Les erreurs d’entrainement (selon Avetik Grigoryan)


1. NE PAS PAS AVOIR D’OBJECTIF.

Les objectifs à long terme ne sont pas les mêmes que ceux à court terme. Ne pas les définir vous fait errer dans un océan d’incertitudes. Voulez vous battre votre frère ? Devenir un GM ? Atteindre 2000 elo ? Faire plaisir à vos parents ? Simplement progresser ?

Poser vous les bonnes questions avant de vous investir intellectuellement dans le jeu d’échecs.

Au passage : un objectif réaliste (et réalisable) et chiffré est souvent la meilleure chose.

2. NE PAS AVOIR LE BON PLAN D’ENTRAINEMENT.

Il n’existe pas de plan d’entrainement universel. Cela va dépendre :

  • De votre niveau initial
  • De vos objectifs
  • De votre disponibilité
  • De vos forces et vos faiblesses

3. NE PAS DEMANDER D’AVIS AUX BONNES PERSONNES.

L’idéal serait d’avoir l’avis de quelqu’un qui a utilisé le même chemin que vous. Bref, vous êtes classé 1300 et voulez passer le cap des 1500 ? Demandez à un joueur classé 1600 !

4. NE PAS CHOISIR LA BONNE OUVERTURE.

Erreur 1 : choisir son ouverture sur Youtube. Le but de ces chaines est de faire de l’audience. On va donc vous parler des gambit spectaculaires ou vous montrer des variantes soi-disant gagnantes (sans vous préciser à quel moment vous allez être dans le dur). L’algorithme du moteur de recherche vous amène rarement sur la bonne chaine vidéo. Soyez vigilant !

Erreur 2 : acheter un cours sur internet de la même manière, les yeux fermés. Un GMI va en faire la publicité, la présentation marketing sera éventuellement trompeuse… 1. f4 va faire de vous un champion ? Vraiment ?

Erreur 3 : appliquer l’ouverture favorite de votre coach. Sauf qu’elle vous emmène dans des positions fermées ou trop dynamiques dans lesquelles vous n’êtes pas à l’aise ! Choisissez bien votre coach.

Erreur 4 : utiliser une ouverture qui ne convient pas à votre niveau. Une ouverture qui réussit à un joueurs classé 2600 ne sera pas toujours adaptée à joueurs classé 1400. Vous êtes fan de Caruana ? Êtes vous certains de bien comprendre son ouverture préférée ? Êtes vous suffisamment performant en tactique et en stratégie pour utiliser la Najdorf ? Êtes vous prêts à travailler de nombreuses semaines sur les nombreuses variantes ? Pensez d’abord à travailler votre milieu de jeu et vos finales.

Mais il faut bien s’intéresser à une ouverture ? Oui, mais sur les conseils de personnes avisées qui vous orienteront indépendamment de leurs intérêts.

Accessoirement : soyez à l’aise sur 1. e4 avant de vous lancer dans 1. d4.

5. TROP S’INTÉRESSER A SON ELO PLUTÔT QUA SA PROGRESSION.

Cherchez d’abord à progresser et votre elo augmentera ensuite !

Vous avez mis un joueur expérimenté en difficulté et il vous propose une nulle ? Oui, vous gagnerez des points. Et après ? Qu’aurez vous appris sur toute la partie ?

Il est vrai que travailler dur et s’apercevoir que le dernier tournoi vous a fait perdre 50 points est désespérant. Mais désespérant uniquement parce que vous vous attachez à votre elo et pas à votre progression.

d’après the 5 Costly mistakes that the amateurs made

(GMI Avetik Grigoryan, 2561)

On pourra remarquer qu’Avetik, comme la plupart des joueurs de ce niveau, a mis environ 10 ans pour passer de 2100 à 2500. Le coaching semble essentiel pour progresser (mais après tout, c’est aussi son activité sur ChessMood, donc pas complètement désintéressé !). Pour les ouvertures, on peut regarder la chaine Hanging Pawn. Certaines chaines préfèrent les « like », et ce ne sont pas toujours les meilleures (de toute façon elles vont bien arriver un jour ou l’autre au bout de ces formidables et invincibles gambits au noms bizarres). Celles qui proposent d’être « parrainées » ont tout intérêt à proposer du contenu sérieux si elles veulent obtenir des dons (je ne reçois aucun pourcentage sur la publicité !)

Dou ïou spike angliche ?


