Quelques conseils pour travailler avec Artur Yusupov


Des joueurs de haut niveau ont la possibilité de faire des stages chez Artur. Nous autres, nous avons ses livres. Et c’est déjà bien, car c’est toute l’école russe qui s’invite sur notre échiquier.

Avec ses trois volumes (Boost your chess, Build up your chess et Chess Evolution) à la couverture orange pour l’édition anglaise, la première série « The fundamentals » s’adresse déjà à des joueurs désireux de progresser et qui ont l’intention de pratiquer des tournois. Concrètement, elle est destinée à des joueurs visant les 1500-1600 elo et elle n’a pas vocation à initier au jeu d’échecs. Le contenu est à plus de 50 % tactique (39 leçons sur 72), et comme il faut s’y attendre, les ouvertures ne sont que très peu abordées : 6 leçons sur 72 !

Si vous n’avez pas encore de classement elo (FIDE), soyez déjà avec une cote de 1500-1700 sur Lichess en parties classiques avant d’aborder ces cours. Les problèmes proposés après chaque leçon sont d’un niveau correct pour un 1300-1400 elo, et il serait dommage que vous restiez bloqués dessus.

Mettez-vous dans des conditions optimales s’approchant d’un tournoi : pas de distraction, pas de musique, rien à boire (à part un verre d’eau !), et votre échiquier sous les yeux. Pas d’ordinateur !

Ce sont réellement des livres d’étude. A savoir qu’il faut prendre le temps de bien tout faire. Lire une leçon par jour et au bout d’un mois se dire : « Wouah, intéressant… ! » est probablement insuffisant. Soixante douze leçons sur trois livres : accrochez votre ceinture. Dans le meilleur des cas, 2 leçons par semaine, prévoyez 8 à 9 mois de boulot intense. Acheter ces livres s’intègre dans une démarche au long terme.

La leçon

Chaque leçon est précédée de quelques explications, suivie d’exemples détaillés. Avant de lire les explications, tentez en quelques minutes de résoudre l’exemple. Puis décortiquez les variantes qu’il faudra jouer sur l’échiquier (c’est pour ça, à mon avis, que travailler ces livres avec Chessable va un peu à l’encontre des recommandations de Yusupov concernant l’utilisation d’un échiquier)

Les exercices

Le gros morceau de la leçon : 12 exercices aux difficultés variables. Il s’agit réellement d’un travail et non pas d’une course au résultat. Prenez le temps d’analyser la position, éventuellement de retourner voir la leçon, de noter toutes les variantes que vous envisagez afin que vous alliez au bout de vos calculs. Yusupov préconise 15 mn, mais 10 minutes peuvent suffire (allez, on va dire 10 minutes de résolution et 5 minutes sur la solution). Quand vous pensez avoir le bon coup écrivez-le, même si vous n’êtes pas sûr de vous. Avec le même principe, passez à l’exercice suivant (sans regarder la réponse).

Enfin, quand vous avez réfléchi sur ces 12 positions : regardez les solutions. Décortiquez à nouveau les variantes, envisagez vos mauvaises hypothèses (pourquoi votre solution n’est pas la bonne).

Une note globale vous sera attribuée selon vos réponses. Si elle n’est pas satisfaisante, demandez-vous si c’est un souci tactique ou une mauvaise assimilation/compréhension du thème abordé. Prévoyez quelques jours plus tard, avec un petite phase d’oubli, une simple re-lecture de la leçon, et résolvez de nouveau les exercices ratés.

Si vous intégrez cette formation avec d’autres éléments (la tactique façon Woodpecker, jouer des parties longues, analyser, aborder malgré tout un minimum d’ouvertures), une leçon par semaine est un rythme soutenu pour peu que vous ayez une famille et un travail. L’intérêt est que vous n’avez alors plus à vous soucier de ce que vous devez travailler et en quelles proportions : il n’y a qu’à dérouler les pages.

Vous aussi vous travaillez avec ces livres ? Comment pratiquez-vous ? Avez-vous progressé ?

Bibliothèque 2.0


L’époque où on trouvait un avis sur un livre dans Europe Échecs et qu’on commandait chez notre libraire préféré est révolue ! Les forums, les moteurs de recherche, les commentaires en ligne élargissent le champ de nos recherches.

Voici 4 moyens de lire un livre.

Prenons Strategy for Club for Players de H. Grooten

Le vrai livre (le vrai, en papier) chez Variantes : 27,95 €

En fait, c’est la seule option d’avoir réellement le livre pour soi, sur une étagère. Sinon, pour la suite, vous n’achetez que le droit de lecture.

Version liseuse Kindle : 19.40 €

Plus économique, avec l’avantage d’avoir un dictionnaire anglais-français intégré à la liseuse. Les applications permettent de lire aussi sur une tablette (ou un portable), ou sur votre ordi.

