Chaines vidéo


J’en ai référencé quelques unes, là, à gauche de l’écran. Certaines sont désormais inactives, d’autres sont à parution aléatoire, et certaines sont actives. Attention : je ne dis pas que ce sont les meilleures, mais celles que j’aime bien ! Il faut hélas reconnaitre que la qualité (et pas seulement sur le plan échiquéen…) n’est pas toujours au rendez-vous en langue francophone. Pour celles qui sont dans une langue étrangère, vous pouvez activer l’option de sous-titrage ou pourquoi pas l’option de traduction (malgré sa traduction approximative : remplacer château par roque et évêque par fou !!!). Si Youtube est le gros fournisseur en la matière, Twitch est également une source exploitable.

J’ai une tendance naturelle à mettre de côté certaines chaines qui de façon moderne, présente le jeu d’échecs à la manière d’une e-competition, avec incrustations et dictions (pour faire djeûn’s ?) parfois fatigante.

Parmi celles que je consulte régulièrement (dans le désordre) :

La chaine vidéo du St Louis Club est le gros morceau de sa catégorie. Avec des conférences parfois animées par des pointures (comme Yasser Seirawan pour ne citer que lui), tant américaines que venues des pays de l’Est, la qualité est probablement au rendez-vous. A vous de faire le tri. Ne ratez pas les cours de Ben Finegold, hauts en couleur.

La chaine Iminéo est un peu la même chose, mais en français. Certaines sont un peu datées, mais dignes d’intérêt malgré tout.

Sinon, j’ai un petit faible pour Hanging Pawns dans laquelle son auteur nous fait partager les connaissances qu’il acquiert dans son parcours échiquéen. Pas mal d’ouvertures, diverses parties, quelques vidéos purement pédagogiques. Dans un anglais scolaire compréhensible.

L’incontournable Blistzstream, secondé par des joueurs de haut niveau. Un monde à part ! A vous de dénicher les vidéos plus particulièrement destinées à votre niveau. J’aime bien les formats « une ouverture en 30 minutes ».

Daniel Mallais (Hub City Chess), du New Brünswick (allez voir sur Google pour savoir où c’est… pas très loin de la Gaspésie !) : une autre façon d’aborder le monde des échecs, en toute simplicité.

Chesstrainer 2000 : avec quelques bonnes idées pour, notamment, se créer un répertoire d’ouverture selon les niveaux.

Chessmi : conseils divers et commentaires de parties live. S’attache souvent à décortiquer des processus d’apprentissage ou d’exploitation des outils informatiques.

Sylvain Ravot (qu’on ne présente plus ?) : avec le mérite d’avoir un parcours pédagogique échiquéen dans la vraie vie. Largement associé aux Masterclass de la FFE.

Ceci dit : si j’avais un conseil à donner, même si c’est une vidéo, ne restez pas passif devant celle-ci. Sortez l’échiquier, prenez des notes, entrez des coups dans votre logiciel, peu importe, mais gardez une trace de cette activité souvent enrichissante.

N’hésitez à nous faire partager votre chaine préférée !

 

Faut-il jeter les moteurs d’échecs ?


Sylvain Ravot nous montre bien les dangers d’une utilisation à outrance des moteurs d’échecs. Que ce soit sur votre site préféré (Lichess, Chess.com, ou Chess24) ou aussi sur votre logiciel préféré. Et que ce soit avec Stockfish (la dernière version 13 ne change pas grand-chose semble-t-il) ou Komodo par exemple.

Estimations positionnelles chiffrées sans rapport avec la position, estimations faussées des ouvertures, analyses automatiques démoralisantes… Bref, pour un joueur débutant, l’emploi des moteurs d’analyse est un réel danger : le cerveau ne réfléchit plus,  l’analyse est polluée par les résultats mathématiques, certains bons coups (pour un joueur de petit niveau) sont classés comme « gaffe » (??) sans que la position se soit réellement dégradée. Bref, on ne sait plus jouer !

Pour faire court : désactivez l’analyse permanente lorsque vous voulez revoir une partie. Réfléchissez sur ce qui vous semble anormal, compliqué, annotez les positions sur lesquelles vous avez buté.

