Mais ce dont vous avez besoin, c’est de « savoir-faire », c’est-à-dire d’apprendre par la pratique. La meilleure façon de cultiver de meilleures habitudes est de les construire sur la base de vos habitudes existantes et d’examiner de près vos lacunes. Vous constaterez que la plupart des erreurs ne sont pas dues à l’ignorance, mais au fait de ne pas voir les choses ou de ne pas les faire. Vous pouvez y travailler en jouant et en analysant ensuite vos parties honnêtement, en résolvant des problèmes d’échecs complexes ou en essayant de gagner des positions gagnantes face à des moteurs d’analyse puissants. Je pense même que vous pouvez développer vos compétences grâce à une utilisation intelligente des parties de blitz – où vous n’analysez pas les positions en profondeur, mais comparez vos intuitions avec la façon dont la partie se développe. Avec ces approches, vous n’acquérez pas de nouvelles « connaissances », vous pourriez donc avoir l’impression de ne pas progresser en tant que joueur. Cependant, si les arguments présentés dans ce chapitre vous paraissent logiques, et si vous pouvez faire confiance à ce type de processus de formation, je pense que vous constaterez que votre niveau de compétence s’améliore, et avec lui, vos résultats.

Rowson, Jonathan. Chess for Zebras. Gambit Publications.

(déjà publié, mais WordPress a décidé de mettre en place un système rigide censé améliorer la publication des articles, mais qui finalement la complique. Il devient très difficile de corriger ensuite une erreur, une faute d’orthographe, sans avoir à tout refaire.)

Devenir un meilleur joueur


Si vous voulez devenir un meilleur joueur, vous devez avoir de meilleures habitudes, grâce à l’entrainement. Le meilleur entraînement est celui qui vous pousse aux limites de votre zone de confort, celle dans où vous vous forcez à assumer la responsabilité de décisions difficiles. Il est tellement plus facile de lire des livres qui donnent des orientations stratégiques, des conseils et des astuces. Mais ce dont vous avez besoin, c’est de « savoir-faire », c’est-à-dire d’apprendre par la pratique. La meilleure façon de cultiver de meilleures habitudes est de les construire sur la base de vos habitudes existantes et d’examiner de près vos lacunes. Vous constaterez que la plupart des erreurs ne sont pas dues à l’ignorance, mais au fait de ne pas voir les choses ou de ne pas les faire. Vous pouvez y travailler en jouant et en analysant ensuite vos parties honnêtement, en résolvant des problèmes d’échecs complexes ou en essayant de gagner des positions gagnantes face à des moteurs d’analyse puissants. Je pense même que vous pouvez développer vos compétences grâce à une utilisation intelligente des parties de blitz – où vous n’analysez pas les positions en profondeur, mais comparez vos intuitions avec la façon dont la partie se développe. Avec ces approches, vous n’acquérez pas de nouvelles « connaissances », vous pourriez donc avoir l’impression de ne pas progresser en tant que joueur. Cependant, si les arguments présentés dans ce chapitre vous paraissent logiques, et si vous pouvez faire confiance à ce type de processus de formation, je pense que vous constaterez que votre niveau de compétence s’améliore, et avec lui, vos résultats.

Rowson, Jonathan. Chess for Zebras. Gambit Publications.

 

Aussi bon soit-il, « Chess for Zebras » n’est pas le livre miracle qui vous fera progresser en trois mois (contrairement à ce certains joueurs prétendent sur des forums) . Mais l’approche psycho-cognitive (ça existe ce mot ?) de Jonathan est intéressante, tout comme ses « 7 péchés capitaux aux échecs ». Il nous enlève des œillères et nous fait sortir des sentiers archi battus de la tactique et des programmes d’entrainement rigides. Les commentaires des parties sont plus orientés sur les motivations des joueurs que sur de réelles considérations stratégiques. On aura autant intérêt à lire les parties commentées dans les bouquins de Jonathan que celles de Mr Chernev. En tout cas une bonne alternative lorsqu’on sature à force de travailler la tactique, la stratégie, les finales, les ouvertures.

 

Aborder une ouverture selon Jacob Aagard


Il existe plusieurs façon de travailler une ouverture.

Si un joueur débutant devra d’abord avoir en tête les principes des ouvertures et les travailler, à partir d’un certain niveau, il semblerait que s’approprier une ouverture ou deux ne peut pas faire faire de mal.

Un joueur d’attaque optera pour 1. e4, un joueur défensif pour 1. d4 ou une Caro-Kann, un théoricien doué d’une bonne mémoire préférera la Sicilienne.

Une approche plus positionnelle, plutôt que liée à la mémoire est possible. Cela nécessite une base de données et un peu moins d’ambition dans le style de l’ouverture (sous-entendu : on ne mise pas tout pour sortir avec un avantage à la fin de celle-ci ?) Accessoirement : sélectionner des joueurs spécialistes de votre ouverture préférée.

