L’analyse d’une partie d’échecs.


On ne va pas revenir sur les bienfaits de l’analyse. Toutefois, on trouve peu de méthodes générales sur le web et dans les livres. La plupart du temps, on tombe sur des parties déjà analysées, mais cela n’explique pas concrètement comment faire quelles étapes suivre. Si un joueur classé 2375 a des idées stratégiques et tactiques, cela devient tout de suite plus hasardeux pour un joueur classé 1338.

Je me suis aidé de l’article de Noël Studer et de celui de Carlos Pujol sur chess.com.

Les bienfaits de l’analyse sont multiples :

  • comparaisons de nos idées avec la dure réalité de la tactique et du jeu positionnel.
  • développement de notre processus de réflexion.
  • amélioration progressives de nos connaissance sur les ouvertures (et au bout du compte sur les positions et les finales qui en découlent).
  • détection des erreurs récurrentes.

Selon Yusupov, ce qu’il faut attendre d’une analyse :

  • « trouver les moments critiques » dans le jeu, ces moments où des erreurs ont été commises, la nature de la position a changé, etc.
  • « Chercher les raisons de vos propres erreurs » – pas seulement ce qui a mal tourné, mais pourquoi.
  • « Chercher de nouvelles possibilités. » Quels mouvements avez-vous manqué dans votre analyse? Quelles idées pourriez-vous avoir considérées ?
  • « Réflexion sur l’ouverture »

Étape 1 : une analyse s’anticipe.

Pendant la partie, noter votre temps de réflexion. (Bon… faut avouer que la place manque parfois sur ces feuilles et que dans le feu de l’action ce n’est pas toujours facile)

Annoter votre feuille de partie avec des signes cabalistiques afin de repérer des coups particuliers (une croix pour une tactique douteuse, un point d’exclamation pour repérer un coup de adversaire qui vous a surpris, etc.)

Juste après la partie, notez vos impressions de façon plus détaillées (utilité d’avoir un carnet sur soi)

Si possible lors d’un tournoi : analyse post mortem avec votre adversaire (en fait cela devrait être obligatoire, ne serait-ce que pour des raisons de convivialité). Notez à part les idées, ce qu’il a vu de son coté.

Étape 2 : juste après la partie

Le plus rapidement possible après en tout cas. Lors d’un tournoi, ce sera le soir si vous en avez le courage ! Lors d’une partie en ligne, juste après.

Mettre la partie dans une base de données et retranscrire vos notes de la journée. Bien sûr, sans lancer le moteur d’analyse.

C’est le moment de repérer les moments critiques. Déjà, de façon simple : repérer les transitions ouverture-milieu de jeu, et milieu de jeu-finale. Le premier moment critique est à la sortie de l’ouverture (que ce soit vous ou l’adversaire qui en est la cause ). La perte d’une pièce en est une autre. De façon plus subjective, il faut aussi rechercher ce moment lorsque les deux positions semblent en équilibre et que chaque camp est arrivé au maximum de l’exploitation de la position (point de rupture possible). Lorsque le moteur est lancé ce sera lui qui indiquera également les options importantes qui ont été ratées. Il n’est pas utile dans cette étape d’en faire un roman, mais de poser un de ces signes cabalistiques si vous n’aviez pas eu l’occasion de le faire au cours de la partie. (^^, *, # ou tout autre signe spécial)

Ensuite il faudra aussi repérer les moments où vous vous sentiez mal engagé, s’attarder sur les phases d’échange, sur les moments pendant lesquels vous n’aviez pas d’idée, sur les positions peu claires qui vous ont fait choisir un coup simple plutôt que d’approfondir votre calcul.

Ce seront les moments clefs que vous analyserez en détail ultérieurement.

Enfin, et uniquement pour l’ouverture : vérifier ce qui peut être amélioré ou évité (Moteur d’analyse, database). Plus tard, s’attarder sur le raisons pour lesquelles vous n’avez pas joué le meilleur coups pendant cette ouverture.