Lors des ouvertures, fiez-vous aux bibliothèques issues des parties de joueurs de haut niveau et non pas sur le +0.25 donné au bout d’une nuit de réflexion d’un microprocesseur et dont l’avantage ne pourra se faire ressentir qu’au bout de 20 coups.

Éventuellement, vérifiez grâce à SF pourquoi vous avez perdu une pièce ou à quel moment vous auriez pu avoir une position plus simple. Et si vous êtes victime d’un ? ou d’un ?? lors de l’analyse, mais que cela ne semble pas évident quant à la réelle signification, ne vous formalisez pas ! Soyez malgré tout attentif au coup tactique que le moteur ne manquera pas de vous signaler.

Si d’un point de vue pédagogique, la désactivation d’un moteur d’échec est pertinente, il n’en reste pas moins que cela reste un excellent outil qu’il convient simplement d’utiliser à bon escient. il vous montrera probablement quand, tactiquement, vous avez perdu votre partie. Bien sûr, si un coach/entraineur/joueur avec un un elo supérieur est à votre disposition pour vous guidez, cela reste encore la meilleure solution. Allez voir les conseils de Stjepan pour avoir des conseils pratique d’analyse.

 

 

Maia


Dans le domaine du jeu vidéo, un bot est un adversaire (ou pas) censé jouer comme un humain, notamment dans les jeux en ligne. Dans le jeu d’échecs, avec l’arrivée de l’IA, de nouvelles technologies apparaissent et viennent compléter les listes d’adversaires informatiques.

Les moteurs d’analyse (comme Stockfish, Fritz, Komodo, etc) sont de réels programmes dont la puissance de calcul dépasse celle des meilleurs humains. Tout est codé : seul le matériel (microprocesseur, mémoire vive) permet une amélioration des performances. On affronte des adversaires implacables, par nature avec un sens tactique imparable profitant des calculs allant jusqu’à quelques dizaines de coups. Excellent pour l’analyse tactique, et pour détecter nos failles dans nos parties, mais au comportement assez éloigné de celui d’un humain, avec ses hésitations, ses coups de bluff, ses imprécisions, et son degré de précision variable tout au long de la partie.

Un bot, comme Maia  (moteur d’échec basé sur un réseau neuronal, comme Leela Chess Zero) est programmé uniquement avec les règles du jeu et, avec l’aide de l’IA, effectue son apprentissage grâce aux parties qu’il effectue contre des humains, notamment sur Lichess. En comparaison, Leela Chess Zero (LC0 pour les intimes) s’est entrainé contre lui même, ce qui lui procure au bout de plusieurs millions de parties, un niveau exceptionnel.

L’analyse des parties par l’équipe de Maia, montre, par exemple, que sur une position donnée, certains mauvais coups ne sont plus joués au delà de 1500 elo, alors qu’un joueur classé 1100 elo jouera le coup intuitif qui n’est pas le bon. Maia, dans sa programmation, serait capable de prédire l’erreur que le joueur aurait tendance à effectuer. A terme, cela serait utile dans d’autres domaines. On peut imaginer bientôt des outils pédagogues et didactiques.

D’autres bots existent sur Lichess, mais Maia semble très prometteur. Même si certaines erreurs grossières viennent par moment pondérer cet avis.

Alors… jouer contre Maia5 (cliquez sur les deux petites épées plutôt en haut à droite de l’écran : « Défier ce joueur ») ou contre Stockfish niveau 3 ? A vous de faire votre idée. Pour info, je trouve Maia5 (plutôt dans les 1600-1700 Glicko) assez facile à jouer (mon elo FIDE est de 1338) et dans les 1650 sur les parties classiques Lichess.

 

 

 

Bilan Janvier 2021


Les nombre de visiteurs s’envole !  De 100 à 150 par mois l’année dernière, ce blog en attire presque 1000 désormais ! De France et de pays francophones en très grande majorité, mais aussi quelques Américains, Italiens et Allemands.

Merci Beth Harmon.

Si l’article « Adapter votre travail à votre elo » est l’article le plus lu, celui sur Chessbase arrive juste derrière.