PHASE 1

  • Lorsque le choix s’est porté sur une ouverture particulière, choisir des parties avec des joueurs au delà de 2350 elo.
  • Parmi ces parties, sélectionner celles qui aboutissent sur une finale.
  • Les jouer sur un échiquier

PHASE 2

  • Choisir les 100-150 parties jouée par les joueurs les mieux classés
  • Noter les concepts particuliers rencontrés lors des milieux de partie.
  • Des idées générales vont finir par apparaitre, et au bout d’un certain temps, ce ne seront plus que des variations sur ce thème qui surgiront.
  • Comparez avec vos parties quand ces concepts sont rencontrés. Cela prend un peu de pratique quant au maniement de la base de données (Chessbase, Chess Assistant, SCID).
  • Noter vos parties qui vous semblent représentatives des positions rencontrées (une petite dizaine devrait suffire)

Et au bout d’un certain temps :

PHASE 3 (théorie)

Vous aurez déjà parcouru un bon nombre de parties et il est temps de devenir un peu plus précis en apprenant par cœur, et rencontrer des positions qui ne vous seront pas inconnues.

Fritz et ses amis sont essentiellement utiles pour infirmer vos convictions concernant certains coup. Mais il ne faut pas se faire trop d’illusions : les meilleurs coups sont déjà connus !

(faire aussi la distinction entre le meilleur coup qui débouche sur une position compliquée et le moins bon coup qui donne une situation plus facile à gérer, même si cela donne un +0.45 au lieu d’un + 0.97 si on joue les blancs par exemple).

d’après « Excelling at chess » de Jacob Aagard

Et pour  compléter : Copié/collé des conseils de Jesper Hall :

Commencer par trouver des parties commentées avec l’ouverture choisie, avec de bons commentaires : avec des plans et des idées.

Il faut se poser les questions suivantes :

  1. Quelles types de position et de structures de pions va découler de cette ouverture ?
  2. Quels sont les plans et idées positionnelles pour chaque camp ?
  3. A quoi ressemble les positions idéales ?
  4. Quels sont les positions clefs ?
  5. Quels sont les thèmes combinatoires ?
  6. Sur quel type de finale débouche cette ouverture ?
  7. Quelles sont les variantes à apprendre par cœur ?
  8. Quelles sont les variantes critiques (difficiles à affronter)

Pour explorer une nouvelle ouverture, il faudra s’attacher à :

  • Comprendre la structure de pions.
  • Comprendre le tempo (selon que l’on aime les positions complexes ou pas)
  • Comprendre les échanges.

Bref, du boulot sur la planche. Donc, commencer maintenant et non pas 15 jours avant un tournoi.

  • Sélectionner une ouverture et la rechercher dans une base de données (malheureusement Kingbase n’existe plus : j’espère que vous aviez pris le temps de les récupérer). Afin de minimiser votre nombre de parties, se limiter aux joueurs classés au delà de 2500 elo (et non pas 2350 !), et travailler variante par variante si vous ne voulez pas vous retrouver avec plus de 10000 parties que Chessbase mettra plusieurs jours à analyser (même avec une analyse ultrarapide)
  • Lancer sur Chessbase une analyse qui va attribuer des « médailles » vous permettant de repérer les parties allant en finale, et les position remarquables tactiquement et stratégiquement.
  • Se mettre toute ces positions dans une étude sur Lichess ou sur tout autre support.
  • Rejouer à partir de ces positions.
  • Comprendre comment/pourquoi le joueur est sorti moins bien de l’ouverture.
  • Après analyse de vos parties ultérieures, reprenez toutes ces données et compléter votre bibliothèque d’ouverture (« punir » le mauvais coup adverse et/ou écarter votre mauvais coup d’ouverture).
  • Reprenez vos anciennes parties de tournois afin d’améliorer vos positions d’ouverture.

Faites nous partager votre méthode de travail concernant vos ouvertures !

Comment jouez vous ?


Vous reconnaissez vous dans une (ou plusieurs) de ces catégories ?

Catégorie 1

Vous avez tendance à jouer rapidement, à l’instinct. Au fur et à mesure que vous progressez, vous vous arrêtez ponctuellement sur des positions plus difficiles afin d’y réfléchir un peu plus. Toutefois, en général, vous avancez vos pièces sans jamais vous poser la moindre question. Les notions d’échec-capture-menace, bien que probablement connues, ne sont pas exploitées du tout. Le but des coups adverses ne vous intéresse pas non plus. Quand on vous capture une pièce, la recapture n’est pas une évidence. Les conséquences de vos coups ne sont pas votre première préoccupation. Vous ne systématisez pas l’examen de l’échiquier. En quelque sorte vous jouez la première pièce qui se présente sous vos doigts. Vous êtes clairement un débutant, vous jouez depuis quelques semaines à quelques mois, avec un elo avoisinant les 800 à 1000.