J’affronte Maïa 5 sur Lichess, j’ai les noirs. Maïa est coté 1637 et j’ai 1780. Mes deux dernières parties classique (60+10) étaient contre des bots plus forts que moi (+100 à 150) et j’avais décidé de me donner un peu de facilité (après avoir perdu une partie et arraché une nulle sur l’autre).

Je joue la partie avec un échiquier sous les yeux avec l’annonce vocale des coups. En anglais.

Sur un 1.c4, je lance une hollandaise. Une douzaine de coups plus tard, les blancs pensent probablement gagner un avantage au centre en sacrifiant un cavalier contre un pion (mais allez savoir ce que pense un bot ?!). Erreur de sa part, et visiblement, la partie s’annonce bien. Avec un avantage matériel, je propose l’échange des dames. Concentré avec l’échiquier sous mes yeux, j’entends : « rook take f8, check ». Incompréhension totale, car selon moi, aucune tour adverse était en possibilité d’effectuer ce coup surnaturel ! Un mat en trois coups s’annonce contre mon roi. Hasta la vista, baby !

L’explication ?

Quelques coups plus tôt, Maïa avait joué Ta1-b1, et j’avais cru avoir entendu « rook e1 », sauf que l’annonce vocale était « rook b1 »

b1 : bi-ouane en anglais

e1 : i-ouane en anglais.

Voilà.

Pourquoi choisir le mauvais coup ?


[Event « Rated Classical game »] [Site « https://lichess.org/PXgqF5Zi »%5D [Date « 2021.05.31 »] [White « GarboBot »] [Black « Sholmes49 »] [Result « 1-0 »] [UTCDate « 2021.05.31 »] [UTCTime « 17:23:45 »] [WhiteElo « 1888 »] [BlackElo « 1784 »] [WhiteRatingDiff « +5 »] [BlackRatingDiff « -7 »] [WhiteTitle « BOT »] [Variant « Standard »] [TimeControl « 3600+10 »] [ECO « B12 »] [Opening « Caro-Kann Defense: Advance, Short Variation »] [Termination « Normal »] [Annotator « lichess.org »] 1. e4 c6 2. d4 d5 3. e5 Bf5 4. c3 e6 5. Be2 { B12 Caro-Kann Defense: Advance, Short Variation } Nd7 6. Nf3 c5 7. O-O h6 8. c4 cxd4 9. cxd5 exd5 10. Nxd4 Be4 11. Nc3 a6 12. e6 Ndf6 13. Qa4+ b5 14. Ncxb5 axb5 15. Bxb5+ { Black resigns. } 1-0

Pourquoi, au 8ème coup, sur les quelques coups à ma disposition, j’ai pris un des plus mauvais (même pas parmi les 20 premiers choix de Komodo 12 !), au lieu d’un coup qui, à défaut d’assurer une sortie d’ouverture satisfaisante, ne m’aurait pas entrainé sur un abandon au 15ème coup ! Et vous, vous auriez joué quoi ?

Finales de tours


Vous avez des pions, une à deux tours de chaque côté. Plusieurs objectifs selon la position :

  • Avoir plus de tours que l’adversaire.
  • Avoir un pion passé.
  • Amener un pion sur une case de promotion.
  • Obtenir une majorité de pions.
  • Mater le roi.

Bref, avoir un avantage certain !

Selon Le tableau de bord des problèmes de Lichess, c’est mon gros point faible.

Bon. Choix de problèmes calé sur les finales de tours.

J’ai commencé au niveau normal.

5 problèmes, 5 erreurs

 

Niveau plus facile.

7 problèmes, 3 erreurs.

 

Niveau le plus facile.

10 problèmes, 4 erreurs.

 

Mais au niveau le plus facile, un problème raté coute 20-25 points.

 

Bref, en 20-25 problèmes, j’ai chuté de 200 points !

 

La Tac-Ti-Que vous dis-je !!!