Au cours d’un tournoi, il n’est pas utile d’en faire plus afin de garder confiance. En tout état de cause, afin de ne pas se dévaloriser : ne jamais se dire « Quel idiot de ne pas avoir vu ça !  » ou « La honte, avoir été battu par un joueur avec 200 elo de moins que moi !« , mais « Il a fait chaud dans la salle » ou « J’avais soif, je devrais prévoir une autre bouteille d’eau« .

Le moteur d’analyse a été utilisé uniquement pur vérifier les quelques premiers coups de l’ouverture.

Etape 3 : plusieurs jours plus tard.

« Un bon processus de réflexion qui abouti à un mauvais coup est pire qu’un bon processus de réflexion qui abouti à un mauvais coup !  »

Noël Studer

Avoir écrit les idées qui viennent à l’esprit juste après la partie sont essentiels.

Bien sûr l’aide d’un joueur plus fort que vous est la meilleur solution, mais sinon, c’est le moteur d’analyse qui sera la référence. D’autant plus qu’il est quasiment impossible (avec des journées de 24 heures) de revoir la partie, coup après coup, en y consacrant autant de temps que la partie elle-même. L’analyse de Stockfish permet de recaler l’évaluation qu’on ressent lors des moments critiques (je pense qu’il est utile de donner une évaluation sur chacune de ces positions ), puis de la comparer plus tard avec l’analyse d’un moteur (chaque moteur aura sa propre évaluation, il faudra donc se fier au même moteur à chaque fois).

La situation s’est décantée, vous pouvez aborder votre partie avec un œil nouveau. Il s’agit désormais, calmement et en prenant votre temps, de la revoir en envisageant les options que vous n’aviez pas développées (variantes et sous-variantes), ou de comprendre comment vous auriez pu éviter la perte d’une pièce ou le contrôle d’une case (colonne, diagonale).

Lorsqu’une position semble peu claire, il est utile de faire appel à une base de donnée et de rechercher des positions similaires jouées par des forts joueurs afin d’observer leurs décisions. Mais le plus important est malgré tout de comprendre pourquoi on est dans l’erreur. Si le calcul peut en être à l’origine, il est aussi possible que notre état d’esprit nous amène à prendre de mauvaises décisions. On pense être en retard ? on attaque à fond en prenant des risques. On pense être en avance ? On se relâche et l’adversaire reprend le dessus. Partie après partie, il est alors possible de dégager quelques défauts principaux.

Et enfin… : Stockfish, Komodo, Lc0 !! Lâchez la cavalerie. Régler la détection des erreurs en fonction de vos objectifs (à mon avis, un seuil de 0.66 à 0.75 points est probablement suffisant à petit niveau, 1 point si vous débutez). Surtout pour les débutants, si une erreur est dépistée tous les 4 à 5 coups, il faut sérieusement penser à revoir le processus de réflexion et travailler la tactique. Ou régler le seuil d’erreur sur une valeur un peu plus haute ! Inversement, si le moteur d’analyse ne détecte rien… affinez les options.

Etape 4 : le bilan.

Il est temps de se poser des questions. Avez-vous correctement évalué la position ? Aviez vous choisi un bon plan? ? Combien d’erreurs tactiques ? (pièce perdue ou tactique ratée, partie qui se prolonge alors qu’un mat en 3 coups était jouable). Il très important de verbaliser cette étape, de l’écrire.

Pour chaque partie, noter trois choses que vous avez apprises. Par exemple :

  1. Pour cette ouverture, l’échange des fous n’est pas à craindre.
  2. Dans des situations tactiques, ou désespérées, toujours regarder s’il est possible de mettre le roi adverse en échec.
  3. Dans une finale complexe R+P, il est parfois utile de bloquer un ilot de pions avant de déplacer son roi.

Repérez les failles dans votre processus de réflexion, diagnostiquez les tactiques ratées, les moments de la partie pendant lesquels vous avez été faibles (ouverture, milieu de jeu, finale). Puis, lorsque les parties de votre tournoi ont été analysées, ajustez votre programme d’entrainement en conséquence.