Catégorie 2

Si la main se promène encore aléatoirement au dessus de l’échiquier, il existe malgré tout un peu d’analyse, encore que les conséquences de celle-ci n’aboutissent pas toujours sur la bonne décision. La hiérarchie échec-capture-menace n’est pas assimilée. Vous avez compris quelques mécanismes, vous avez peut-être suivi des cours ou les conseils d’un joueur expérimenté. Elo approximatif : 1000-1200

Catégorie 3

Vous prenez plus de temps pour trouver un bon coup. Toutefois l’analyse n’est pas systématique, ou elle aboutit à une décision illogique. La conséquence du coup choisi n’est pas évaluée à sa juste valeur. Vous avez fréquemment des surprises lorsque votre adversaire joue un bon coup. Vous espérez encore que votre adversaire ne va pas voir votre piège. Vous vous dites en déplaçant votre pièce : « Je pense que mon coup est bon« . Même si vous avez des notions de stratégie, vous n’évaluez pas les positions que vous rencontrez, et vous n’êtes pas toujours en mesure de dire qui a l’avantage ou pas. La tactique ne vous est pas inconnue, vous avez en tête des noms d’ouverture ou de grands joueurs (anciens ou contemporains), vous avez tenté un tournoi. Elo estimé de 1200 à 1500

Catégorie 4

Bien sûr vous vous donnez les moyens de trouver un bon coup, et votre analyse ne s’arrête pas à la moindre difficulté. Les échanges complexes ne sont pas maitrisés et vous passez à côté de suites forcées. Comme l’analyse va plus loin, les erreurs de visualisation sont fréquentes (laissant des pièces en prise, ou négligeant une suite forcée). Vous être malgré tout du niveau d’un joueur de club avec un elo de 1400 à 1600, environ.

Catégorie 5

Vous réfléchissez enfin avec la prise en compte du coup adverse, vous analysez deux coups candidats, vous vérifiez la sécurité de votre coup. Les priorités échec-capture-menace sont acquises. Il est possible que votre progression ait été probablement plus rapide que l’acquisition de connaissances et il vous manque encore des notions essentielles pour avoir une bonne vue d’ensemble. Vous ne savez pas s’il faut se contenter de suivre un principe général ou lancer l’analyse d’une position. Éventuellement vous passez trop de temps à chercher la menace de votre adversaire. Vos coups ont un sens. votre niveau est déjà bon et avoisine peut-être les 1800-1900.

 

Catégorie 6

Le temps de la main qui se promène aléatoirement au dessus de l’échiquier est révolu. Les principes acquis dans la catégorie 5 sont encore plus forts. Non seulement vous calculez bien, mais vous savez quoi calculer en fonction de votre temps. Vous êtes efficace. Les intentions de l’adversaire sont souvent anticipées. Bref, vous êtes aux portes de la maitrise et vous n’êtes probablement pas loin des 2000 elo.

Vous vous reconnaissez ? Et maintenant ? Quels points aborder pour passer dans une catégorie supérieure ?

Catégorie 1 à catégorie 2

  • S’habituer à bien considérer chaque coup adverse. Que se passe-t-il si mon adversaire peut rejouer une deuxième fois ? Négliger une seule fois une seule menace risque de faire perdre la partie.
  • Envisager les réponses dangereuses de mon adversaire au coup que j’ai choisi et regarder si je peux les contrer.
  • Repérer parmi les coups possibles : les échecs, les captures, les menaces.
  • Prendre son temps dans les positions difficiles.
  • Résoudre des exercices tactiques simples.
  • Evaluer la position issue d’une suite de coups sans se dire « je verrais bien ce qui va se passer. »
  • Travailler la visualisation.

Beaucoup de choses à travailler mais c’est un passage obligé pour construire les étapes supérieures. Si déjà vous repérez une de vos pièce non protégée que l’adversaire peut capturer, et que vous repérez aussi celles de l’adversaire que vous pouvez capturer en 1 coup, ce sera déjà bien.  Probablement se familiariser encore plus avec les déplacements et les mouvements de capture. Travailler des mats élémentaires pour se familiariser avec le but d’une partie d’échecs : mettre  le roi adverse échec et mat !

Idées de lectures :

Catégorie 2 vers catégorie 3

  • La notion de coup candidat devra être développée.
  • La sécurité des pièces devra être renforcée.
  • les variantes forcées devront être privilégiées.
  • Exploiter son temps dans une partie pour appliquer les points précédents.

Catégorie 3 vers catégorie 4

  • Ne plus réfléchir en fonction des réponses possibles mais en fonction des réponses raisonnables.
  • En tant que coup candidat, ne pas éliminer une capture qui ne fasse pas gagner de matériel : bien évaluer toutes les conséquences possibles et le fait que cela puisse donner l’initiative.
  • Toujours se demander si le coup choisi ne peut pas être contré par une tactique de l’adversaire.
  • Toujours évaluer les menaces adverses avant de lister les coups candidats. Ne pas y passer trop de temps, mais ne pas se limiter à une seule menace.
  • Profiter des exercices tactiques pour évaluer les positions.

Catégorie 4 vers catégorie 5

  • Envisager un maximum de suites forcées, tant pour soi-même que pour l’adversaire.
  • S’assurer que l’analyse a été poussée jusqu’à un équilibre.
  • Continuer les exercices tactiques. Même au delà de 1500-1600 elo, c’est indispensable.
  • S’appliquer à bien respecter toutes les étapes du processus de réflexion.
  • Comprendre le sens des coups. Exemple : si je perds je joue agressivement et j’évite les échanges, et si je gagne je simplifie la situation.

Catégorie 5 vers catégorie 6

  • Il faut améliorer l’enchainement des idées et la cohérence.
  • La prudence s’impose quand un bon coup semble se profiler. L’excitation du combat peut faire oublier les acquis précédents. Même une variante forcée gagnante doit être vérifiée attentivement. Il est plus facile de passer d’une position gagnante vers une position perdante que d’aboutir à une nulle !
  • Bien voir que l’adversaire va aussi appliquer ces raisonnements ! Lorsqu’on conclue son analyse sur un coup candidat, s’assurer que celui-ci ne va pas être facilement contré.

