ChessDojo Training Program : 0-1000 elo


J’avais présenté leur programme ici. Je survole leur progression pour les joueurs classés de 0 à 1000. Mais rien de tel que la version originale pour avoir tous les détails !

  • Pour les 0-400 elo, d’abord être à l’aise avec les 50 premiers mats en 1 du livre de Mr Polgar : « 5334 Problems, Combinations and Games« , que ce soit avec le livre, Forward Chess, ou Kindle. Puis passer du numéro 50 à 306 pour la tranche 400-600 elo. Entre 600-800 il va être temps d’attaquer les mats en 2 coups (306-400) qui vont permettre de travailler la visualisation. Et on pousse jusqu’au 700eme mat en deux coups du recueil de Mr Polgar pour la tranche de 800-1000 elo. Même si les mats en 1 coup ne prennent pas trop de temps (on va dire un toutes les 30 secondes), cela prend malgré tout pas moins de 2h30. Et si on admet 1 mn par mat en 2 coups, comptez dans les 6 heures.
  • Travailler la première partie de « Everyone’s First Chess Workbook » de Giannatos (très didactique), puis la deuxième pour les 400-600 puis la troisième de 600 à 800 et au delà. Si en dessous de 600, l’essentiel des parties seront gagnées probablement en capturant des pièces pas protégées (ou très mal), vers 600-800 le joueur commencera à « voir » des tactiques un peu plus complexe (attraction, leurre…) Toutefois, les parties à ce niveau sont souvent gagnées par des attaques doubles et des captures de pièces mal protégées.
  • Travailler le puzzle rush 5 mn sur chess.com (ou son équivalent sur Lichess), en espérant que le score soit de plus en plus haut !
  • Travailler les finales T+R contre R et surtout D+R contre R.
  • Mémoriser des parties « historiques »
  • Visionner des vidéos sur les principes des ouvertures. Jesse remarque que si on les respecte, on trouve souvent les coups des GM de façon étonnante ! Jusqu’au niveau 1000, il n’est pas utile/nécessaire/obligatoire de retenir le nom des ouvertures et l’ordre des coups.
  • Annoter ses parties : être capable de comprendre ses coups et ceux de ses adversaires. S’attarder sur trois points essentiels (surtout le premier pour les débutants qui peuvent oublier les deux autres pour le moment) : le matériel (comment on en gagne et comment on n’en perd pas), le tempo, et la qualité de la position (sécurité du roi, structure de pions, etc…). Les premiers commentaires de premières parties ne seront pas nécessairement pertinents et approfondis, mais partie après partie cette aptitude s’améliorera.

La stratégie est simple jusqu’à 1000 : prendre tout le matériel possible et finir sur une finale D+R contre R. Un pion de gagné est un pion de gagné !

Jesse insiste sur le fait que malheureusement sur chess.com et lichess la tendance est de mettre les parties rapides et blitz en avant, au détriment des parties dans lesquelles il est nécessaire de réfléchir longtemps. Ceci a été aggravé par la période COVID pendant laquelle les joueurs ont découvert le jeu en ligne sans s’habituer à réfléchir. Il est essentiel pour un débutant de prendre son temps pour trouver un coup. Le cerveau est un muscle qu’il faut entrainer ! S’il est difficile au départ de jouer des 90’+30″, il faudra s’entrainer avec des 30+5 par exemple puis progressivement se rapprocher du rythme des parties lentes.

Jesse insiste bien que jusqu’à 1000 elo, il est essentiel de savoir gagner du matériel, d’éviter d’en perdre, et de s’habituer à jouer des parties longues. Si on vérifie la viabilité de ses coups (est-ce que je ne vais pas perdre une pièce ?), on se rend compte que la partie va déjà durer un peu plus longtemps.

D’après « How to Make 400 Using the ChessDojo Training Program » et les vidéos suivantes jusqu’à 1000

Un des principes de cet entrainement est aussi de réunir des joueurs de niveau équivalent et de les faire jouer ensemble sur des positions particulières (ouverture, milieu de jeu, finale, partie complète qu’il faudra a minima annoter ensuite). Pas de thème particulier à aborder : la tactique se travaille par les mats du livre de Lazslo Polgar afin de développer la visualisation, et le workbook de Giannatos. Rien sur les ouvertures (et Jesse insiste bien sur ce point), rien sur des bases de stratégie. La seule stratégie : garder ses pièces vivantes et grâce à un gain tactique finir avec une finale gagnante D+R vs R ou 2T+R vs R !

Une autre série de vidéos aborde le niveau supérieur à partir de 1000 (on a dépassé le stade débutant), où la notion de tempo est développée.

Réflexion, tactique et constance.


Dan Heisman, coach américain souvent cité sur ce blog, s’était demandé comment un de ses élèves avait réalisé une excellente performance lors d’un tournoi. Sa conclusion, après avoir discuté avec lui et analysé sa partie, fut qu’il avait fait attention à chaque coup : du premier jusqu’au dernier. Il estime que dans au moins 90 % des parties de petit niveau, il y a une opportunité tactique qui permet d’obtenir le gain. Hans Tikkanen et Axel Smith ont estimé dans leur livre « the Woodpecker Method » qu’à un niveau 1800, 75% des parties se gagnent sur un coup tactique.