 

Diagnostic tactique


Faites vous un petit tableau Excel (ou sur une simple feuille de papier, ou même dans votre journal de travail) et mettez un petit trait devant une des catégories suivantes à chaque fois que vous ratez un exercice tactique :

  • Mauvaise visualisation : qui vous empêche d’avoir un calcul exact. Comme une pièce adverse clouée sans tenir compte de cet avantage, ou lors de positions compliquées avec beaucoup de pièces dans un secteur de l’échiquier rendant ainsi la visualisation plus difficile.
  • Pas de recherche de tous les échecs possibles lors de la réflexion : et ceci pendant 1.5 coups minimum. En pratique, on peut se contenter de prendre en compte que le premier coup pour poser un trait. Sachant que si on n’envisage pas un échec comme réponse de l’adversaire, c’est peut être simplement dû à un soucis de visualisation ou une mauvaise prise en compte de toutes les pièces de l’échiquier.
  • Pas de recherche de toutes les captures possibles lors de la réflexion : négliger aucune capture de pièce. Un simple pion capturé permet de laisser passer une tour victorieuse ou ouvre une diagonale vers le roque. Ne pas négliger non plus un sacrifice en se disant : « Ah bah.. non… là si je perd ma pièce, ça va plus » sans avoir réfléchit a minima 1.5 coups.
  • Pas de recherche de toutes les menaces possibles lors de la réflexion : un échec au roi, c’est une menace. Reste, après les calculs des captures, à envisager les menaces sur la dame, la tour, le cavalier, le fou…
  • N’aborde pas les coups candidats dans l’ordre échec-capture-menace : nécessite un peu d’introspection, mais afin d’optimiser le temps lors d’une partie, il semble essentiel de bien aborder la réflexion dans cet ordre.
  • Quiescence : on pense que la position est gagnante ou perdante, alors que des échanges sont encore possibles ou que des menaces sérieuses existent encore (d’un coté comme de l’autre).
  • Ne réfléchit pas au minimum jusqu’au 1.5 coup suivant : plutôt de l’impatience en fait ! on voit une capture d’une pièce non protégée mais la réponse adverse entraine un échec intermédiaire dévastateur.
  • Pas de prise en compte de toutes les pièces de l’échiquier : normal quand on aborde un problème (contrairement à une partie pendant laquelle la connaissance de toutes les pièces sur l’échiquier est intuitive et progressive, coup après coup). Bien penser avant de réfléchir sur un exercice tactique à analyse la position : équilibre matériel, pions passés, sécurité des rois, avantages stratégiques, activité des pièces… enfin bref, la routine quoi ! Lors d’un exercice avec une finale de pions, bien regarder qui doit jouer en premier et bien s’imprégner du sens du jeu.
  • Mauvais calcul : mélange en fait d’un défaut de visualisation (empêchant souvent de réfléchir au delà de 2 à 3 coups, même sur des coups forcés), de mauvaise prise en compte de toutes les pièces de l’échiquier, de quiescence, d’une non considération d’un échec intermédiaire.
  • N’envisage pas une position idéale : pas une erreur en soi, mais parfois un schéma tactique s’impose et on ne recherche pas à l’atteindre.

Liste non exhaustive, mais je pense qu’elle regroupe l’essentiel des défauts. Vous pouvez en rajouter d’autre ou en retirer.

Au fur et à mesure de vos exercices tactiques quotidiens, vous pourrez ainsi dresser le portrait robot de vos erreurs de réflexion. Attendez toutefois d’avoir une bonne centaines de problèmes ratés pour tirer des conclusions. Admettons que vous résolviez 70 % de vos problèmes, si vous en pratiquez 100 par jour, vous mettrez 3-4 jours à compléter votre tableau diagnostique (et bien sûr 6 à 8 jours si vous vous basez sur 50 problèmes quotidiens).

Vous pouvez cocher plusieurs catégories en même temps. Une position compliquée altère votre visualisation et votre cerveau s’affole sans aborder la situation sereinement (vous vous concentrez sur la position compliquée sans voir la tour de l’autre côté de l’échiquier qui pourrait débloquer le problème). Dans ce cas cochez le défaut de visualisation, la non-considération de tout l’échiquier, et par exemple le fait de ne pas avoir envisagé tous les échecs. Trois traits.

Si cette méthodologie est un peu lourde, elle a au moins l’avantage de bien faire prendre conscience des erreurs de base. Pour progressivement appliquer tout ça inconsciemment lors d’une partie. N’hésitez pas à vous replonger dans les quelques posts sur les processus de réflexion.

 

Un p’tit blitz ?


Poids lourd contre camionnette.


Daniel Mallais (dont je vous recommande la chaine Youtube), nous parle d’une partie entre Ivantchuk (blancs) et Sladek (noirs), l’un classé à plus de 2700 et l’autre dans les 2000. 700 points de différence, donc aucune chance de gagner pour Sladek, probablement bien content d’avoir tenu aussi longtemps contre ce champion.