Catégorie 6 vers le niveau supérieur.

  • L’expert cherche a résoudre le problème, le maitre évite le problème !
  • Ne pas se focaliser sur un seul plan et un seul coup.
  • Après avoir réfléchi sur quelques coups candidats et après en avoir choisir un, bien réfléchir encore une fois sur celui-ci.

Oui, mais après ?

L’essentiel est acquis. C’est l’analyse et l’expérience (la mémoire) qui s’expriment, puis progressivement la mémoire.

Il est d’usage de dire qu’au cours d’une partie un Maitre International se trouve confronté à une quinzaine de coups sur lesquels il est réellement obligé de réfléchir avec une certaine acuité (les autres coups étant déjà vus sur d’autres positions dans des parties antérieures), tandis que cela se limite à 5 pour un GMI.

Les grands joueurs sont aussi des humains, et font aussi des grosses erreurs. Raison de plus pour qu’un joueur de niveau inférieur consolide bien son choix de coup candidat !

Au fur et à mesure que le niveau augmente et à partir d’environ 2000 elo, le joueur sait de plus en plus précisément ce qu’il faut analyser.

La connaissance théorique des ouvertures et les évaluations de position ont une grande importance.

Évidemment, l’analyse au cours d’une partie fait que les joueurs de haut niveau se retrouvent parfois en retard sur la pendule.

L’étude des parties annotées des grands maitre est essentielle pour progresser, afin d’avoir leurs idées sur le jugement et le plan.

Il est plus facile de passer de 1100 elo à 1200 elo que de passer de 2100 elo à 2200 elo !

D’après « The improving chess thinker » (Le penseur d’échecs qui s’améliore…) de Dan Heisman, qui a proposé différentes positions à différents joueurs de niveau différents.

On constate que si le travail théorique est certainement essentiel, Dan explique bien le rôle des processus de réflexion, et qu’il semble plus importent de bien réfléchir que d’acquérir des tonnes de connaissances, illusoires parfois. Pas d’idée de lectures pour franchir le cap de la catégorie 5, ayant déjà un peu de mal moi-même à atteindre la catégorie 4 !!

 

Soyez pragmatique !


Dans son livre un peu fourre-tout, Excelling at Chess, J. Aagaard donne quelques conseils. Non pas pour devenir excellent aux échecs, mais un de ses chapitres traite du pragmatisme (« Qui est susceptible d’application pratique, qui a une valeur pratique », selon le Larousse). Brièvement : savoir ce qu’on veut et comment y parvenir. Il faut être clair : on gagne parce qu’on joue mieux que son adversaire et on perd parce qu’on joue moins bien que lui. Comme disait je ne sais plus qui (Kramnik ?) : il est curieux de constater que lorsqu’un des joueurs commence à mal jouer, l’adversaire devient meilleur !

Mais s’arrêter à des considérations purement mathématiques serait réducteur. Ce sont bien deux personnes qui s’affrontent, et même si un des joueurs semble avoir été moins précis sans avoir mal joué, même si le vainqueur aura eut du mal jusqu’au bout, il y a bien un gagnant et un perdant.

Quelques conseils pour être pragmatique  :

  1. Quand vous êtes dans une finale semblant aboutir à une nulle face à un joueur moins fort que vous (faut bien avouer que là, moins fort – disons -200 elo –  en ce qui me concerne, c’est quand même un adversaire à 1100 elo !!), simplement attendre la nulle sans forcer le gain est parfois payant ! Et il est possible de gagner la partie sur un malentendu…
  2. Obtenir des positions déséquilibrées face à des joueurs un peu moins forts est souvent une bonne option. Échanger une tour contre une pièce mineure et un pion (par exemple), complique le jeu et l’approche technique et donc favorise le joueur plus expérimenté.
  3. Endormir votre adversaire sur une position bloquée. Rien ne se passe, et lorsque vous jouerez le coup pas si anodin que ça, celui-ci passera probablement inaperçu !
  4. Selon votre personnalité, laissez les échanges se faire au bon vouloir des votre adversaire. Ce sera à lui de calculer l’intérêt, ou pas, de cette manœuvre.
  5. si vous avez une position gagnante face à un adversaire pressé par l’horloge, utilisez tout votre temps  pour bien réfléchir  à la situation au lieu de vouloir aboutir à une conclusion rapide.

L’issue d’un tournoi se décide chez soi !

La préparation aux ouvertures s’effectue entre les tournois, et les révisions entre les parties. Créez votre répertoire une bonne fois pour toute pour ne pas avoir à y revenir tous les mois. Adaptez-le au fur et à mesure de vos tournois et respectez-le. Ayez confiance en votre préparation. Si vous estimez que c’est la variante d’avance qui vous convient dans une défense française ou la Caro-Kann, n’optez pas au dernier moment pour l’échange , ou tout autre coup qui vous semble subitement, sous l’impulsion du moment, vous donner un avantage illusoire.

Lors d’un tournoi, décidez pourquoi vous y participez. Pour être  le premier ? Pour gagner de l’expérience ? Mettre en application vos dernières connaissances ?