La Méthode Zugzwang (Daniel Muñoz)


« Commet optimiser sa préparation aux échecs »

Contrairement à ce que le titre n’indique pas (ou le contraire), il ne s’agit pas d’une méthode à proprement parler, ni d’un traité de tactique ! Autant dire que le choix du titre est plutôt bizarre.

Daniel est un joueur espagnol classé dans les 2100, collaborant avec Chessbase et entraineur FIDE. Universitaire, détenteur d’un master en Programmation neurolinguistique, ses compétences s’orientent vers la psychologie. Avec la collaboration du GMI Herminio Herráiz, il publie en 2017 : La méthode Zugzwang. Destinée à progresser aux échecs, elle est construite d’après la nature même du jeu et vise à travailler sur vos erreurs (je cite). Bref, tout un programme. Et d’ailleurs, il y en a un à la fin de l’ouvrage ! Ce livre ne s’adresse pas à des joueurs débutants et suppose d’avoir déjà un peu de pratique. Les conseils peuvent toutefois s’appliquer à tous les niveaux, pour peu que le joueur cherche à comprendre pourquoi il stagne malgré son travail.

J’aime bien sa définition de l’erreur (il fallait la trouver !) : Utilisation d’un paradigme utilisant une réflexion obsolète. J’aime aussi sa petite remarque : étudier les échecs ne veut pas dire s’entrainer. Et puis : Comment gagner des points elo ? Déjà en commençant par ne pas en perdre ! (en d’autre termes, quand le bateau coule, il vaut mieux chercher à boucher la voie d’eau que d’écoper)

Après avoir compris comment on utilise toujours les mêmes erreurs avec les mêmes (mauvais) résultats, il devient plus facile de se débarrasser de ses habitudes néfastes afin de rebondir sur un entrainement adapté.

Je ne manquerais pas de revenir sur ses propositions qui m’ont semblé complémentaires des idées de Dan Heisman. Je pense toutefois qu’il conviendrait de lire Heisman en premier dans la mesure où Daniel et Herminio proposent plus de parties commentées qui peuvent ralentir la lecture et qu’ils orientent le joueur vers un plan d’entrainement.

Ce livre est en espagnol, et est traduit en anglais. Il aurait été en tête des ventes des livres de sa catégorie si j’ai bien compris. Toujours est-il qu’il a été commenté que dans des forums et qu’il se fait un peu accroché ailleurs sur la traduction anglaise. Dommage pour quelque chose à 1.74 € en version Kindle. Il y a un blog, aussi en espagnol, mais grâce à Google traduction son accès est facilité. Une chaine YT existe également.

Perfectionnez-vous aux échecs avec Andreï Volokitin.


Entre les nombreuses positions à étudier dans Perfect your chess (cité dans une discussion sur Chessdojo), Volokitin émet quelques idées générales. J’ai trouvé intéressant d’en exprimer quelques une.

La plupart des joueurs d’échecs négligent de travailler régulièrement avec leur principal outil : leur cerveau. Il ne s’agit pas de renier l’importance des études des ouvertures ou des parties récentes de grands joueurs, mais il convient de relativiser l’intérêt de ce travail. Il s’agit de passer plutôt son temps à développer des notions essentielles telles que le calcul, la visualisation, l’analyse de variantes, et l’imagination.

La lecture de livres, aussi bien écrits soient-ils par des auteurs de qualité, n’apporte pas souvent grand chose car la substance est rapidement oubliée. Car au lieu de rejouer de nombreuses parties, il est plus utile d’en deviner les coups. Plutôt que de suivre passivement l’analyse d’un joueur de haut niveau, il vaut mieux effectuer cette analyse soi-même et la comparer avec celle du maitre. Et tout comme le pianiste fait ses gammes chaque jour, le joueur d’échecs doit exercer sa vision tactique quotidiennement.

Il doit aussi développer son intuition : l’aptitude à trouver le meilleur coup quand il est impossible de tout calculer (faute de temps ou en raison d’une position trop complexe). Cela nécessite malgré tout une bonne compréhension de la partie. Des joueurs ne font pas assez confiance à leur intuition et perdent leur temps dans des calculs infructueux.

Forcer le gain d’une position gagnante n’est pas une tache aisée et même des GMI échouent dans cette tache complexe. Travailler des lignes d’ouvertures, ou travailler des positions stratégiques devrait s’effacer devant un travail de la vision tactique.

Si la tactique est essentielle, il n’en reste pas moins que lors d’une partie le joueur se pose des questions à tout moment. Est-ce que je dois échanger ? Comment améliorer ma structure de pions ? Quelle est l’intention de mon adversaire ? La réponse est sous les yeux. La tactique sert alors de support.

Volokitin propose trois séries d’exercices. Contrairement à d’autres livres, il n’y a pas d’évaluation (comme dans The Best Move, ou le Chess Puzzle Book de John Nunn). Trois séries d’exercices, chacune commençant par des exemples de parties de l’auteur.