Quand on regarde la partie, qui se conclue contre un coup tactique imparable, on s’aperçoit que Sladek est entièrement responsable de la conclusion rapide ! Non pas qu’il ait spécialement mal joué (malgré un ou deux coups qui ont aggravé sa position), mais son adversaire a su trouver les bons coups et a finalement étouffé sa proie à la manière d’un boa constrictor.

Regardez (téléchargez) la partie et arrêtez-vous sur quelques (mauvais) coups. Ce n’est pas moi qui le dit, mais Stockfish. Auriez-vous fait mieux contre Ivantchuk ?

Placez vous du côté des noirs et trouvez le coup après :

  • 17. Cxa1
  • 18. Cc2
  • 23. Cd5

Quelle est la suite logique après la (mauvaise) réponse 23. … Cf4 ?

Daniel nous montre ensuite une autre partie avec Svidler qui améliore sa position coup après coup. De la même manière que le partie précédente, le joueur classé dans les 2000-2100 prend du retard dans son développement, d’autant plus qu’il avait choisi la défens scandinave, probablement jouable entre joueurs du même niveau, mais qui donne malgré tout de sérieux désavantages face à Svidler, avec +600 à 700 elo !

 

 

 

Ajouter du positif, et soustraire du négatif


Toujours dans « The guide for chess improvment » Dan nous donne ces conseils.

Nos efforts pour s’améliorer doivent s’équilibrer entre :

  • La théorie (l’apprentissage dans des livres) et la pratique (surtout des parties lentes)
  • Ajouter du positif (reconnaitre des schémas tactiques par exemple) et soustraire du négatif (identifier et corriger ses erreurs, surtout celles qui se répètent)

Une mauvaise proportion de tout ça dans l’apprentissage aboutit un jour ou l’autre à un blocage.

On ajoute du positif : nouveaux principes, un nouveau schéma (ouverture, mat, finale…), lire un livre de parties commentées, mieux gérer son temps, améliorer son processus de réflexion.

On retire du négatif : corriger la valeur de base des pièces (1-3-5-10 utile pour un débutant uniquement), améliorer son processus de réflexion afin d’exploiter au mieux le temps disponible à la pendule,

La plupart des vidéos et des lives se contentent d’apporter du positif (théorie)

Attention, quand il s’agit d’apporter du positif, il s’agit surtout de le faire sur des choses utiles que vous risquez de rencontrer. Donc oubliez dans un premier temps la variante au 12eme coup de votre ouverture préférée et remettez à plus tard la maitrise du mat avec un fou et un cavalier !

Il est difficile de soustraire le négatif par soi-même. Au mieux, les erreurs d’ouverture sont perfectibles après chaque partie. Mais une mauvaise gestion du temps ou un processus de réflexion inadapté est plus compliqué à corriger sans l’aide d’un tiers (autre joueur, coach).

La plupart des blocages au progrès sont liés à des erreurs qu’on n’arrive pas à corriger. Au moins 75 % des erreurs sont dues au fait qu’on n’applique pas des concepts déjà appris. Le problème est que nous sommes peu objectifs lorsqu’il s’agit de se corriger soi-même.

On peut perdre une partie sans avoir fait de grossières erreurs, toutefois un joueurs expérimenté gagne souvent grâce aux fautes commises par un joueurs plus faible. Et avec deux joueurs à petit niveau, c’est finalement celui qui fait le plus d’erreurs qui perd. Bref, jouer contre un partenaire plus fort permet de voir ce qui ne va pas (soit avec votre analyse, soit avec les conseils de cet adversaire). Le fait de joueur contre quelqu’un qui se trompe  plus que vous, est que cela vous conforte dans votre façon de jouer, sans mettre en avant vos failles.

Profitez de vos tournois pour exploiter les connaissances des joueurs qui vous ont battu !

La plupart des erreurs (à corriger) sont parmi les suivantes :

  • mauvaise gestion du temps
  • mauvais processus de réflexion
  • ignorance des grand principes
  • se tromper dans les échanges par ignorance de la valeur des pièces
  • failles psychologiques (confiance en soi, manque de persévérance)
  • lacunes dans la visualisation
  • mauvaise évaluation d’une position

Attention ! Identifier ses erreurs ne signifie pas qu’il va être facile de les corriger. Et cela peut même soulever d’autres problèmes.