 

Merci Jacob pour ces quelques conseils. Toutefois, n’attendez pas de devenir excellent aux échecs avec son livre. Sinon orientez-vous vers Secrets of Practical Chess de Mr Nunn : le Secret de l’Efficacité aux échecs

 

Échecs en amateur.


Très content de retrouver une activité sur ce blog : « Échecs en amateur« , en sommeil depuis plusieurs années.

La convoitise selon J. Rowson


Voici un résumé des idées de Jonathan Rowson, à partir de son livre « Les 7 péchés capitaux aux échecs », dont j’avais déjà commencé l’évocation ici. Son chapitre sur la convoitise est consacré à la crainte du résultat.

En d’autres termes : comment perdre une partie en présence d’une position gagnante ? Contrairement au tennis (par exemple), la moindre erreur sur un coup peut vous couter le gain, même si la partie continue des heures.

On évoque souvent une partie en disant : « Là, c’est une nulle », ou : « Bon, avec mon avantage matériel et son roi exposé, je gagne ». Mais c’est avec notre désir secret d’être le vainqueur et la probabilité que tout ira pour le mieux. Après avoir gagné contre Kasparov (Championnat du Monde -1993), Short avait précisé :  » … J’avais un avantage dans la partie ; je ne savais pas si j’allais gagner quasiment jusqu’à la fin. « 

Il faut être très attentif à la façon dont notre pensée et notre ressenti sur le résultat peuvent influencer notre perception.

Deux joueurs peuvent s’affronter et aboutir à ce qui semble être une nulle. Les noirs s’y préparent, car rien n’évolue pendant une quinzaine de coups. Mais les blancs refusent la nulle. Changement de cap ! Les blanc, eux, jouent pour gagner et les noirs doivent désormais se battre pour la nulle, n’étant finalement pas trop sûrs de leurs munitions. Les motivations des blancs peuvent être multiples : plaisir de jouer encore, recherche d’une victoire quoi qu’il en coute, exercice intellectuel en vue de mater l’adversaire… Quoi qu’il en soit, le changement de la finalité de la partie peut alors influencer votre façon de jouer. Et peut-être accélérer l’issue fatale.

Il est possible de joueur pour un résultat : le gain.

Pour deux résultats : le gain ou la nulle.

Trois résultats ? Autant dire que vous n’êtes pas sûr de la fin et que vous pratiquez un jeu assez risqué !

Il est  utile de régulièrement se poser la question au cours d’une partie : pour combien de résultats est-ce que je suis en train de jouer ? Et se poser la même question pour l’adversaire. Et au lieu de commencer une partie en se disant : « Je veux gagner » (bon, qui voudrait jouer pour perdre ?!), il serait profitable de dire : « Si je joue la Petroff, mon adversaire a la possibilité de jouer pour deux résultats – gain, ou nulle- rendant ainsi mon option de gagner plus difficile à considérer, mais si je joue le Gambit latvian, il sera surpris et donc il sera dans une option trois résultats. » (Et là sincèrement, Rowson s’adresse à des joueurs de bon niveau, car je serais bien incapable de choisir mon ouverture selon ces critères ! La variante d’échange de la française est censée amener une nulle… alors oui, face à un joueur de mon niveau sur 10 parties, on va chacun en gagner 5, mais de là dire qu’on va aboutir à 10 nulles)

L’essentiel est de participer, peu importe le résultat. Mais ce serait nier le caractère compétitif du jeu d’échecs. L’idéal ne serait-il pas de jouer pour le plaisir en s’affranchissant de toute politique du résultat, tout en étant conscient qu’on joue pour celui-ci ?!

 

Comme le poisson qui se laisse porter par le courant.

Pelé, le joueur de foot brésilien décrit la fois où tout semblait lui réussir : ses jambes ne sentaient pas la fatigue, les passes s’enchainaient les unes après les autres. Moment rare d’extase, quand vous êtes connecté avec ce qui vous entoure. Un musicien aura le groove.

Il en est de même aux échecs. Vous avez peut-être déjà ressenti cette euphorie à trouver les bons coups, à réagir avec énergie face à une menace.

Michael Adams disait : «Je n’ai jamais compris ces joueurs qui perdent, mais qui ensuite apprécient la  partie parce que c’était un jeu intéressant. Je veux dire, les échecs sont un jeu compétitif et le résultat est la raison pour laquelle vous jouez. Si je perds, je ne suis pas heureux.  » Rowson pense plutôt que ces joueurs qui ont réalisé leur meilleur jeu, n’étaient pas forcement venus pour obtenir un excellent score, mais plutôt pour s’accomplir en tant que joueurs d’échecs sans se soucier du résultat. Et c’est tout le paradoxe : être dans une énergie positive, mais en étant suffisamment zen pour ne pas entrer en surchauffe. En fait, il ne s’agit pas d’être obligatoirement dans un état d’esprit de gagnant mais de se préparer pour s’en donner toute les chances.

Rowson évoque ici un terme écossais du XVIIIè siècle qui regroupe les notions d’enthousiasme, de calme et d’intelligence pratique ! Et quand vous êtes dans le bon état d’esprit, vous faites la bonne chose au bon endroit et au bon moment. Les enfants forcés par leurs parents à joueur aux échecs ne peuvent pas ressentir cet état d’esprit, pas plus que  l’adulte qui ne joue que pour gagner.