La version Chessable : 25.99 €

Le site vous propose l’accès au livre avec la reprise des coups selon un système de répétitions afin de mieux mémoriser. Bon, là, pas de chance… l’adaptation ne semble pas terrible selon les commentaires. Probablement plus efficace avec la méthode Woodpecker ou les 100 finales de de la Villa.

La version Forward Chess : 16.99 $ (14.27 €)

Après avoir installé l’application (ordi, tablette), vous avez accès à une fenêtre indexant les principales maisons d’édition en langue anglaise. Une fois le livre acheté, vous pouvez le lire sur l’application en suivant les coups sur une fenêtre qui est adjacente au texte (avec l’essentiel des outils propres à un GUI). Le concept est séduisant et Watson en dit du bien sur TWIC. Mais il faudra bien un jour manipuler les pièces !

Comment créer un plan d’entrainement selon Kostya Kavutskiy


Le programme devrait s’articuler sur trois points : mise en pratique (jouer), apprentissage, et exercices, et dans quatre secteurs : le calcul, la compréhension de la position (bref, la stratégie), finales, et ouvertures.

JOUER

Même si jouer des parties lentes semble être le plus profitable (30+0 a minima), des parties plus rapides peuvent aussi être intéressantes. Une partie lente toutes les 1-3 semaines est valable. Le blitz : pour l’instinct, et l’ouverture, mais ce n’est pas une priorité (de toute façon : analyser aussi ces parties). Pour des parties en lignes : jouer dans des conditions de concentration maximum.

APPRENTISSAGE.

Les livres ne manquent pas ! A défaut d’avoir un programme bien précis, abordez des sujets qui vous intéressent (ou dans lesquels vous avez des faiblesses) et travaillez les régulièrement. Un livre à la fois, une vidéo à chaque fois… 30-45 minutes par jour, ou deux fois par jour. Ne pas se disperser : évitez de travailler une ouverture pendant une semaine, puis de la stratégie pendant 1 semaine, puis de la tactique pendant une semaine.

EXERCICES.

Bien faire la différence entre des exercices tactiques élémentaires (reconnaissance de schémas tactiques) et des exercices de calcul approfondi. Comme le reste : au moins 20-30 minutes par jour. L’amélioration du calcul est essentiel pour le joueurs en progression. Plus il y aura d’exercices pratiqués, plus il y aura de chances que le bénéfice s’en fasse ressentir à un moment ou à un autre.

CALCUL : 1 heure par jour, 7 jours par semaines, par tranches de 4 à 6 semaines (wouah… !)

Toute application/programme est intéressant : les problèmes de chess.com (Puzzle rush et Survival Mode), Lichess aussi, CT-Art, Chessable, ChessTempo.

Pour un niveau de 1400-1800 (en gros au dessus du niveau débutant), Kostya recommande Tactics for the Tournament Player (Alburt & Palatnik) ou Art of Attack (Vukovic). A noter qu’il recommande plutôt la méthode Woodpecker à des joueurs au delà de 1800 elo.

Kostya nous affirme que 4 à 6 semaine de ce travail fera progresser : moins de pièces données à l’adversaire, moins de tactiques ratées.

Jeu positionnel/Stratégie : pour des joueurs débutants à intermédiaires, on pourra évoquer Silman avec son fameux « How to Reassess your chess » ou le « Positionnal Chess Handbook » de Gelfer. Ce genre de livre vous donne toutes les explications et la force de l’exemple devrait vous aider à progresser (Que faire avec une colonne, comment exploiter un pion arriéré chez l’adversaire, etc.) Peut-être pas à lire de a à z, mais aller y piocher après chaque partie afin de mieux comprendre pourquoi on a perdu (ou gagné difficilement).

On peut aussi étudier les parties des grands joueurs (ou au moins d’un grand joueur) : Capablanca, Tal, Fischer, Karpov, etc…

Travailler 1 à 3 parties par jour (y compris les variations !), deviner les coups du joueurs, et noter ce que chaque partie vous a appris.

LES FINALES : pratiques et théoriques. Y consacrer 1 heure par jour. Les finales pratiques se travaillent avec le livre de Sheherevsky (Endgame Strategy) ou de Hellsten (Mastering the Endgame Strategy, plus complet) qui nous explique l’importance des pions, le rôle de l’échange, les majorités de pion, tout ça. D’un point de vue plus théorique (R+P contre R, ou T+P+R contre T+R) , le livre de de la Villa est un de ceux qu’on peut acheter et travailler sur Chessable.