Notre temps est compté, il faut donc bien répartir son travail sur les points les plus sensibles.

Et avant de poursuivre cet apprentissage, prendre conscience des étapes à franchir avant d’aborder les autres.

Merci Dan. Et pour reprendre un peu Jonathan Rowson (Chess for Zebras), quoi apprendre n’est pas difficile (savoir). Mais le mettre en pratique (faire)…

 

 

 

 

Conseils pas chers.


J’essaye ici de recenser les conseils pratiques à appliquer au cours d’une partie et qui me semblent essentiels. Même si j’ai l’impression que je me répète, mais perso, j’ai un peu l’impression que je perds justement une partie pour ne pas avoir suivi un ou plusieurs de ces conseils. Ceci dit, si vous êtes face à un adversaire supérieur, vous perdrez probablement, mais au moins avec les honneurs. Bien sûr, si vous vous êtes mis dans une situation désespérée, ces conseils ne permettront peut-être pas de gagner, mais de trouver une nulle, allez savoir !.

L’ouverture : avant de mémoriser les quelques 300 ouvertures et leurs variantes principales, appliquez les trois principes de base (Mobilisez toutes vos pièces, mettez votre roi en sécurité et prenez le contrôle du centre, et accessoirement empêchez votre adversaire de le faire ! ) tant que toutes les pièces ne sont pas activées et que le roi n’est pas en sécurité.  Si vous êtes à l’aise à la sortie de la plupart des ouvertures que vous rencontrez ou pratiquez, il est alors temps d’en travailler une ou deux en particulier. Mais, sans trop entrer dans les détails des variantes du 12ème coup !

Développer (développer, oui, mais intelligemment) : à part le roi et deux tours, plus aucune pièce sur la rangée de départ. Si on fait le compte, avec trois mouvement de pions et un roque en prime, au 9ème coup cela devrait être fait. Un coach russe (ça fait bien de dire un coach russe !) disait que les tours doivent être en communication au 8ème coup ! Exploiter les notions de tempo (faire d’une pierre deux coup, comme disait ma grand-mère).

A moins d’une option tactique à considérer, ne pas déplacer une pièce avant d’en avoir déplacé une autre. Attention : c’est parfois logique/normal dans certaines ouvertures comme la scandinave.

Roquer : pas une obligation. Si le centre est fermé, le roi est à l’abri malgré tout.

Repérer la menace : si le coup n’est pas une capture ni un échec, il faut se demander pourquoi l’adversaire a déplacé sa pièce (y compris lors de l’ouverture). Parfois il y a une réelle menace qui peut amener un désavantage rapide, des fois non. Avoir ce réflexe en s’habituant déjà à anticiper un second déplacement de la pièce adverse, puis quand c’est devenu un réflexe, se demander ce que l’adversaire peut faire s’il rejoue toute autre pièce dans la foulée. Penser tactique en premier, mais ne pas négliger les intentions stratégiques (sans oublier les contrôles de cases)

La menace : si l’adversaire rejoue tout de suite il y a mat, ou il met le roi en échec, ou il capture, ou il pose une fourchette imparable avec un cavalier. Se méfier des attaques à la découverte (l’échec en fait partie). Les coups prophylactiques sont essentiels.

Réfléchir avec deux coups candidats  : ce n’est pas un principe absolu car il peut y avoir une suite forcée qui s’impose dès le départ. Mais disons que lorsqu’on dit qu’il faut jouer le meilleur coup, cela oblige fatalement à en avoir deux au départ, et s’y tenir ! En pensant d’abord échec, puis capture puis menace (y compris dans les réponses). Il y a le coup candidat instinctif (rarement le meilleur à mon niveau ! ), et le(s) coup(s) candidat(s) qu’on trouve avec la trilogie échec-capture menace. Choisir un de ces deux coups. Peut-être pas le bon coup, mais ce sera LE meilleur pour vous. En tout cas, il est probable que votre adversaire (à peu près de votre niveau) ne voit pas la différence. Et enfin, ne pas s’aventurer sur des analyses trop longues : si 1.5 coup reste un minimum, au delà de 3 c’est probablement perdre du temps (à moins d’une suite forcée évidente).