Il est utile de soumettre votre analyse finale à un joueur (au moins de votre niveau) afin de limiter des biais (récursivité). Par exemple : s’autoflageller pour ne pas avoir trouvé un mat en 5 coups (avec des variantes et sous-variantes compliquées), alors qu’un mat en 7 était possible avec une suite forcée plus simple. Les forums permettent de publier ces analyses, si tant est que quelqu’un y prête un œil attentif et bienveillant. C’est une arme à double tranchant.

Comme on peut le voir, une analyse sérieuse prend du temps. Pour un tournoi, c’est une bonne semaine de travail en perspective. Hors tournoi, vos parties longues en ligne (au moins des 30 minutes) méritent cet effort. Dans une moindre mesure, les parties plus rapides ne doivent pas être négligées.

Certes cette activité est chronophage, mais c’est pour cette raison qu’il y a si peu de Grand maitres !!

Stejpan nous développe tout ça sur Hanging Pawns : « How to detect and correct your middlegame mistakes » et « How to analyse chess games« 

Etape 5 : et après ?

Le gain, si gain il y a, est probablement sur le long terme. Dans la mesure où l’intérêt est finalement de se corriger, cela nécessite d’accorder son programme d’entrainement à ces analyses. En comptabilisant les types d’erreurs (tactique – offensive ou défensive, soucis visualisation, stratégie, finale – de tours, de pions -, ouverture – avec les blancs, les noirs -) on peut ainsi porter ses efforts sur les points faibles. De façon encore plus simple : trouver la dernière erreur qui vous fait perdre une partie. Faites-le sur au moins 10 parties et regardez ce qui s’en dégage.

Vous aussi vous analysez ? Dans quelle mesure cela vous a-t-il aidé à progresser ?

Le blog de Noël Studer


Grand-maitre suisse (2579 elo) depuis 2017. Son blog commencé en mars 2021 regorge déjà de bonnes idées. Pas de commentaires fastidieux sur ses parties (gagnées ou perdues), pas de variante ennuyeuse pour montrer pourquoi il faut avoir des pièces actives ou comment exploiter une colonne. Il nous fait partager ses idées de GM, et c’est déjà bien.

Mieux : Noël ne semble pas vouloir nous vendre quoi que ce soit !

Comment créer un plan d’entrainement selon Kostya Kavutskiy


Le programme devrait s’articuler sur trois points : mise en pratique (jouer), apprentissage, et exercices, et dans quatre secteurs : le calcul, la compréhension de la position (bref, la stratégie), finales, et ouvertures.

JOUER

Même si jouer des parties lentes semble être le plus profitable (30+0 a minima), des parties plus rapides peuvent aussi être intéressantes. Une partie lente toutes les 1-3 semaines est valable. Le blitz : pour l’instinct, et l’ouverture, mais ce n’est pas une priorité (de toute façon : analyser aussi ces parties). Pour des parties en lignes : jouer dans des conditions de concentration maximum.

APPRENTISSAGE.

Les livres ne manquent pas ! A défaut d’avoir un programme bien précis, abordez des sujets qui vous intéressent (ou dans lesquels vous avez des faiblesses) et travaillez les régulièrement. Un livre à la fois, une vidéo à chaque fois… 30-45 minutes par jour, ou deux fois par jour. Ne pas se disperser : évitez de travailler une ouverture pendant une semaine, puis de la stratégie pendant 1 semaine, puis de la tactique pendant une semaine.

EXERCICES.

Bien faire la différence entre des exercices tactiques élémentaires (reconnaissance de schémas tactiques) et des exercices de calcul approfondi. Comme le reste : au moins 20-30 minutes par jour. L’amélioration du calcul est essentiel pour le joueurs en progression. Plus il y aura d’exercices pratiqués, plus il y aura de chances que le bénéfice s’en fasse ressentir à un moment ou à un autre.

CALCUL : 1 heure par jour, 7 jours par semaines, par tranches de 4 à 6 semaines (wouah… !)

Toute application/programme est intéressant : les problèmes de chess.com (Puzzle rush et Survival Mode), Lichess aussi, CT-Art, Chessable, ChessTempo.