Un moyen d’aborder cette préparation est une forme de silence mental. Un peu de marche à pied, arriver un peu en avance dans la salle. Il faut mettre en accord notre désir de gagner mais aussi celui de se faire plaisir. La victoire appelle cet état d’esprit : l’envie de ressentir à nouveau ce moment où l’on sent que la partie ne peut plus être perdue. Cet équilibre entre le plaisir et le combat peut être rompu lorsque vous voulez gagner mais que vous tombez dans une position qui tend vers la nulle, quand vous vous rendez compte que la situation est désespérée, et enfin quand vous dominez nettement et que vous n’attendez qu’une chose : que votre adversaire abandonne !

 

Le problème du += ou du =+

La meilleure façon d’avoir un gros avantage est d’abord en obtenir un petit (Lev Psakhis)

Yermolinsky, lui, évoque un temps de possession : période pendant laquelle vous resserrez le jeu de votre adversaire dans l’attente d’une erreur fatale.

En allant plus loin, on peut dire qu’une position est égale, mais pas que la partie est nulle (dans le sens : faire une nulle) Penser que la partie va aboutir sur une nulle, nous incite malgré nous à rechercher des coups qui garderont cette égalité, sans recherche d’un gain. Si on voit une position en se disant : « Il y a égalité, mais c’est à moi de faire pencher la balance » donnera plus de chance d’aboutir à un gain.

Concrètement, face à une position où vous avez un léger avantage (+=), il faut se persuader que l’adversaire va commettre une erreur, et continuer la partie pour le simple plaisir de jouer. Bref, éviter les erreurs et  inciter l’adversaire à en faire. En fait, être prêt à affronter des positions difficiles amène des positions plus fortes orientant vers un gain.

 

La théorie de la résistance infinie

Et il y a la position perdante. Là où vous subissez l’humiliation, le désespoir, la défaite ! C’est à ce moment là qu’il faut appliquer la théorie de la résistance infinie, imaginée par un joueur Australien, Bill Jordan, et résumée par Ian Rogers : « Théorie conçue pour encourager les joueurs à utiliser pleinement les ressources défensives disponibles dans une mauvaise position, ou même dans une position stratégiquement perdue. La théorie postule que lorsqu’un joueur fait une erreur grave ou atteint une mauvaise position, s’il continue à essayer de trouver les meilleurs coups possibles par la suite, il peut opposer une résistance pratiquement infinie et ne devrait pas perdre… Bien sûr, certaines positions dépassent même la défense parfaite, mais leur nombre est bien inférieur à ce que l’on peut imaginer.« 

Et dans le meilleur des cas, la nulle peut se profiler à l’horizon !

1) La gloire du gardien de but.

Votre équipe perd : 2-0. Mais elle se prend en plus une pénalité. L’issue du match n’en sera pas changée. Mais le gardien de but joue son match : s’il arrête la pénalité, il gagne. Sinon : il perd.

Vous êtes mené sur votre jeu. Battez-vous pour un 0 ou un 1/2. Votre adversaire se battra pour un 1 ou un 1/2. le gagnant sera celui qui obtiendra ce qu’il désire. (Merci Jonathan… le soucis est que lorsque j’ai perdu 3 pions, ou un cavalier, j’ai un peu de mal à me dire que je vais réussir à obtenir la nulle !!)

2) Pourrir le jeu de l’adversaire

En fait, lorsque votre adversaire a une position gagnante, psychologiquement il est déjà le roi du monde. Il n’imagine pas qu’une pièce adverse vienne faire le bazar sur ses lignes arrières.

Gardez un œil sur un roi laissé sans protection, sur la moindre fourchette vengeresse. Et qui sait, sur un malentendu…

3) jouer pour trois résultats

Vous jouiez 30 mn avant pour la perte ou une nulle. Et si vous envisagiez le gain ? En face de vous, votre adversaire voit la victoire au bout de la route. Il y a de fortes chances qu’il ne tente rien de particulier pour ne pas perdre son avantage. A vous de pousser la bonne pièce !

4) Le chantage.

Certains adversaires, dont la victoire ne semble plus pouvoir leur échapper, sont soucier d’arriver à leurs fin dans les meilleurs délais. A vous de faire durer le plaisir pour atteindre une nulle !

5) Quels sont les points positifs de ma position ?

S’il n’y en a qu’un seul, se persuader que c’est votre force et l’imposer à votre adversaire. Inversement, Rowson conseille non seulement de jouer sur les failles de l’adversaire, mais surtout sur les failles dont il est conscient !

Envoyer la balle au fond de la cage

Le danger est de se dire à un moment de la partie : « Je suis en train de gagner ». Être en train de gagner ne veut pas dire que la partie est gagnée (qui peut prédire l’avenir ?). Commencer à penser ainsi modifie votre façon de jouer.

Présentez une position gagnante à un GMI, et demandez lui ce qu’il en pense. Il répondra des trucs  comme : « Oui, il a de bonnes chances de gagner » sans trop se mouiller. Bref, vous obtenez un avantage notable, il est temps de respirer et de prendre de la distance !