Faire un test de sécurité avant de jouer votre coup :

  • Est-ce que ma pièce ne peut pas être capturée ? Est-ce qu’il n’y pas un échec intermédiaire qui ruinerait mon plan ?
  • Oui, vous l’avez déjà vérifié une fois. Eh bien recommencez !
  • Vous déplacez une dame ? Refaites-le une troisième fois.
  • Vous sacrifiez une pièce en vue d’une brillante combinaison ? Le test de sécurité est toujours ok, euh… vous êtes sûr de vous et de votre calcul ?

Le temps : estimer les temps moyens par coup selon le réglage de la pendule. Pendant une ouverture, le temps de réflexion devrait être assez court, mais toujours en respectant le processus de réflexion. Réfléchir d’abord sur les coups forcés et/ou avec échec/capture/menace, et limiter à deux coups candidats optimise la gestion du temps. Ne pas hésiter à utiliser un principe quand on n’a pas d’idée (comme : une colonne ouverte : hop, je déplace ma tour). Avoir un plan (aussi mauvais soit-il) fait gagner du temps. Ne pas passer 20 mn à trouver un gain tactique improbable. Mais ne pas être avare de son temps quand il s’agirait de deviner les intentions de l’adversaire.

(complément du 16/02/2021) Ne pas céder à la cadence rapide que votre adversaire serait tenté de vous imposer dans une partie longue. Disons que sur une partie telle 90+30, il devrait approximativement vous rester dans les 45 mn vers le 20ème coup, peu importe que votre adversaire réfléchisse vite et qu’il n’ait utilisé que 10 mn de son capital temps. Soit il est plus fort et il est logique qu’il envisage plus de solutions dans un temps plus court. Vous risquez de perdre, certes, mais donnez-vous le temps de réfléchir correctement jusqu’au bout. Soit il est de votre niveau (ou en dessous), et il est peu probable que ses capacités de réflexions soient extraordinairement supérieures aux vôtres (sauf si vous tomber sur l’ado qui progresse de 200 elo par an et qui est amené à devenir GMI !)

La tactique : à envisager s’il n’y a pas de menace. Repérer toute pièce non protégée et mal protégée. Une pièce est mal protégée quand  il y a plus d’attaquants que de défenseurs, quand elle est protégée par un roi, par une pièce clouée. Dans le cas d’une pièce protégée plusieurs fois (et attaquée plusieurs fois), si son premier défenseur a une valeur supérieure au premier attaquant, il y a soucis. Ne pas oublier que le roi ne peut reprendre qu’en dernier !

Et enfin, sans faire insulte à votre adversaire, si vous perdez une pièce, n’abandonnez pas trop tôt. A petit niveau, il est toujours possible que votre adversaire fasse aussi une erreur.

La convoitise selon J. Rowson


Voici un résumé des idées de Jonathan Rowson, à partir de son livre « Les 7 péchés capitaux aux échecs », dont j’avais déjà commencé l’évocation ici. Son chapitre sur la convoitise est consacré à la crainte du résultat.

En d’autres termes : comment perdre une partie en présence d’une position gagnante ? Contrairement au tennis (par exemple), la moindre erreur sur un coup peut vous couter le gain, même si la partie continue des heures.

On évoque souvent une partie en disant : « Là, c’est une nulle », ou : « Bon, avec mon avantage matériel et son roi exposé, je gagne ». Mais c’est avec notre désir secret d’être le vainqueur et la probabilité que tout ira pour le mieux. Après avoir gagné contre Kasparov (Championnat du Monde -1993), Short avait précisé :  » … J’avais un avantage dans la partie ; je ne savais pas si j’allais gagner quasiment jusqu’à la fin. « 

Il faut être très attentif à la façon dont notre pensée et notre ressenti sur le résultat peuvent influencer notre perception.

Deux joueurs peuvent s’affronter et aboutir à ce qui semble être une nulle. Les noirs s’y préparent, car rien n’évolue pendant une quinzaine de coups. Mais les blancs refusent la nulle. Changement de cap ! Les blanc, eux, jouent pour gagner et les noirs doivent désormais se battre pour la nulle, n’étant finalement pas trop sûrs de leurs munitions. Les motivations des blancs peuvent être multiples : plaisir de jouer encore, recherche d’une victoire quoi qu’il en coute, exercice intellectuel en vue de mater l’adversaire… Quoi qu’il en soit, le changement de la finalité de la partie peut alors influencer votre façon de jouer. Et peut-être accélérer l’issue fatale.

Il est possible de joueur pour un résultat : le gain.

Pour deux résultats : le gain ou la nulle.