LES OUVERTURES : une par une. Il ne sert à rien d’apprendre les coups par cœur. Foncez sur le milieu de jeu des joueurs pratiquant votre ouverture préférée et comprenez les positions, retenez les thèmes qui y sont consacrés. Bien sûr : travail quotidien pendant plusieurs semaines, travailler les positions typiques, faire des répétitions contre un partenaire (ou l’ordinateur)

Pour faire court :

  • Jouer, apprendre, résoudre.
  • Ne pas se disperser lors de l’apprentissage.
  • Analyser ses erreurs.

D’après How to Create A Training Plan et 4 Ways to Revamp your chess du MI Kostya Kavutskiy (elo 2391)

Encore une fois, le calcul me parait de plus en plus un élément essentiel de l’entrainement au travers des exercices tactiques. La régularité est aussi primordiale. Mieux vaut y consacrer 15 minutes tous les jours que 2h une fois par semaine. La fameuse méthode Woodpecker est rapidement évoquée et serait plutôt destinée à des joueurs de niveau déjà élevé (>1800… mais rien n’empêche de s’y coller si vous avez un elo de 1250 !!!). Toutefois, aborder un thème à la fois pendant un certain temps lui parait plus utile que travailler de front plusieurs sujets, même s’il n’y en a que trois ou quatre. En outre l’analyse des parties est extrêmement utile pour déceler les failles. Toutes les idées de Kostya ont déjà été plus moins (bien) abordées dans ce blog. Avec un petit coup de recherche, nul doute que vous vous construirez votre programme d’entrainement sans difficulté. Un apprentissage aux échecs passe approximativement par ces 4 phases : apprentissage, test (=jouer), analyse, entrainement sur les erreurs. Et on recommence.

Have fun !

C’est comment qu’on fait quoi ?


« J’ai le marteau, mais je n’ai pas un putain de clou ! »

Pour mieux jouer, l’acquisition de connaissances est utile. Les règles, les principes, la stratégie, les schémas tactiques… comment rester zen, bien dormir avant un tournoi, gérer la pendule. A la limite, c’est facile. Le problème est que devant l’échiquier, l’application devient compliquée. Bref, comment on fait ?

Un bon instructeur est un élément indispensable. Mais souvent, il s’agit de cours plus ou moins magistraux, au sein d’un club, avec plusieurs élèves. On y acquiert, à mon avis, plus de connaissances que de compétences. Il y a aussi les cours particuliers quand on peut s’offrir un coach. Mais en cette période de distanciation sociale, les coaches sont rares (oui, oui, le distanciel existe, mais pas aussi convivial que votre prof’ qui est assis en face de vous !) Reste alors la solution du livre qui apporte les bons conseils. Et là… franchement… il n’y en a pas des masses. Mis à part les ouvrages purement techniques : les ouvertures, les finales, les recueils de tactique. Mais qui ne servent qu’à acquérir des connaissances. Mais sinon…

Choisissez sur Variante ou Amazon : comment choisir son coup, calculez comme un grand maitre, progresser avec […] (mettez ici le nom de votre joueur préféré). Il s’avère qu’après en avoir parcouru quelques uns en diagonale, j’ai constaté que la plupart de ces livres vous disent : «  Il faut faire ceci, et attention à cela, et réfléchir ainsi. Regardez comment Machin – elo 2675 – exploite tout ça » L’auteur nous décortique alors une partie, souvent une des siennes, pour montrer l’importance de ses recommandations (Ah oui, contrôler une colonne avec ses tours !!!). Et le livre continue ainsi : quelques conseils généraux, quelques parties pour illustrer les conseils. Dans le meilleur des cas, l’auteur nous gratifie de quelques exercices. On referme le livre et on passe au suivant.

Les plus grands auteurs/joueurs font pareil : Dorfman, Yusupov, Dvorestky, Soltis, Aagaard, Nunn et les autres. Le soucis, à mes yeux, est que lorsque le livre est refermé, on en est au même point. Oui, bon… Silman, évidemment, la bible à en croire certains joueurs serait un must. Les déséquilibres, tout ça quoi ! Certes, leurs bons conseils se sont infiltrés dans une partie de notre cerveau. Certes, on utilise les outils tactiques de Lichess, certes on repère les faiblesses de l’adversaire avec pourquoi pas un beau pion arriéré. Mais au bout du compte… les résultats sont mitigés. Un fou se retrouve toujours enfermé (oui, je sais… le bon et le mauvais fou…), on a aucune case forte pour installer un cavalier sur la sixième rangée, le roque adverse n’a aucune faiblesse. Pire : même en ayant mis un post-it Echec-Capture-Menace à coté de l’échiquier, l’adversaire étouffe notre position au bout du 9ème coup alors que depuis 8 coups on tente désespérément d’appliquer les grands principes des ouvertures en réfléchissant sur au moins 1.5 coups.