La première série de problèmes s’attache surtout à montrer l’importance du bon premier coup : celui qui assure le gain si la suite est bonne. Elle vise à développer la créativité et l’imagination.

La deuxième série incite à trouver une suite forcée grâce au calcul et à la visualisation.

Enfin, la troisième nous met dans la peau d’un GMI. Le but est d’aider à développer la compréhension d’une position. La solution peut être tactique ou stratégique. Ces problèmes sont là pour révéler vos faiblesses dans votre processus de réflexion notamment.

Ce ne sont pas moins de 360 exercices, de complexité croissante (les derniers de chaque série sont censés donner du fil à retordre aux meilleurs joueurs).

La version reliée (papier) est à …. plus de 600 € d’occasion sur Amazon (1 seul exemplaire). Attendez une ré-édition si vous désirez le poser sur votre étagère un jour. Heureusement la version Kindle est adaptée aux liseuses et coute 8.13 € euros. A noter que la traduction en anglais est assurée par Steve Giddins, auteur de quelques ouvrages intéressants (eux-même traduits en français dont « Comment construire son répertoire d’ouverture »)

Andreï Volokitin est un GMI Ukrainien né en 1986 avec de nombreuses victoires (2562 elo avec une pointe à plus de 2720). Le co-auteur Vladimir Grabinsky est un MI ukrainien (2219 elo), dont quelques uns de ses élèves ont obtenu le titre de GMI.

Quel est votre livre de tactique préféré ?

L’étude des parties de Grands Maitres


Dvorestky et Yusupov ont rédigé quelques chapitres dans un livre censé vous apprendre les secrets de l’entrainement. Beaucoup de considérations générales dans ce volume mais quand c’est dit par des références en la matière, cela prend tout de suite plus de valeur ! Cela en fait un livre un peu fourre-tout, mais après tout, pourquoi pas. Que nous disent Mark et Artur sur l’étude des parties de grands maitres ?

Il ne viendrait pas à l’esprit d’un poète de ne pas lire Rimbaud ou d’un peintre de ne pas étudier les Impressionnistes. Il en est de même aux échecs : il serait inconcevable de ne pas jeter un œil sur les parties de Capablanca, Tal ou Fischer. (encore qu’il me semble avoir lu quelque part qu’Artur insistait surtout sur l’analyse de nos parties plutôt que celles des autres, aussi forts joueurs soient-ils)

Les parties de ces joueurs de haut niveau permettent d’aborder des plans standards, des positions typiques, et des procédures particulières. Vous pourrez voir à quels moments ils estiment la position compliquée, comment ils réagissent face à l’adversité. Chaque joueur aura sa propre perception, il sera donc intéressant d’en étudier plusieurs.

La pratique des échecs en solitaire est une des méthodes possibles. On peut également aborder une position largement commentée dans la partie, et l’analyser soi-même pour la comparer ensuite au texte de référence.

Une autre option, plus sur le long terme, est de repérer une position particulière dans une de ces parties. Particulière car complexe, ou remarquable quant à la compréhension de celle-ci par le joueur, ou parce vous l’avez déjà rencontrée de façon approchante. Notez les commentaires et vos remarques. Dès que vous retrouvez ce genre de position, complétez ce thème avec la nouvelle position.

Quand un joueur dégrade sa position c’est souvent parce qu’il n’a pas été jusqu’au bout de son raisonnement, parce qu’il a mal abordé la position ou qu’il n’a pas pris la bonne décision. L’aptitude à approfondir sa réflexion, à développer une méthode rationnelle de planification, à déterminer l’origine des erreurs, et aussi à identifier sa créativité est au moins aussi important que toute la technique échiquéenne avec ses subtilités.

L’absence de vision sur un coup particulier, ou ne pas envisager une suite, reflète souvent d’autres défauts, comme le manque de confiance dans sa réflexion, Les joueurs sûrs d’eux mêmes et capables de jouer des coups agressifs sont souvent sur la voie de la réussite. Au contraire, des coup passifs (parfois pour se contenter d’une nulle) amènent souvent la perte de la partie face à un joueur expérimenté. En fait, les seuls moments où il convient de penser à la nulle sont ceux où l’adversaire vous le propose, ou en cas d’insuffisance matérielle (pour mater) par exemple. Un état d’esprit visant à chercher la nulle dès le départ n’aboutit pas toujours sur la perte de la partie, mais c’est un risque.

Psychologiquement, quand on recherche les coups défensifs, notre cerveau n’évaluera pas la possibilité d’un coup plus agressif même s’il est censé donné l’avantage. De la même façon, à force de défendre sur une position inférieure pendant plusieurs coups, un joueur se résignera à ne réfléchir que sur des coups défensifs, même s’il a des opportunités d’attaque.

Bref… il est également intéressant de se faire un stock de positions « annulantes » (autant parmi les parties de grands joueurs que parmi les nôtres) afin de les étudier

D’après Working your own and other’s players games dans : « Secrets of chess training« 

de Dvorestky et Yusupov