Trois résultats ? Autant dire que vous n’êtes pas sûr de la fin et que vous pratiquez un jeu assez risqué !

Il est  utile de régulièrement se poser la question au cours d’une partie : pour combien de résultats est-ce que je suis en train de jouer ? Et se poser la même question pour l’adversaire. Et au lieu de commencer une partie en se disant : « Je veux gagner » (bon, qui voudrait jouer pour perdre ?!), il serait profitable de dire : « Si je joue la Petroff, mon adversaire a la possibilité de jouer pour deux résultats – gain, ou nulle- rendant ainsi mon option de gagner plus difficile à considérer, mais si je joue le Gambit latvian, il sera surpris et donc il sera dans une option trois résultats. » (Et là sincèrement, Rowson s’adresse à des joueurs de bon niveau, car je serais bien incapable de choisir mon ouverture selon ces critères ! La variante d’échange de la française est censée amener une nulle… alors oui, face à un joueur de mon niveau sur 10 parties, on va chacun en gagner 5, mais de là dire qu’on va aboutir à 10 nulles)

L’essentiel est de participer, peu importe le résultat. Mais ce serait nier le caractère compétitif du jeu d’échecs. L’idéal ne serait-il pas de jouer pour le plaisir en s’affranchissant de toute politique du résultat, tout en étant conscient qu’on joue pour celui-ci ?!

 

Comme le poisson qui se laisse porter par le courant.

Pelé, le joueur de foot brésilien décrit la fois où tout semblait lui réussir : ses jambes ne sentaient pas la fatigue, les passes s’enchainaient les unes après les autres. Moment rare d’extase, quand vous êtes connecté avec ce qui vous entoure. Un musicien aura le groove.

Il en est de même aux échecs. Vous avez peut-être déjà ressenti cette euphorie à trouver les bons coups, à réagir avec énergie face à une menace.

Michael Adams disait : «Je n’ai jamais compris ces joueurs qui perdent, mais qui ensuite apprécient la  partie parce que c’était un jeu intéressant. Je veux dire, les échecs sont un jeu compétitif et le résultat est la raison pour laquelle vous jouez. Si je perds, je ne suis pas heureux.  » Rowson pense plutôt que ces joueurs qui ont réalisé leur meilleur jeu, n’étaient pas forcement venus pour obtenir un excellent score, mais plutôt pour s’accomplir en tant que joueurs d’échecs sans se soucier du résultat. Et c’est tout le paradoxe : être dans une énergie positive, mais en étant suffisamment zen pour ne pas entrer en surchauffe. En fait, il ne s’agit pas d’être obligatoirement dans un état d’esprit de gagnant mais de se préparer pour s’en donner toute les chances.

Rowson évoque ici un terme écossais du XVIIIè siècle qui regroupe les notions d’enthousiasme, de calme et d’intelligence pratique ! Et quand vous êtes dans le bon état d’esprit, vous faites la bonne chose au bon endroit et au bon moment. Les enfants forcés par leurs parents à joueur aux échecs ne peuvent pas ressentir cet état d’esprit, pas plus que  l’adulte qui ne joue que pour gagner.

Un moyen d’aborder cette préparation est une forme de silence mental. Un peu de marche à pied, arriver un peu en avance dans la salle. Il faut mettre en accord notre désir de gagner mais aussi celui de se faire plaisir. La victoire appelle cet état d’esprit : l’envie de ressentir à nouveau ce moment où l’on sent que la partie ne peut plus être perdue. Cet équilibre entre le plaisir et le combat peut être rompu lorsque vous voulez gagner mais que vous tombez dans une position qui tend vers la nulle, quand vous vous rendez compte que la situation est désespérée, et enfin quand vous dominez nettement et que vous n’attendez qu’une chose : que votre adversaire abandonne !

 

Le problème du += ou du =+

La meilleure façon d’avoir un gros avantage est d’abord en obtenir un petit (Lev Psakhis)

Yermolinsky, lui, évoque un temps de possession : période pendant laquelle vous resserrez le jeu de votre adversaire dans l’attente d’une erreur fatale.

En allant plus loin, on peut dire qu’une position est égale, mais pas que la partie est nulle (dans le sens : faire une nulle) Penser que la partie va aboutir sur une nulle, nous incite malgré nous à rechercher des coups qui garderont cette égalité, sans recherche d’un gain. Si on voit une position en se disant : « Il y a égalité, mais c’est à moi de faire pencher la balance » donnera plus de chance d’aboutir à un gain.