On repère alors « Chess for Zebras« , « Move first, think later« , « Pump up your rating » ou « Improve your chess now » pour ne citer qu’eux. Faut déjà être à l’aise avec l’anglais. Mais on y trouve pas mal de conseils utiles et probablement déclencheurs d’une progression chez certains. Bien sûr, notre ami Dan Heisman nous éclaire toujours de ses lumières dans son Guide du joueur qui progresse « A Guide for chess Improvement » évoqué de multiples fois sur ce blog. Mais même l’identification des 10 blocages qui nous empêchent d’évoluer semble ne rien débloquer du tout. Et pour reprendre/paraphraser Jonathan Rawson : la plupart de tous ces livres nous disent que ça y est, avec celui-ci vous allez découvrir le nirvana grâce aux conseils que personne n’a encore eut l’idée de vous donner jusqu’à présent. Et comme votre adversaire ne les connait pas, vous allez donc gagner. Hélas votre adversaire a probablement lu aussi le même livre, vous partez à la recherche d’un autre bouquin.

Ne me dites pas que cela ne vous est jamais arrivé en lisant des avis ou la quatrième de couverture : « Wouah, si avec celui-là, je prends pas 100 elo dans les 6 mois, je me mets aux dominos ! » Bon, vous ne vous mettez pas aux dominos, mais 6 mois plus tard, vous stagnez toujours.

Alors, on répète les exercices tactiques, on analyse ses parties, on établit des programmes d’entrainement. On tient à jour le recueil de nos erreurs au cours des parties. Et on cherche d’autres bouquins. On traine sur des chaines YouTube qui montrent beaucoup de choses intéressantes. On tente Chessable. Mais au bout de trois mois avec la tête dans le guidon, le premier adversaire (non tricheur !) sur Internet avec une cote inférieure de 100 points à la votre vous explose au bout de 20 coups. Ou le jeune ado classé 1210 elo semble être d’une rare précision dans un open, vous achevant dans une finale épuisante.

Reste donc à trouver le bouquin qui nous emmène vers le bon mode de réflexion afin de pouvoir décider du coup à jouer grâce à un calcul efficace. Le bouquin qui nous prépare à mieux penser, qui nous accompagne jour après jour afin de repérer la bonne pièce à déplacer sur la bonne case. Et là… j’avoue que c’est un peu le désert.

Devenir un meilleur joueur (2)


Si vous voulez devenir un meilleur joueur, vous devez avoir de meilleures habitudes, grâce à l’entrainement. Le meilleur entraînement est celui qui vous pousse aux limites de votre zone de confort, celle où vous vous forcez à assumer la responsabilité de décisions difficiles. Il est tellement plus facile de lire des livres qui donnent des orientations stratégiques, des conseils et des astuces. Mais ce dont vous avez besoin, c’est de « savoir-faire », c’est-à-dire d’apprendre par la pratique. La meilleure façon de cultiver de meilleures habitudes est de les construire sur la base de vos habitudes existantes et d’examiner de près vos lacunes. Vous constaterez que la plupart des erreurs ne sont pas dues à l’ignorance, mais au fait de ne pas voir les choses ou de ne pas les faire. Vous pouvez y travailler en jouant et en analysant ensuite vos parties honnêtement, en résolvant des problèmes d’échecs complexes ou en essayant de gagner des positions gagnantes face à des moteurs d’analyse puissants. Je pense même que vous pouvez développer vos compétences grâce à une utilisation intelligente des parties de blitz – où vous n’analysez pas les positions en profondeur, mais comparez vos intuitions avec la façon dont la partie se développe. Avec ces approches, vous n’acquérez pas de nouvelles « connaissances », vous pourriez donc avoir l’impression de ne pas progresser en tant que joueur. Cependant, si les arguments présentés dans ce chapitre vous paraissent logiques, et si vous pouvez faire confiance à ce type de processus de formation, je pense que vous constaterez que votre niveau de compétence s’améliore, et avec lui, vos résultats.

Rowson, Jonathan. Chess for Zebras. Gambit Publications.

(déjà publié, mais WordPress a décidé de mettre en place un système rigide censé améliorer la publication des articles, mais qui finalement la complique. Il devient très difficile de corriger ensuite une erreur, une faute d’orthographe, sans avoir à tout refaire.)