Il s’avère que les positions gagnantes (ou perdantes) sont souvent obtenues avant le contrôle. Disons au 30ème coup, 15 mn avant celui-ci. Malgré ce moment critique, sortez dehors et détendez-vous !

La convoitise est évidente lorsque nous faisons des erreurs en raison de nos idées sur le résultat de la partie. Plutôt que de jouer uniquement pour le gain, prenez plaisir à jouer et voyez le résultat (1 – 1/2 – 0 ) comme une partie intégrante de la partie, pas comme une finalité. Ne tombez pas dans des mauvais réflexes, appliquez les quelques conseils cités plus haut pour rester dans la dynamique de la partie.

 

 

 

 

 

 

Power Chess for Kids


Charles Hertan (auteur de Forcing Moves) donne trois conseils fondamentaux pour qu’un enfant (et je ne suis pas loin de penser que c’est aussi valable pour un adulte débutant !) soit une terreur aux échecs :

  1. Connaitre les mats de base
  2. Connaitre les tactiques de base pour mater et gagner du matériel.
  3. Travailler sa réflexion sur 1.5 coups (je joue, il répond son meilleur coup, je rejoue)

Et  le secret du secret : travailler le point 2. améliore les deux autres points !

Le point 3. vise à corriger l’erreur qui consiste à arrêter sa réflexion trop tôt :

  1. Je prends son cavalier avec ma dame.
  2. Il reprend avec sa dame (et j’arrête la réflexion ici car je perds une dame contre un cavalier).
  3. Sauf que j’ai la possibilité, avec cet échange, de finaliser ma combinaison et de prendre l’avantage.

Réti avouait ne réfléchir sur 2 coups !

Pas de travail d’ouvertures pour progresser : tactiques et finales suffisent au départ.

 

LES 4 TECHNIQUES POUR JOUER 1.5 COUPS EFFICACES

1) Connaitre la valeur des pièces

Pour débuter, on peut se contenter des valeurs usuelles (D=10, T=5, C/F=3, P=1), mais en progressant on affinera ces données. Attention toutefois à ne pas échanger au détriment du développement ou d’une position.

2) Les décomptes rapides (ou comment savoir si l’échange est gagnant)

L’attaquant doit avoir une pièce de plus que le défenseur s’il veut gagner une pièce, sachant qu’il est préférable d’attaquer avec la pièce la plus faible, et de conclure avec la pièce la plus importante (quand on peut !)

Pour protéger une pièce, il suffit d’avoir autant de défenseurs que d’attaquants, sachant qu’il est préférable de défendre avec la pièce la plus faible, et de conclure avec la pièce la plus importante (quand on peut !)

La vision de l’échiquier (l’aptitude à évaluer la position des pièces et leurs mouvements) est essentielle pour appliquer sereinement ces deux derniers principes.

3) Prise, Prise, Bang !

Les positions au cours desquelles il y possibilité de prendre une pièce arrivent plusieurs fois au cours d’une partie.

Le raisonnement est simple :

  • Je prends
  • Quel est le meilleur coup de l’adversaire ?
  • Quel est mon meilleur coup à sa réponse ?

Et quand on parle de meilleur coup à la réponse, il s’agit réellement de pouvoir obtenir un avantage, ou un mat ! Une capture est un coup forçant qui oblige l’adversaire à réagir d’une façon ou d’une autre.

L’étape suivante consiste à ne plus simplement considérer les échanges évidents, mais toutes les captures possibles, y compris les sacrifices.

4) Échec, Coup, Bang !

  • Je mets le roi adverse en échec.
  • J’évalue les réponses possibles.
  • Je cherche ensuite comment obtenir un avantage de cet échec.

Parfois, il y a plusieurs options pour mettre le roi adverse en échec. Il faudra donc, à chaque possibilité, envisager la meilleur réponse de  l’adversaire et voir ensuite si votre coup permet un avantage ou un mat.

LA FOURCHETTE

C’est le coup tactique le plus connu !

L’option Prise, Prise , Bang (fourchette) est une arme très efficace.

Le pion

Ne pas négliger les possibilités de fourchette du pion :

  • Capable d’avancer de deux cases s’il est encore sur sa rangée initiale
  • Se transforme quasi automatiquement en dame s’il pose une fourchette en étant sur la 7ème rangée (2ème)

Le cavalier

Le roi de la fourchette !

  • La fourchette royale : attaque la dame et le roi.
  • La fourchette familiale ; attaque trois pièces.

Ses cases de prédilection : c7, e7, f7 (pour les blancs). Un cavalier sur sa case de départ peut atteindre une de ces cases en trois coups.

Ces positions permettent de mettre le roi en échec, d’atteindre une tour si elle n’a pas encore bougé ou qui s’est activée sur une colonne d ou e, tout autre pièce qui ne s’est pas encore développée.

Le Fou

Attaque de loin, mais il lui faut deux proies sur deux diagonales (quitte à lui faire de la place pour qu’il puisse passer)

La Tour

Dès qu’elle est sur la 7ème rangée, la tour peut potentiellement faire des fourchettes sur les pions qui n’auraient pas encore bougé ! Sans parler de la 8ème rangée !