Concrètement, face à une position où vous avez un léger avantage (+=), il faut se persuader que l’adversaire va commettre une erreur, et continuer la partie pour le simple plaisir de jouer. Bref, éviter les erreurs et  inciter l’adversaire à en faire. En fait, être prêt à affronter des positions difficiles amène des positions plus fortes orientant vers un gain.

 

La théorie de la résistance infinie

Et il y a la position perdante. Là où vous subissez l’humiliation, le désespoir, la défaite ! C’est à ce moment là qu’il faut appliquer la théorie de la résistance infinie, imaginée par un joueur Australien, Bill Jordan, et résumée par Ian Rogers : « Théorie conçue pour encourager les joueurs à utiliser pleinement les ressources défensives disponibles dans une mauvaise position, ou même dans une position stratégiquement perdue. La théorie postule que lorsqu’un joueur fait une erreur grave ou atteint une mauvaise position, s’il continue à essayer de trouver les meilleurs coups possibles par la suite, il peut opposer une résistance pratiquement infinie et ne devrait pas perdre… Bien sûr, certaines positions dépassent même la défense parfaite, mais leur nombre est bien inférieur à ce que l’on peut imaginer.« 

Et dans le meilleur des cas, la nulle peut se profiler à l’horizon !

1) La gloire du gardien de but.

Votre équipe perd : 2-0. Mais elle se prend en plus une pénalité. L’issue du match n’en sera pas changée. Mais le gardien de but joue son match : s’il arrête la pénalité, il gagne. Sinon : il perd.

Vous êtes mené sur votre jeu. Battez-vous pour un 0 ou un 1/2. Votre adversaire se battra pour un 1 ou un 1/2. le gagnant sera celui qui obtiendra ce qu’il désire. (Merci Jonathan… le soucis est que lorsque j’ai perdu 3 pions, ou un cavalier, j’ai un peu de mal à me dire que je vais réussir à obtenir la nulle !!)

2) Pourrir le jeu de l’adversaire

En fait, lorsque votre adversaire a une position gagnante, psychologiquement il est déjà le roi du monde. Il n’imagine pas qu’une pièce adverse vienne faire le bazar sur ses lignes arrières.

Gardez un œil sur un roi laissé sans protection, sur la moindre fourchette vengeresse. Et qui sait, sur un malentendu…

3) jouer pour trois résultats

Vous jouiez 30 mn avant pour la perte ou une nulle. Et si vous envisagiez le gain ? En face de vous, votre adversaire voit la victoire au bout de la route. Il y a de fortes chances qu’il ne tente rien de particulier pour ne pas perdre son avantage. A vous de pousser la bonne pièce !

4) Le chantage.

Certains adversaires, dont la victoire ne semble plus pouvoir leur échapper, sont soucier d’arriver à leurs fin dans les meilleurs délais. A vous de faire durer le plaisir pour atteindre une nulle !

5) Quels sont les points positifs de ma position ?

S’il n’y en a qu’un seul, se persuader que c’est votre force et l’imposer à votre adversaire. Inversement, Rowson conseille non seulement de jouer sur les failles de l’adversaire, mais surtout sur les failles dont il est conscient !

Envoyer la balle au fond de la cage

Le danger est de se dire à un moment de la partie : « Je suis en train de gagner ». Être en train de gagner ne veut pas dire que la partie est gagnée (qui peut prédire l’avenir ?). Commencer à penser ainsi modifie votre façon de jouer.

Présentez une position gagnante à un GMI, et demandez lui ce qu’il en pense. Il répondra des trucs  comme : « Oui, il a de bonnes chances de gagner » sans trop se mouiller. Bref, vous obtenez un avantage notable, il est temps de respirer et de prendre de la distance !

Il s’avère que les positions gagnantes (ou perdantes) sont souvent obtenues avant le contrôle. Disons au 30ème coup, 15 mn avant celui-ci. Malgré ce moment critique, sortez dehors et détendez-vous !

La convoitise est évidente lorsque nous faisons des erreurs en raison de nos idées sur le résultat de la partie. Plutôt que de jouer uniquement pour le gain, prenez plaisir à jouer et voyez le résultat (1 – 1/2 – 0 ) comme une partie intégrante de la partie, pas comme une finalité. Ne tombez pas dans des mauvais réflexes, appliquez les quelques conseils cités plus haut pour rester dans la dynamique de la partie.