Devenir un meilleur joueur


Si vous voulez devenir un meilleur joueur, vous devez avoir de meilleures habitudes, grâce à l’entrainement. Le meilleur entraînement est celui qui vous pousse aux limites de votre zone de confort, celle dans où vous vous forcez à assumer la responsabilité de décisions difficiles. Il est tellement plus facile de lire des livres qui donnent des orientations stratégiques, des conseils et des astuces. Mais ce dont vous avez besoin, c’est de « savoir-faire », c’est-à-dire d’apprendre par la pratique. La meilleure façon de cultiver de meilleures habitudes est de les construire sur la base de vos habitudes existantes et d’examiner de près vos lacunes. Vous constaterez que la plupart des erreurs ne sont pas dues à l’ignorance, mais au fait de ne pas voir les choses ou de ne pas les faire. Vous pouvez y travailler en jouant et en analysant ensuite vos parties honnêtement, en résolvant des problèmes d’échecs complexes ou en essayant de gagner des positions gagnantes face à des moteurs d’analyse puissants. Je pense même que vous pouvez développer vos compétences grâce à une utilisation intelligente des parties de blitz – où vous n’analysez pas les positions en profondeur, mais comparez vos intuitions avec la façon dont la partie se développe. Avec ces approches, vous n’acquérez pas de nouvelles « connaissances », vous pourriez donc avoir l’impression de ne pas progresser en tant que joueur. Cependant, si les arguments présentés dans ce chapitre vous paraissent logiques, et si vous pouvez faire confiance à ce type de processus de formation, je pense que vous constaterez que votre niveau de compétence s’améliore, et avec lui, vos résultats.

Rowson, Jonathan. Chess for Zebras. Gambit Publications.

 

Aussi bon soit-il, « Chess for Zebras » n’est pas le livre miracle qui vous fera progresser en trois mois (contrairement à ce certains joueurs prétendent sur des forums) . Mais l’approche psycho-cognitive (ça existe ce mot ?) de Jonathan est intéressante, tout comme ses « 7 péchés capitaux aux échecs ». Il nous enlève des œillères et nous fait sortir des sentiers archi battus de la tactique et des programmes d’entrainement rigides. Les commentaires des parties sont plus orientés sur les motivations des joueurs que sur de réelles considérations stratégiques. On aura autant intérêt à lire les parties commentées dans les bouquins de Jonathan que celles de Mr Chernev. En tout cas une bonne alternative lorsqu’on sature à force de travailler la tactique, la stratégie, les finales, les ouvertures.

 

Aborder une ouverture selon Jacob Aagard


Il existe plusieurs façon de travailler une ouverture.

Si un joueur débutant devra d’abord avoir en tête les principes des ouvertures et les travailler, à partir d’un certain niveau, il semblerait que s’approprier une ouverture ou deux ne peut pas faire faire de mal.

Un joueur d’attaque optera pour 1. e4, un joueur défensif pour 1. d4 ou une Caro-Kann, un théoricien doué d’une bonne mémoire préférera la Sicilienne.

Une approche plus positionnelle, plutôt que liée à la mémoire est possible. Cela nécessite une base de données et un peu moins d’ambition dans le style de l’ouverture (sous-entendu : on ne mise pas tout pour sortir avec un avantage à la fin de celle-ci ?) Accessoirement : sélectionner des joueurs spécialistes de votre ouverture préférée.

PHASE 1

  • Lorsque le choix s’est porté sur une ouverture particulière, choisir des parties avec des joueurs au delà de 2350 elo.
  • Parmi ces parties, sélectionner celles qui aboutissent sur une finale.
  • Les jouer sur un échiquier

PHASE 2

  • Choisir les 100-150 parties jouée par les joueurs les mieux classés
  • Noter les concepts particuliers rencontrés lors des milieux de partie.
  • Des idées générales vont finir par apparaitre, et au bout d’un certain temps, ce ne seront plus que des variations sur ce thème qui surgiront.
  • Comparez avec vos parties quand ces concepts sont rencontrés. Cela prend un peu de pratique quant au maniement de la base de données (Chessbase, Chess Assistant, SCID).
  • Noter vos parties qui vous semblent représentatives des positions rencontrées (une petite dizaine devrait suffire)

Et au bout d’un certain temps :

PHASE 3 (théorie)

Vous aurez déjà parcouru un bon nombre de parties et il est temps de devenir un peu plus précis en apprenant par cœur, et rencontrer des positions qui ne vous seront pas inconnues.

Fritz et ses amis sont essentiellement utiles pour infirmer vos convictions concernant certains coup. Mais il ne faut pas se faire trop d’illusions : les meilleurs coups sont déjà connus !

(faire aussi la distinction entre le meilleur coup qui débouche sur une position compliquée et le moins bon coup qui donne une situation plus facile à gérer, même si cela donne un +0.45 au lieu d’un + 0.97 si on joue les blancs par exemple).

d’après « Excelling at chess » de Jacob Aagard

Et pour  compléter : Copié/collé des conseils de Jesper Hall :

Commencer par trouver des parties commentées avec l’ouverture choisie, avec de bons commentaires : avec des plans et des idées.