Pour un niveau de 1400-1800 (en gros au dessus du niveau débutant), Kostya recommande Tactics for the Tournament Player (Alburt & Palatnik) ou Art of Attack (Vukovic). A noter qu’il recommande plutôt la méthode Woodpecker à des joueurs au delà de 1800 elo.

Kostya nous affirme que 4 à 6 semaine de ce travail fera progresser : moins de pièces données à l’adversaire, moins de tactiques ratées.

Jeu positionnel/Stratégie : pour des joueurs débutants à intermédiaires, on pourra évoquer Silman avec son fameux « How to Reassess your chess » ou le « Positionnal Chess Handbook » de Gelfer. Ce genre de livre vous donne toutes les explications et la force de l’exemple devrait vous aider à progresser (Que faire avec une colonne, comment exploiter un pion arriéré chez l’adversaire, etc.) Peut-être pas à lire de a à z, mais aller y piocher après chaque partie afin de mieux comprendre pourquoi on a perdu (ou gagné difficilement).

On peut aussi étudier les parties des grands joueurs (ou au moins d’un grand joueur) : Capablanca, Tal, Fischer, Karpov, etc…

Travailler 1 à 3 parties par jour (y compris les variations !), deviner les coups du joueurs, et noter ce que chaque partie vous a appris.

LES FINALES : pratiques et théoriques. Y consacrer 1 heure par jour. Les finales pratiques se travaillent avec le livre de Sheherevsky (Endgame Strategy) ou de Hellsten (Mastering the Endgame Strategy, plus complet) qui nous explique l’importance des pions, le rôle de l’échange, les majorités de pion, tout ça. D’un point de vue plus théorique (R+P contre R, ou T+P+R contre T+R) , le livre de de la Villa est un de ceux qu’on peut acheter et travailler sur Chessable.

LES OUVERTURES : une par une. Il ne sert à rien d’apprendre les coups par cœur. Foncez sur le milieu de jeu des joueurs pratiquant votre ouverture préférée et comprenez les positions, retenez les thèmes qui y sont consacrés. Bien sûr : travail quotidien pendant plusieurs semaines, travailler les positions typiques, faire des répétitions contre un partenaire (ou l’ordinateur)

Pour faire court :

  • Jouer, apprendre, résoudre.
  • Ne pas se disperser lors de l’apprentissage.
  • Analyser ses erreurs.

D’après How to Create A Training Plan et 4 Ways to Revamp your chess du MI Kostya Kavutskiy (elo 2391)

Encore une fois, le calcul me parait de plus en plus un élément essentiel de l’entrainement au travers des exercices tactiques. La régularité est aussi primordiale. Mieux vaut y consacrer 15 minutes tous les jours que 2h une fois par semaine. La fameuse méthode Woodpecker est rapidement évoquée et serait plutôt destinée à des joueurs de niveau déjà élevé (>1800… mais rien n’empêche de s’y coller si vous avez un elo de 1250 !!!). Toutefois, aborder un thème à la fois pendant un certain temps lui parait plus utile que travailler de front plusieurs sujets, même s’il n’y en a que trois ou quatre. En outre l’analyse des parties est extrêmement utile pour déceler les failles. Toutes les idées de Kostya ont déjà été plus moins (bien) abordées dans ce blog. Avec un petit coup de recherche, nul doute que vous vous construirez votre programme d’entrainement sans difficulté. Un apprentissage aux échecs passe approximativement par ces 4 phases : apprentissage, test (=jouer), analyse, entrainement sur les erreurs. Et on recommence.

Have fun !

Pourquoi choisir le mauvais coup ?


