Le pion dame isolé.


Je suis dans ma période structure de pions ! Et comme j’ai une tendance à la simplification, cela va être court malgré toute la littérature sur ce sujet.

Le PDI (ou Isolated Queen Pawn), ou isolani est une structure qui est souvent évoquée : pion d4, privé des acolytes des colonnes c et e. Ne surtout pas se dire : « De toute façon je ne joue jamais 1.d4, donc cela ne me concerne pas ! » D’abord cette structure peut se retrouver dans l’Alapin, par exemple, mais on peut aussi se retrouver face à une telle structure. Il faudra donc savoir comment réagir.

Bien loin de toutes les grandes considérations tactiques et stratégiques (n’oublions pas que nous sommes sur les Echecs sans peine !) il faudra retenir plusieurs choses malgré tout (et probablement par coeur… désolé…).

Ce pion isolé crée un déséquilibre chez les Blancs qui ont 3 ilots de pions contre 2 seulement chez les noirs. Et ce déséquilibre en milieu de partie peut se transformer en faiblesse lors d’une finale.

Les Blancs devront :

  • Essayer de placer un cavalier en c5 ou e5
  • Éviter les échanges de pièces afin de retarder l’échéance d’une finale
  • Développer et activer leurs pièces de façon dynamique
  • Attaquer le roi le plus rapidement possible
  • Préparer solidement l’avance d5 parfois utile si la situation stagne.

Les Noirs devront :

  • S’opposer au plan des blancs
  • Échanger au maximum pour arriver en finale
  • Poser un cavalier en d5.
  • Attaquer d5 une fois celui-ci bloqué.

Le travail de fond sera ensuite de trouver des parties sur ce thème et de voir comment des très bons joueurs jouent cette position.

Plan, ouverture et structure de pions


Souvent, apprendre une ouverture consiste à mémoriser une suite de coups. Et la tache semble aussi ingrate qu’impossible, d’autant plus que pour des joueurs de petit niveau, les suites théoriques sont rarement rencontrées. Soit parce que notre adversaire joue un coup probablement moins fort que prévu et qu’on ne sait pas exploiter, ou, au contraire, il joue la variante toxique qui nous met dans le rouge immédiatement. Cela nous sort de notre répertoire très rapidement. Sans plan, sans compréhension de la position, la partie se résume à une série d’escarmouches ou à une partie de ping-pong !

Il semble qu’il soit utile d’articuler la compréhension d’une ouverture sur des parties modèles de grands maitres affrontant des joueurs de niveau inférieur (-100 à -150 elo), sur l’apprentissage de tabias (suite de coups correspondant à la variante principale, c’est à dire la plus souvent jouée à haut niveau) et sur la reconnaissance de structures de pions.

De la structure de pions découle le plan qu’il conviendra d’aborder. Si les notions de colonne ouverte, de cases fortes et des autres subtilités stratégiques sont souvent assez bien comprises, elles deviennent plus difficiles à intégrer en fonction des autres éléments de la position.

Afin d’étudier sereinement une ouverture, il conviendrait de :

  • connaitre les tabias des différentes variantes et les plans associés
  • connaitre les structures de pions qui y sont rattachées
  • avoir quelques parties modèles
  • éventuellement connaitre les pièges et autres subtilités tactiques qui peuvent apparaitre

La maitrise de ces éléments permet donc d’avoir un avantage sur son adversaire.

D’après Understand your opening using tabiyas, pawn structures, model games and typical tactics

« Les structures de pions » de Mauricio del Flores semble être une référence (traduit en français).Travailler la structure liée à l’isolani serait la première étape car elle se rencontre fréquemment : le pion dame isolé (Isolated Queen Pawn = IQP, ou isolani). Mais ensuite, il conviendra de travailler d’autres structures : la structure Carlsbad, les pions pendants et les centres fermés (colonne d et e). De façon plus pragmatique, vous pouvez aussi travailler directement les structures que vous rencontrez dans vos ouvertures préférées.

Comment créer un plan d’entrainement selon Kostya Kavutskiy


Le programme devrait s’articuler sur trois points : mise en pratique (jouer), apprentissage, et exercices, et dans quatre secteurs : le calcul, la compréhension de la position (bref, la stratégie), finales, et ouvertures.

JOUER

Même si jouer des parties lentes semble être le plus profitable (30+0 a minima), des parties plus rapides peuvent aussi être intéressantes. Une partie lente toutes les 1-3 semaines est valable. Le blitz : pour l’instinct, et l’ouverture, mais ce n’est pas une priorité (de toute façon : analyser aussi ces parties). Pour des parties en lignes : jouer dans des conditions de concentration maximum.

APPRENTISSAGE.

Les livres ne manquent pas ! A défaut d’avoir un programme bien précis, abordez des sujets qui vous intéressent (ou dans lesquels vous avez des faiblesses) et travaillez les régulièrement. Un livre à la fois, une vidéo à chaque fois… 30-45 minutes par jour, ou deux fois par jour. Ne pas se disperser : évitez de travailler une ouverture pendant une semaine, puis de la stratégie pendant 1 semaine, puis de la tactique pendant une semaine.

EXERCICES.

Bien faire la différence entre des exercices tactiques élémentaires (reconnaissance de schémas tactiques) et des exercices de calcul approfondi. Comme le reste : au moins 20-30 minutes par jour. L’amélioration du calcul est essentiel pour le joueurs en progression. Plus il y aura d’exercices pratiqués, plus il y aura de chances que le bénéfice s’en fasse ressentir à un moment ou à un autre.