Il faut se poser les questions suivantes :

  1. Quelles types de position et de structures de pions va découler de cette ouverture ?
  2. Quels sont les plans et idées positionnelles pour chaque camp ?
  3. A quoi ressemble les positions idéales ?
  4. Quels sont les positions clefs ?
  5. Quels sont les thèmes combinatoires ?
  6. Sur quel type de finale débouche cette ouverture ?
  7. Quelles sont les variantes à apprendre par cœur ?
  8. Quelles sont les variantes critiques (difficiles à affronter)

Pour explorer une nouvelle ouverture, il faudra s’attacher à :

  • Comprendre la structure de pions.
  • Comprendre le tempo (selon que l’on aime les positions complexes ou pas)
  • Comprendre les échanges.

Bref, du boulot sur la planche. Donc, commencer maintenant et non pas 15 jours avant un tournoi.

  • Sélectionner une ouverture et la rechercher dans une base de données (malheureusement Kingbase n’existe plus : j’espère que vous aviez pris le temps de les récupérer). Afin de minimiser votre nombre de parties, se limiter aux joueurs classés au delà de 2500 elo (et non pas 2350 !), et travailler variante par variante si vous ne voulez pas vous retrouver avec plus de 10000 parties que Chessbase mettra plusieurs jours à analyser (même avec une analyse ultrarapide)
  • Lancer sur Chessbase une analyse qui va attribuer des « médailles » vous permettant de repérer les parties allant en finale, et les position remarquables tactiquement et stratégiquement.
  • Se mettre toute ces positions dans une étude sur Lichess ou sur tout autre support.
  • Rejouer à partir de ces positions.
  • Comprendre comment/pourquoi le joueur est sorti moins bien de l’ouverture.
  • Après analyse de vos parties ultérieures, reprenez toutes ces données et compléter votre bibliothèque d’ouverture (« punir » le mauvais coup adverse et/ou écarter votre mauvais coup d’ouverture).
  • Reprenez vos anciennes parties de tournois afin d’améliorer vos positions d’ouverture.

Faites nous partager votre méthode de travail concernant vos ouvertures !

Comment jouez vous ?


Vous reconnaissez vous dans une (ou plusieurs) de ces catégories ?

Catégorie 1

Vous avez tendance à jouer rapidement, à l’instinct. Au fur et à mesure que vous progressez, vous vous arrêtez ponctuellement sur des positions plus difficiles afin d’y réfléchir un peu plus. Toutefois, en général, vous avancez vos pièces sans jamais vous poser la moindre question. Les notions d’échec-capture-menace, bien que probablement connues, ne sont pas exploitées du tout. Le but des coups adverses ne vous intéresse pas non plus. Quand on vous capture une pièce, la recapture n’est pas une évidence. Les conséquences de vos coups ne sont pas votre première préoccupation. Vous ne systématisez pas l’examen de l’échiquier. En quelque sorte vous jouez la première pièce qui se présente sous vos doigts. Vous êtes clairement un débutant, vous jouez depuis quelques semaines à quelques mois, avec un elo avoisinant les 800 à 1000.

Catégorie 2

Si la main se promène encore aléatoirement au dessus de l’échiquier, il existe malgré tout un peu d’analyse, encore que les conséquences de celle-ci n’aboutissent pas toujours sur la bonne décision. La hiérarchie échec-capture-menace n’est pas assimilée. Vous avez compris quelques mécanismes, vous avez peut-être suivi des cours ou les conseils d’un joueur expérimenté. Elo approximatif : 1000-1200

Catégorie 3

Vous prenez plus de temps pour trouver un bon coup. Toutefois l’analyse n’est pas systématique, ou elle aboutit à une décision illogique. La conséquence du coup choisi n’est pas évaluée à sa juste valeur. Vous avez fréquemment des surprises lorsque votre adversaire joue un bon coup. Vous espérez encore que votre adversaire ne va pas voir votre piège. Vous vous dites en déplaçant votre pièce : « Je pense que mon coup est bon« . Même si vous avez des notions de stratégie, vous n’évaluez pas les positions que vous rencontrez, et vous n’êtes pas toujours en mesure de dire qui a l’avantage ou pas. La tactique ne vous est pas inconnue, vous avez en tête des noms d’ouverture ou de grands joueurs (anciens ou contemporains), vous avez tenté un tournoi. Elo estimé de 1200 à 1500

Catégorie 4

Bien sûr vous vous donnez les moyens de trouver un bon coup, et votre analyse ne s’arrête pas à la moindre difficulté. Les échanges complexes ne sont pas maitrisés et vous passez à côté de suites forcées. Comme l’analyse va plus loin, les erreurs de visualisation sont fréquentes (laissant des pièces en prise, ou négligeant une suite forcée). Vous être malgré tout du niveau d’un joueur de club avec un elo de 1400 à 1600, environ.