 

N’hésitez pas à commenter !

Chessify


Découvert sur Capakaspa, cette application vous permet de scanner une position vue dans un livre (et même sur un écran d’ordi) et de l’exploiter ensuite sur votre portable !

Vous ne comprenez pas le quizz de votre revue préférée, vous doutez du coup de Kasparov dans ses mémoires ? Hop… un scan… ça réfléchit un peu… et la position s’affiche. Vous pouvez ensuite continuer la partie ou exploiter les différents moteurs livrés avec cette appli (dont Stockfish 12 et Komodo 11).

Cela ne vous suffit pas ? L’appli est capable de repérer un diagramme dans un livre au format PDF et hop… un clic avec le bout du doigt, et celui-ci s’affiche ! Quasi magique.

Vous pouvez aussi jouer, utiliser une pendule (incréments, Fischer et tout et tout) pour une partie réelle, éditer une position… 

A mon avis, vous ne pourrez plus vous en passer.

 

Chessbase


Igor Nataf nous en parle longuement (plus de 2 heures !) dans cette vidéo. Les possesseurs des versions plus anciennes (mais pas trop quand même j’imagine) y trouveront certainement un intérêt pour exploiter cette usine à gaz.

A quoi sert Chessbase ?

C’est une base de données adaptée aux échecs.

Base de données (en anglais database) : permet de stocker et de retrouver des données brutes ou de l’information, souvent en rapport avec un thème ou une activité ; celles-ci peuvent être de natures différentes et plus ou moins reliées.

Classer et/ou retrouver les parties par joueur, par résultat, par ouverture, par thème tactique, par finale, par année, par elo. Établir vos statistiques selon les ouvertures, vos couleurs. Comparer des positions, les analyser. Archiver vos erreurs tactiques. Bref, les combinaisons semblent infinies. 

A noter que Chessbase donne également accès à leur live database (8 millions de parties).

Vous avez des alternatives gratuites (SCID par exemple), presque aussi puissantes, mais parfois un peu moins ergonomiques, et avec moins de support à mon avis. Il est probable que pour des joueurs amateurs les versions gratuites peuvent suffire. Mais rien ne vous interdit de vous faire plaisir pour Noël. Comme le précise Igor Nataf, Chessbase offre -25 % plusieurs fois par an. Guettez cette occasion, sachant que le premier prix est actuellement à 119 €.

Fritz 17 permet de jouer (Chessbase utilise certes des moteurs d’analyse, mais comme leur nom l’indique : c’est uniquement pour de l’analyse !) et comprend aussi une gestion des parties, toutefois moins puissantes. Il n’y a qu’une quarantaine d’euros de différence. Mais encore une fois, les logiciels libres font souvent l’affaire. A vous de voir.

 

Devenir un GM en moins d’un an (3/4 et 4/4)


(Suite et fin 3/4 et 4/4)

Évaluer les résultats.

Un an d’entraînement est plus compliqué que l’étape de base. L’objectif principal est d’atteindre un Elo de 2100, ce qui correspond au niveau Maitre.

Un joueur d’échecs doit incorporer 3-4 ouvertures dans son répertoire pour les blancs et autant pour les Noirs. Il doit maîtriser la tactique avec 90% de résolution correcte sur  des tests d’une grande complexité sans connaitre le thème des tests. Comprendre également une large palette de dispositifs stratégiques – comment une évaluation de position varie en fonction de la structure des pions ; connaitre plus de 50 positions types de jeux classiques ; maîtriser les connaissances élémentaires et intermédiaires sur les finales : évaluation d’une position et ensuite former un plan, méthodes tactiques standard à partir d’environ 300 positions de fin de partie ; maîtriser les méthodes de jeu dans les fins et les positions dites «simples».