CALCUL : 1 heure par jour, 7 jours par semaines, par tranches de 4 à 6 semaines (wouah… !)

Toute application/programme est intéressant : les problèmes de chess.com (Puzzle rush et Survival Mode), Lichess aussi, CT-Art, Chessable, ChessTempo.

Pour un niveau de 1400-1800 (en gros au dessus du niveau débutant), Kostya recommande Tactics for the Tournament Player (Alburt & Palatnik) ou Art of Attack (Vukovic). A noter qu’il recommande plutôt la méthode Woodpecker à des joueurs au delà de 1800 elo.

Kostya nous affirme que 4 à 6 semaine de ce travail fera progresser : moins de pièces données à l’adversaire, moins de tactiques ratées.

Jeu positionnel/Stratégie : pour des joueurs débutants à intermédiaires, on pourra évoquer Silman avec son fameux « How to Reassess your chess » ou le « Positionnal Chess Handbook » de Gelfer. Ce genre de livre vous donne toutes les explications et la force de l’exemple devrait vous aider à progresser (Que faire avec une colonne, comment exploiter un pion arriéré chez l’adversaire, etc.) Peut-être pas à lire de a à z, mais aller y piocher après chaque partie afin de mieux comprendre pourquoi on a perdu (ou gagné difficilement).

On peut aussi étudier les parties des grands joueurs (ou au moins d’un grand joueur) : Capablanca, Tal, Fischer, Karpov, etc…

Travailler 1 à 3 parties par jour (y compris les variations !), deviner les coups du joueurs, et noter ce que chaque partie vous a appris.

LES FINALES : pratiques et théoriques. Y consacrer 1 heure par jour. Les finales pratiques se travaillent avec le livre de Sheherevsky (Endgame Strategy) ou de Hellsten (Mastering the Endgame Strategy, plus complet) qui nous explique l’importance des pions, le rôle de l’échange, les majorités de pion, tout ça. D’un point de vue plus théorique (R+P contre R, ou T+P+R contre T+R) , le livre de de la Villa est un de ceux qu’on peut acheter et travailler sur Chessable.

LES OUVERTURES : une par une. Il ne sert à rien d’apprendre les coups par cœur. Foncez sur le milieu de jeu des joueurs pratiquant votre ouverture préférée et comprenez les positions, retenez les thèmes qui y sont consacrés. Bien sûr : travail quotidien pendant plusieurs semaines, travailler les positions typiques, faire des répétitions contre un partenaire (ou l’ordinateur)

Pour faire court :

  • Jouer, apprendre, résoudre.
  • Ne pas se disperser lors de l’apprentissage.
  • Analyser ses erreurs.

D’après How to Create A Training Plan et 4 Ways to Revamp your chess du MI Kostya Kavutskiy (elo 2391)

Encore une fois, le calcul me parait de plus en plus un élément essentiel de l’entrainement au travers des exercices tactiques. La régularité est aussi primordiale. Mieux vaut y consacrer 15 minutes tous les jours que 2h une fois par semaine. La fameuse méthode Woodpecker est rapidement évoquée et serait plutôt destinée à des joueurs de niveau déjà élevé (>1800… mais rien n’empêche de s’y coller si vous avez un elo de 1250 !!!). Toutefois, aborder un thème à la fois pendant un certain temps lui parait plus utile que travailler de front plusieurs sujets, même s’il n’y en a que trois ou quatre. En outre l’analyse des parties est extrêmement utile pour déceler les failles. Toutes les idées de Kostya ont déjà été plus moins (bien) abordées dans ce blog. Avec un petit coup de recherche, nul doute que vous vous construirez votre programme d’entrainement sans difficulté. Un apprentissage aux échecs passe approximativement par ces 4 phases : apprentissage, test (=jouer), analyse, entrainement sur les erreurs. Et on recommence.

Have fun !

Trouver un plan selon Steinitz


Steinitz aurait été un des premiers à formaliser l’analyse d’une position pour élaborer un plan. Comparer des traits caractéristiques chez les noirs et les blancs, se faire une idée de la position, et enfin choisir un (bon) plan. Et ce qui nous semble évident de nos jours était en complète opposition avec les idées de son époque qui privilégiaient les brillantes combinaisons romantiques du 19ème siècle !

Les éléments à analyser sont les points suivant :

  • Le matériel en présence
  • Les menaces directes
  • La sécurité des rois
  • Espace et centre
  • Contrôle des colonnes, rangées et diagonales
  • Activité des pièces
  • Structure de pions, cases fortes

Le matériel en présence

La différence est significative au delà d’une différence de 1 pion. Il faut alors se demander si cette différence est compensée par autre chose. Si ce n’est pas le cas, le plan serait de simplifier progressivement la position ou de préparer gentiment une attaque vers le roi.

Les menaces directes

Lorsqu’on a un avantage de matériel, il faudrait soit renforcer sa position , soit attaquer. Mais en aucun cas se reposer sur ses lauriers. Et même sur une position gagnante, il faut prendre chaque coup adverse au sérieux.

La sécurité des rois

Dès qu’un roi n’est plus en sécurité, il risque de subir une attaque, et donc un mat. Seule l’expérience permet de savoir si une attaque sur le roi en difficulté est viable avant d’en lancer l’analyse.

 

Profitez-en pour regarder la partie Englisch-Steinitz (1883… cela ne nous rajeunit pas) dans laquelle Steinitz bloque le cavalier et le fou blanc, et profite de sa paire de fous à partir du 22ème coup.