[Event « Rated Classical game »] [Site « https://lichess.org/PXgqF5Zi »%5D [Date « 2021.05.31 »] [White « GarboBot »] [Black « Sholmes49 »] [Result « 1-0 »] [UTCDate « 2021.05.31 »] [UTCTime « 17:23:45 »] [WhiteElo « 1888 »] [BlackElo « 1784 »] [WhiteRatingDiff « +5 »] [BlackRatingDiff « -7 »] [WhiteTitle « BOT »] [Variant « Standard »] [TimeControl « 3600+10 »] [ECO « B12 »] [Opening « Caro-Kann Defense: Advance, Short Variation »] [Termination « Normal »] [Annotator « lichess.org »] 1. e4 c6 2. d4 d5 3. e5 Bf5 4. c3 e6 5. Be2 { B12 Caro-Kann Defense: Advance, Short Variation } Nd7 6. Nf3 c5 7. O-O h6 8. c4 cxd4 9. cxd5 exd5 10. Nxd4 Be4 11. Nc3 a6 12. e6 Ndf6 13. Qa4+ b5 14. Ncxb5 axb5 15. Bxb5+ { Black resigns. } 1-0

Pourquoi, au 8ème coup, sur les quelques coups à ma disposition, j’ai pris un des plus mauvais (même pas parmi les 20 premiers choix de Komodo 12 !), au lieu d’un coup qui, à défaut d’assurer une sortie d’ouverture satisfaisante, ne m’aurait pas entrainé sur un abandon au 15ème coup ! Et vous, vous auriez joué quoi ?

Mai 2021


Avec ses presque 900 visiteurs mensuels (30 par jour), le blog surfe toujours sur la vague de Queen’s Gambit j’imagine. Si « Adapter son travail à son niveau elo » est toujours l’article phare, l’article consacré à la méthode Woodpecker devient le deuxième article le plus consulté, loin devant celui consacré à Chessbase.

Chaines vidéo


J’en ai référencé quelques unes, là, à gauche de l’écran. Certaines sont désormais inactives, d’autres sont à parution aléatoire, et certaines sont actives. Attention : je ne dis pas que ce sont les meilleures, mais celles que j’aime bien ! Il faut hélas reconnaitre que la qualité (et pas seulement sur le plan échiquéen…) n’est pas toujours au rendez-vous en langue francophone. Pour celles qui sont dans une langue étrangère, vous pouvez activer l’option de sous-titrage ou pourquoi pas l’option de traduction (malgré sa traduction approximative : remplacer château par roque et évêque par fou !!!). Si Youtube est le gros fournisseur en la matière, Twitch est également une source exploitable.

J’ai une tendance naturelle à mettre de côté certaines chaines qui de façon moderne, présente le jeu d’échecs à la manière d’une e-competition, avec incrustations et dictions (pour faire djeûn’s ?) parfois fatigante.

Parmi celles que je consulte régulièrement (dans le désordre) :

La chaine vidéo du St Louis Club est le gros morceau de sa catégorie. Avec des conférences parfois animées par des pointures (comme Yasser Seirawan pour ne citer que lui), tant américaines que venues des pays de l’Est, la qualité est probablement au rendez-vous. A vous de faire le tri. Ne ratez pas les cours de Ben Finegold, hauts en couleur.

La chaine Iminéo est un peu la même chose, mais en français. Certaines sont un peu datées, mais dignes d’intérêt malgré tout.

Sinon, j’ai un petit faible pour Hanging Pawns dans laquelle son auteur nous fait partager les connaissances qu’il acquiert dans son parcours échiquéen. Pas mal d’ouvertures, diverses parties, quelques vidéos purement pédagogiques. Dans un anglais scolaire compréhensible.

L’incontournable Blistzstream, secondé par des joueurs de haut niveau. Un monde à part ! A vous de dénicher les vidéos plus particulièrement destinées à votre niveau. J’aime bien les formats « une ouverture en 30 minutes ».

Daniel Mallais (Hub City Chess), du New Brünswick (allez voir sur Google pour savoir où c’est… pas très loin de la Gaspésie !) : une autre façon d’aborder le monde des échecs, en toute simplicité.

Chesstrainer 2000 : avec quelques bonnes idées pour, notamment, se créer un répertoire d’ouverture selon les niveaux.

Chessmi : conseils divers et commentaires de parties live. S’attache souvent à décortiquer des processus d’apprentissage ou d’exploitation des outils informatiques.

Sylvain Ravot (qu’on ne présente plus ?) : avec le mérite d’avoir un parcours pédagogique échiquéen dans la vraie vie. Largement associé aux Masterclass de la FFE.