Catégorie 5

Vous réfléchissez enfin avec la prise en compte du coup adverse, vous analysez deux coups candidats, vous vérifiez la sécurité de votre coup. Les priorités échec-capture-menace sont acquises. Il est possible que votre progression ait été probablement plus rapide que l’acquisition de connaissances et il vous manque encore des notions essentielles pour avoir une bonne vue d’ensemble. Vous ne savez pas s’il faut se contenter de suivre un principe général ou lancer l’analyse d’une position. Éventuellement vous passez trop de temps à chercher la menace de votre adversaire. Vos coups ont un sens. votre niveau est déjà bon et avoisine peut-être les 1800-1900.

 

Catégorie 6

Le temps de la main qui se promène aléatoirement au dessus de l’échiquier est révolu. Les principes acquis dans la catégorie 5 sont encore plus forts. Non seulement vous calculez bien, mais vous savez quoi calculer en fonction de votre temps. Vous êtes efficace. Les intentions de l’adversaire sont souvent anticipées. Bref, vous êtes aux portes de la maitrise et vous n’êtes probablement pas loin des 2000 elo.

Vous vous reconnaissez ? Et maintenant ? Quels points aborder pour passer dans une catégorie supérieure ?

Catégorie 1 à catégorie 2

  • S’habituer à bien considérer chaque coup adverse. Que se passe-t-il si mon adversaire peut rejouer une deuxième fois ? Négliger une seule fois une seule menace risque de faire perdre la partie.
  • Envisager les réponses dangereuses de mon adversaire au coup que j’ai choisi et regarder si je peux les contrer.
  • Repérer parmi les coups possibles : les échecs, les captures, les menaces.
  • Prendre son temps dans les positions difficiles.
  • Résoudre des exercices tactiques simples.
  • Evaluer la position issue d’une suite de coups sans se dire « je verrais bien ce qui va se passer. »
  • Travailler la visualisation.

Beaucoup de choses à travailler mais c’est un passage obligé pour construire les étapes supérieures. Si déjà vous repérez une de vos pièce non protégée que l’adversaire peut capturer, et que vous repérez aussi celles de l’adversaire que vous pouvez capturer en 1 coup, ce sera déjà bien.  Probablement se familiariser encore plus avec les déplacements et les mouvements de capture. Travailler des mats élémentaires pour se familiariser avec le but d’une partie d’échecs : mettre  le roi adverse échec et mat !

Idées de lectures :

Catégorie 2 vers catégorie 3

  • La notion de coup candidat devra être développée.
  • La sécurité des pièces devra être renforcée.
  • les variantes forcées devront être privilégiées.
  • Exploiter son temps dans une partie pour appliquer les points précédents.

Catégorie 3 vers catégorie 4

  • Ne plus réfléchir en fonction des réponses possibles mais en fonction des réponses raisonnables.
  • En tant que coup candidat, ne pas éliminer une capture qui ne fasse pas gagner de matériel : bien évaluer toutes les conséquences possibles et le fait que cela puisse donner l’initiative.
  • Toujours se demander si le coup choisi ne peut pas être contré par une tactique de l’adversaire.
  • Toujours évaluer les menaces adverses avant de lister les coups candidats. Ne pas y passer trop de temps, mais ne pas se limiter à une seule menace.
  • Profiter des exercices tactiques pour évaluer les positions.

Catégorie 4 vers catégorie 5

  • Envisager un maximum de suites forcées, tant pour soi-même que pour l’adversaire.
  • S’assurer que l’analyse a été poussée jusqu’à un équilibre.
  • Continuer les exercices tactiques. Même au delà de 1500-1600 elo, c’est indispensable.
  • S’appliquer à bien respecter toutes les étapes du processus de réflexion.
  • Comprendre le sens des coups. Exemple : si je perds je joue agressivement et j’évite les échanges, et si je gagne je simplifie la situation.

Catégorie 5 vers catégorie 6

  • Il faut améliorer l’enchainement des idées et la cohérence.
  • La prudence s’impose quand un bon coup semble se profiler. L’excitation du combat peut faire oublier les acquis précédents. Même une variante forcée gagnante doit être vérifiée attentivement. Il est plus facile de passer d’une position gagnante vers une position perdante que d’aboutir à une nulle !
  • Bien voir que l’adversaire va aussi appliquer ces raisonnements ! Lorsqu’on conclue son analyse sur un coup candidat, s’assurer que celui-ci ne va pas être facilement contré.

Catégorie 6 vers le niveau supérieur.

  • L’expert cherche a résoudre le problème, le maitre évite le problème !
  • Ne pas se focaliser sur un seul plan et un seul coup.
  • Après avoir réfléchi sur quelques coups candidats et après en avoir choisir un, bien réfléchir encore une fois sur celui-ci.

Oui, mais après ?

L’essentiel est acquis. C’est l’analyse et l’expérience (la mémoire) qui s’expriment, puis progressivement la mémoire.

Il est d’usage de dire qu’au cours d’une partie un Maitre International se trouve confronté à une quinzaine de coups sur lesquels il est réellement obligé de réfléchir avec une certaine acuité (les autres coups étant déjà vus sur d’autres positions dans des parties antérieures), tandis que cela se limite à 5 pour un GMI.