La Dame

La plus puissante pièce dans tous les domaines ! Dès qu’une dame est en mesure poser un échecs, vérifier s’il n’y a pas une fourchette en même temps. Se méfier d’une pièce centrale (cavalier ou fou,) non protégée, qui serait victime d’une fourchette avec la dame qui pose un échec en étant sur la colonne a ou h, et qui viserait en même temps la pièce centrale non protégée. Comme la tour, la dame est aussi en mesure de planter des fourchettes en étant sur la 7ème ou 8ème rangée (pour les blancs)

Le Roi

Les fourchettes sont rares, mais elles existent !

 

LE CLOUAGE

 

Le clouage est l’autre arme tactique la plus fréquente que l’on peut exercer avec une dame, un fou ou une tour. Le but est soit de prendre la pièce derrière celle qui est clouée, de prendre la pièce clouée (dans le cas des clouages absolus : avec le roi derrière) ou de profiter de l’immobilisme (relatif ou absolu) pour capturer une pièce protégée par la pièce clouée.

Se méfier du roi sur la 8ème rangée, avec une pièce mineure à coté de lui (aussi sur la 8ème rangée). Qu’une dame ou une tour vienne se planter sur la 8ème rangée et c’est la catastrophe.

Il est parfois nécessaire de visualiser 2.5 coups à l’avance pour mettre en place un clouage efficace (2 coups de préparation, et ensuite capture/capture/bang, ou échec/réponse/bang). Et un échec peut forcer un roi à se mettre derrière une pièce qui va être clouée (ou qui est immédiatement clouée s’il y a un alignement entre l’attaquant, la pièce clouée, et le roi qui vient de se déplacer).

Exploitation des clouages

Le clouage a un effet dévastateur car peut durer plusieurs tours, immobilisant une, voire plusieurs pièces.

1) Attaquer la pièce clouée, idéalement avec un pion.

Se méfier des alignements de votre dame avec une tour ou un fou adverse (une combinaison est vite arrivée !) Et inversement, exploiter ce genre de situation chez  l’adversaire. Un corollaire: lorsque l’adversaire ne possède plus qu’un fou, attention à votre roi quand il est sur une case de la même couleur que la case de ce fou.

Ne pas négliger l’utilisation d’un pion levier (mouvement de rupture) qui va modifier la géométrie autour de la pièce clouée et profiter de la situation pour obtenir un avantage décisif.

De façon générale, une pièce non protégée, même avec un obstacle entre elle et une pièce attaquante, est en danger. Si l’obstacle est une pièce (mineure) de son propre camp, le clouage va être gênant.

2) le clouage sournois

  • Capture : une pièce victime d’un clouage absolu ne peut protéger une autre pièce qui va donc être capturée.
  • Contrôle : une de vos pièce est sous l’attaque d’une pièce adverse qui subit un clouage absolu : elle ne risque donc rien tant que la pièce adverses reste clouée.

Ne pas oublier qu’une pièce clouée (de façon absolue) ne peut pas s’interposer à un échec.

L’avantage de clouer une pièce de l’adversaire est que cela lui laisse parfois peu d’options pour réagir à une attaque.

Enfin, même si la pièce clouée n’est pas attaquée par un pion (échange gagnant d’office), le décompte de l’échange est souvent en défaveur du défenseur. Car la seule ressource est souvent de défendre la pièce clouée par la grosse pièce derrière celle-ci (la dame ou le roi !).

L’attaquant, une fois qu’il aura cloué la pièce adverse, utilisera toute sa technique pour empêcher le roi de se dégager pour que ses défenseurs retrouvent leur liberté d’action.

Ne soyez toutefois pas trop charmés par la puissance d’un inutile clouage.

  1. e4 e6
  2. d4 d5
  3. Cd2 Fb4?

Autre exemple :

  1. e4 e5
  2. Cf3 d6
  3. Fc4 Fg4?!  retarde le petit roque noir
  4. Cc3 h6??  encore un coup inutile (pour empêcher Fg5).

Les blancs ont un coup efficace, sorte de piège… (un classique du contre clouage dans ce type d’ouverture : le mat de Legal qui menace le gain d’un pion en plus d’une position avantageuse si les noirs jouent bien, ou sinon qui menace un mat.. ben oui, sinon on n’appellerait pas ça le mat de Legal)

 

La brochette ou l’attaque aux rayons X

 

C’est une tactique dans laquelle une pièce attaque finalement une pièce située au delà de la première pièce attaquée (avec un alignement des trois pièces, d’où le nom de brochette… plus évocateur que rayon-X à mon avis.) La pièce attaquée est obligée de bouger (cas du roi en échec) et la pièce attaquante capture la pièce située derrière.

 

Charles Hertan passe donc en revue trois outils tactiques fondamentaux (avec de nombreux exemples)  permettant d’appréhender toutes leurs facettes et exploitations. Très utile à mon avis avant de se plonger dans des séries de problèmes tactiques après avoir vu quelques exemples qui montrent tout sans rien expliquer, nous faisant croire qu’on a tout compris. Reste ensuite à visualiser les notions de déviation, d’attraction, et de suppression du défenseur, indissociable de tous les exemples donnés dans ce livre. Après l’avoir lu, on ne joue pas nécessairement mieux aux échecs, mais on est un peu moins bête en se couchant le soir.

En anglais seulement et je ne sais pas si un ouvrage basique équivalent existe en français. Si quelqu’un connait, qu’il n’hésite pas à nous le dire !