Ceci dit : si j’avais un conseil à donner, même si c’est une vidéo, ne restez pas passif devant celle-ci. Sortez l’échiquier, prenez des notes, entrez des coups dans votre logiciel, peu importe, mais gardez une trace de cette activité souvent enrichissante.

N’hésitez à nous faire partager votre chaine préférée !

 

Je n’ai pas le temps.


Il faut bien admettre que consacrer à notre jeu au moins une heure quodienne de façon efficace relève parfois du défi. La vie de famille, le boulot, les amis, [ajoutez ici ce que vous voulez]… Voici quelques pistes pour dégager des instants précieux.

Avoir un programme d’entrainement ne vous fait pas gagner du temps, mais cela optimise la façon dont vous l’utilisez ! Anticiper les exercices et le contenu de la séance, avoir une trace du travail précédent évite de revoir une même variante d’ouverture ou de rechercher la bonne page d’un bouquin.

Exploitez chaque moment : merci aux applications du téléphone (ou de la tablette) qui vous permettent désormais d’avoir accès à votre site préféré à chaque instant. Bref… que ce soit aux WC, sur une aire d’autoroute, avant de vous endormir, ou en remplacement de la pause cigarette (ah, oui : arrêtez les addictions tabagiques !), vous n’aurez plus d’excuses. Six fois dix minutes égalent une heure.

Choisissez le Cloud !!! Pas de logiciel sur votre ordinateur. Stockez tout sur Google Drive et mettez votre planning d’entrainement sur Google Agenda. Mettez vos parties dans les études que vous aurez créées sur Lichess. Exploitables en tout lieu dès que vous aurez un accès internet.

Optez pour une liseuse : toute votre bibliothèque dans quelque chose trois à quatre fois plus plat qu’un livre de poche. Et cerise sur le pompon : les livres d’échecs version Kindle (pour Amazon) sont en général moins chers que leur version papier. Autre avantage de la liseuse : le dictionnaire anglais-français intégré. Si vous hésitiez à franchir le pas dans la lecture des livres anglais : foncez.

A défaut d’un cahier d’entrainement, ayez un carnet d’entrainement que vous glisserez dans une poche de votre manteau ou votre valise. Investissez dans un jeu de voyage qui vous suivra partout. Mieux : développez le jeu en aveugle : plus besoin d’échiquier pour suivre une partie ou les variantes d’un problème tactique.

Après : avancez votre réveil de 15-30 minutes, limitez Facebook (Insta… Tik-Tok… Tweeter…), débranchez CNews et BfmTV. Et je ne vous parle même pas de Netflix (oui, bon… the Queen’s Gambit à la rigueur !)

S’il vous est difficile de dégager une fois par semaine un créneau d’une heure pour jouer une partie lente en ligne ou contre un moteur… tentez L’art de la négociation en famille (ou tout autre livre de ce genre). Là, je ne peux rien pour vous.

Lucas Chess fait peau neuve


Petit ravalement de façade pour Lucas Chess. On en était à la version 11.17 l’année dernière, et j’ai un peu raté le passage à la version R en juin 2020 (R 1.21 à ce jour). Légères améliorations graphiques, refonte du programme avec hélas une incompatibilité avec vos anciennes données et avec Windows XP (Levez la mains ceux qui roulent encore avec ça ?). Et en janvier 2021, LC incorpore Maia (déjà évoqué ici) dans une version moins bridée (en terme d’Elo) que celle disponible sur Lichess. Vous avez l’historique ici.

Livré avec plus de 60 moteurs d’analyses, ce qui permet de graduer la force de ses adversaires informatiques. Bien sûr 1200 elo sur LC ne correspond pas à 1200 Elo Fide, mais votre progression peut ainsi être chiffrée.