Les grands joueurs sont aussi des humains, et font aussi des grosses erreurs. Raison de plus pour qu’un joueur de niveau inférieur consolide bien son choix de coup candidat !

Au fur et à mesure que le niveau augmente et à partir d’environ 2000 elo, le joueur sait de plus en plus précisément ce qu’il faut analyser.

La connaissance théorique des ouvertures et les évaluations de position ont une grande importance.

Évidemment, l’analyse au cours d’une partie fait que les joueurs de haut niveau se retrouvent parfois en retard sur la pendule.

L’étude des parties annotées des grands maitre est essentielle pour progresser, afin d’avoir leurs idées sur le jugement et le plan.

Il est plus facile de passer de 1100 elo à 1200 elo que de passer de 2100 elo à 2200 elo !

D’après « The improving chess thinker » (Le penseur d’échecs qui s’améliore…) de Dan Heisman, qui a proposé différentes positions à différents joueurs de niveau différents.

On constate que si le travail théorique est certainement essentiel, Dan explique bien le rôle des processus de réflexion, et qu’il semble plus importent de bien réfléchir que d’acquérir des tonnes de connaissances, illusoires parfois. Pas d’idée de lectures pour franchir le cap de la catégorie 5, ayant déjà un peu de mal moi-même à atteindre la catégorie 4 !!

 

Soyez pragmatique !


Dans son livre un peu fourre-tout, Excelling at Chess, J. Aagaard donne quelques conseils. Non pas pour devenir excellent aux échecs, mais un de ses chapitres traite du pragmatisme (« Qui est susceptible d’application pratique, qui a une valeur pratique », selon le Larousse). Brièvement : savoir ce qu’on veut et comment y parvenir. Il faut être clair : on gagne parce qu’on joue mieux que son adversaire et on perd parce qu’on joue moins bien que lui. Comme disait je ne sais plus qui (Kramnik ?) : il est curieux de constater que lorsqu’un des joueurs commence à mal jouer, l’adversaire devient meilleur !

Mais s’arrêter à des considérations purement mathématiques serait réducteur. Ce sont bien deux personnes qui s’affrontent, et même si un des joueurs semble avoir été moins précis sans avoir mal joué, même si le vainqueur aura eut du mal jusqu’au bout, il y a bien un gagnant et un perdant.

Quelques conseils pour être pragmatique  :

  1. Quand vous êtes dans une finale semblant aboutir à une nulle face à un joueur moins fort que vous (faut bien avouer que là, moins fort – disons -200 elo –  en ce qui me concerne, c’est quand même un adversaire à 1100 elo !!), simplement attendre la nulle sans forcer le gain est parfois payant ! Et il est possible de gagner la partie sur un malentendu…
  2. Obtenir des positions déséquilibrées face à des joueurs un peu moins forts est souvent une bonne option. Échanger une tour contre une pièce mineure et un pion (par exemple), complique le jeu et l’approche technique et donc favorise le joueur plus expérimenté.
  3. Endormir votre adversaire sur une position bloquée. Rien ne se passe, et lorsque vous jouerez le coup pas si anodin que ça, celui-ci passera probablement inaperçu !
  4. Selon votre personnalité, laissez les échanges se faire au bon vouloir des votre adversaire. Ce sera à lui de calculer l’intérêt, ou pas, de cette manœuvre.
  5. si vous avez une position gagnante face à un adversaire pressé par l’horloge, utilisez tout votre temps  pour bien réfléchir  à la situation au lieu de vouloir aboutir à une conclusion rapide.

L’issue d’un tournoi se décide chez soi !

La préparation aux ouvertures s’effectue entre les tournois, et les révisions entre les parties. Créez votre répertoire une bonne fois pour toute pour ne pas avoir à y revenir tous les mois. Adaptez-le au fur et à mesure de vos tournois et respectez-le. Ayez confiance en votre préparation. Si vous estimez que c’est la variante d’avance qui vous convient dans une défense française ou la Caro-Kann, n’optez pas au dernier moment pour l’échange , ou tout autre coup qui vous semble subitement, sous l’impulsion du moment, vous donner un avantage illusoire.

Lors d’un tournoi, décidez pourquoi vous y participez. Pour être  le premier ? Pour gagner de l’expérience ? Mettre en application vos dernières connaissances ?

 

Merci Jacob pour ces quelques conseils. Toutefois, n’attendez pas de devenir excellent aux échecs avec son livre. Sinon orientez-vous vers Secrets of Practical Chess de Mr Nunn : le Secret de l’Efficacité aux échecs

 

Échecs en amateur.


Très content de retrouver une activité sur ce blog : « Échecs en amateur« , en sommeil depuis plusieurs années.