Je retiens sur Lichess la possibilité simple de commencer une partie avec une ouverture particulière que vous pouvez paramétrer, la possibilité de nuancer aussi le niveau du moteur (de jouer son plus mauvais coup à jouer son meilleur coup). Le module d’analyse (lui aussi entièrement modulable), un peu rigide, a toutefois la possibilité d’enregistrer les coups tactiques afin de les retravailler ultérieurement. Certes il faut relever les manches pour s’en servir efficacement, mais avoir sa liste d’erreurs tactiques qu’on peut travailler avec un programme de répétition plus ou moins aléatoire est très intéressant. Les différents modules d’entrainements sont assez variés pour que chacun y trouve son bonheur (agréable alternative à CT-Art ou aux problèmes de Lichess). Vous pouvez aussi vous mesurer à LC dans des parties dont le résultat évaluera votre niveau (enfin, on va dire la progression de votre niveau, puisque votre vrai niveau est calculé lors des tournois dans la vraie vie avec votre Elo FIDE). Et contre Maia, c’est réellement jouissif !

Pour ceux qui n’ont pas encore Lucas Chess, allez le télécharger IMMÉDIATEMENT !!! Et pour ceux qui l’ont toujours regardé avec dédain et/ou d’un œil distrait, plongez-vous dans ses différentes fenêtres, allez creuser dans les options et amusez-vous bien.

ChessMI a évoqué récemment Lucas Chess et Maia sur sa chaine.

Bravo à Lucas Monk et à sa réactivité : après lui avoir signalé par mail que le module d’analyse ne se lançait pas, sa réponse concrète est intervenue 2 heures plus tard (modifiant ponctuellement LC avec l’envoi d’un fichier) et avec l’annonce d’une mise à jour sous 48h permettant notamment de corriger ce bug.

Les conseils de Kostya Kavutskiy


  1. Tenir un livre de bord : y marquer les choses apprises lors d’une partie. Garder trace de ses erreurs. Et réviser tout ça de temps en temps.
  2. Noter toutes les variantes d’un exercice tactique : pas simplement le 1er coup et improviser plus ou moins ensuite. Vraiment noter tout ce qui va arriver afin de renforcer son calcul. Cela nécessite bien sûr d’y passer un certain temps. Si celui-ci vient à manquer, on peut ainsi reprendre le calcul plus tard.
  3. Revoir ultérieurement les problèmes non-résolus lors d’une session : les enregistrer (Chessbase, Lichess, peu importe).
  4. Dans les parties rapides (blitz, bullet), se contenter de revoir l’ouverture : surtout si on se fait mater au bout de 15 coups, si on est enfoncé au bout de 15 coups avec les noirs, ou si au bout de 15 coups vous n’arrivez pas à obtenir l’avantage avec les blancs.
  5. Réduire au maximum l’emploi du moteur d’analyse : utiliser son cerveau en premier ! Réserver le moteur pour montrer pourquoi un coup n’est pas bon, ou pour dépister les lacunes tactiques.

D’après Top 5 Chess Habits (to maximize your training)

Chaine vidéo découverte récemment ! A suivre.

C’est comment qu’on fait quoi ?


« J’ai le marteau, mais je n’ai pas un putain de clou ! »

Pour mieux jouer, l’acquisition de connaissances est utile. Les règles, les principes, la stratégie, les schémas tactiques… comment rester zen, bien dormir avant un tournoi, gérer la pendule. A la limite, c’est facile. Le problème est que devant l’échiquier, l’application devient compliquée. Bref, comment on fait ?

Un bon instructeur est un élément indispensable. Mais souvent, il s’agit de cours plus ou moins magistraux, au sein d’un club, avec plusieurs élèves. On y acquiert, à mon avis, plus de connaissances que de compétences. Il y a aussi les cours particuliers quand on peut s’offrir un coach. Mais en cette période de distanciation sociale, les coaches sont rares (oui, oui, le distanciel existe, mais pas aussi convivial que votre prof’ qui est assis en face de vous !) Reste alors la solution du livre qui apporte les bons conseils. Et là… franchement… il n’y en a pas des masses. Mis à part les ouvrages purement techniques : les ouvertures, les finales, les recueils de tactique. Mais qui ne servent qu’à acquérir des connaissances. Mais sinon…

Choisissez sur Variante ou Amazon : comment choisir son coup, calculez comme un grand maitre, progresser avec […] (mettez ici le nom de votre joueur préféré). Il s’avère qu’après en avoir parcouru quelques uns en diagonale, j’ai constaté que la plupart de ces livres vous disent : «  Il faut faire ceci, et attention à cela, et réfléchir ainsi. Regardez comment Machin – elo 2675 – exploite tout ça » L’auteur nous décortique alors une partie, souvent une des siennes, pour montrer l’importance de ses recommandations (Ah oui, contrôler une colonne avec ses tours !!!). Et le livre continue ainsi : quelques conseils généraux, quelques parties pour illustrer les conseils. Dans le meilleur des cas, l’auteur nous gratifie de quelques exercices. On referme le livre et on passe au suivant.

Les plus grands auteurs/joueurs font pareil : Dorfman, Yusupov, Dvorestky, Soltis, Aagaard, Nunn et les autres. Le soucis, à mes yeux, est que lorsque le livre est refermé, on en est au même point. Oui, bon… Silman, évidemment, la bible à en croire certains joueurs serait un must. Les déséquilibres, tout ça quoi ! Certes, leurs bons conseils se sont infiltrés dans une partie de notre cerveau. Certes, on utilise les outils tactiques de Lichess, certes on repère les faiblesses de l’adversaire avec pourquoi pas un beau pion arriéré. Mais au bout du compte… les résultats sont mitigés. Un fou se retrouve toujours enfermé (oui, je sais… le bon et le mauvais fou…), on a aucune case forte pour installer un cavalier sur la sixième rangée, le roque adverse n’a aucune faiblesse. Pire : même en ayant mis un post-it Echec-Capture-Menace à coté de l’échiquier, l’adversaire étouffe notre position au bout du 9ème coup alors que depuis 8 coups on tente désespérément d’appliquer les grands principes des ouvertures en réfléchissant sur au moins 1.5 coups.

On repère alors « Chess for Zebras« , « Move first, think later« , « Pump up your rating » ou « Improve your chess now » pour ne citer qu’eux. Faut déjà être à l’aise avec l’anglais. Mais on y trouve pas mal de conseils utiles et probablement déclencheurs d’une progression chez certains. Bien sûr, notre ami Dan Heisman nous éclaire toujours de ses lumières dans son Guide du joueur qui progresse « A Guide for chess Improvement » évoqué de multiples fois sur ce blog. Mais même l’identification des 10 blocages qui nous empêchent d’évoluer semble ne rien débloquer du tout. Et pour reprendre/paraphraser Jonathan Rawson : la plupart de tous ces livres nous disent que ça y est, avec celui-ci vous allez découvrir le nirvana grâce aux conseils que personne n’a encore eut l’idée de vous donner jusqu’à présent. Et comme votre adversaire ne les connait pas, vous allez donc gagner. Hélas votre adversaire a probablement lu aussi le même livre, vous partez à la recherche d’un autre bouquin.

Ne me dites pas que cela ne vous est jamais arrivé en lisant des avis ou la quatrième de couverture : « Wouah, si avec celui-là, je prends pas 100 elo dans les 6 mois, je me mets aux dominos ! » Bon, vous ne vous mettez pas aux dominos, mais 6 mois plus tard, vous stagnez toujours.

Alors, on répète les exercices tactiques, on analyse ses parties, on établit des programmes d’entrainement. On tient à jour le recueil de nos erreurs au cours des parties. Et on cherche d’autres bouquins. On traine sur des chaines YouTube qui montrent beaucoup de choses intéressantes. On tente Chessable. Mais au bout de trois mois avec la tête dans le guidon, le premier adversaire (non tricheur !) sur Internet avec une cote inférieure de 100 points à la votre vous explose au bout de 20 coups. Ou le jeune ado classé 1210 elo semble être d’une rare précision dans un open, vous achevant dans une finale épuisante.

Reste donc à trouver le bouquin qui nous emmène vers le bon mode de réflexion afin de pouvoir décider du coup à jouer grâce à un calcul efficace. Le bouquin qui nous prépare à mieux penser, qui nous accompagne jour après jour afin de repérer la bonne pièce à déplacer sur la bonne case. Et là… j’avoue que c’est un peu le désert.