Lors de la planification des charges de travail individuelles, il est important de prendre en compte le style, la performance du tournoi et les objectifs de chaque joueur.
Le logiciel d’échecs peut être utilisé pour:

 1. l'entraînement et la perfection des capacités de calcul du joueur d'échecs; 
 2. résoudre des combinaisons; 
 3. résoudre des études (positions de fin de partie avec un contenu tactique); 
 4. résoudre des tests stratégiques; 
 5. étudier les positions types du milieu de jeu; 
 6. étudier les schémas types d'attaque contre le roi adversaire; 
 7. étudier les méthodes de jeu types en ouverture; 
 8. élaborer le répertoire d'ouverture et élaborer un plan pour la 
    transition vers le milieu de jeu

Un contrôle continu et l’évaluation des résultats pendant le cours sont nécessaires. La période d’entraînement d’un an doit inclure des étapes de contrôle intermédiaires. Il est bien connu que  l’étude donne un résultat pratique après environ 6 mois. Par conséquent, c’est une bonne idée de diviser la période de formation d’un an en 4 parties de 3 mois pour chaque phase. Les résultats de travail de chaque phase doivent être recoupés pratiquement par la participation à des compétitions et par une analyse en utilisant Fritz pour tester vos niveaux de compétence et déterminer vos progressions Elo.

Résultats d’essais souhaitables à réaliser au cours des différentes étapes de l’entraînement en pourcentage (ne pas perdre de vue que ce texte est plus ou moins subventionné par un vendeur de logiciels…) :

 Programmes                     stade I/ stade II/ stade III/ stade IV				
				
 Tactiques                         60      70         80       90
 Stratégie                         40      55         70       85
 Encyclopédie milieux de jeu I     30      50         65       85
 Encyclopédie milieux de jeu II    30      50         65       85
 Encyclopédie milieux de jeu III   30      50         65       85
 Entraînement au jeu d'échecs      30      50         65       85
 Théorie et pratique des finales   30      55         70       85

Les résultats ne sont pas immédiats. Le 1er semestre est utilisé pour l’accumulation des connaissances et la perfection des compétences acquises, et très peu de progrès sont constatés. L’essentiel de la progression a lieu pendant le deuxième semestre.

L’auteur de ces lignes compare le cout des logiciels et le cout d’un instructeur. Pas la peine de leur faire de la pub, et à chacun de se faire une opinion sur l’intérêt (ou pas) de ces programmes.

Le monde des échecs fait face à de grands changements. Que nous le voulions ou non, l’enseignement des échecs va prendre une nouvelle forme. Le coach solitaire vous donnant des conseils cède le pas à une forme nouvelle grâce à l’informatique.

Bien sûr, aucune planification ou accumulation de programmes ne peut garantir les résultats. Seule la détermination et la motivation pour rester concentré et garder la bonne voie vont assurer le succès.

 Le coût

Fritz accomplit de nombreuses fonctions telles que la collecte, la systématisation et le stockage de diverses données d’échecs (jeux, fragments, positions pour l’analyse), ainsi que l’analyse tactique de positions sélectionnées de la plus haute qualité. Il analysera vos parties et vous dira exactement où vous devez vous améliorer. Il a une grande base de données d’un million de jeux.

Fin

 

 

 

Philosophie et analyse (1/2)


Dans ma quête du St Graal, notamment en ce qui concerne l’analyse des parties, j’ai découvert des textes de John Hartmann sur le site de l’US Chess Federation.

John Hartmann tente de montrer en quoi un savant mélange d’informatique et de sagesse ancestrale permet de tirer le meilleur des nouvelles technologies. Ce que je vais tenter de traduire et de synthétiser dans ce qui suit.

En s’inspirant beaucoup du travail de Mark Dvoretsky, Hartmann décrit ce qu’il considère être les objectifs d’une formation réussie aux échecs. Il discute également de l’énorme valeur de l’analyse. Enfin, il suppose que tout le monde est équipé avec Chessbase ou de Fritz.

Philosophie

« ... S’il y avait une chose importante dans ma formation, je dirais que c’est le développement de compétences pratiques plutôt que de connaissances. » Dvorestky

L’entraînement sérieux aux échecs tente de renforcer les compétences pratiques d’un joueur en affinant l’intuition et le jugement. Il utilise un processus d’apprentissage actif, intégrant les commentaires d’un enseignant expert ou d’un formateur. L’objectif n’est pas d’accroître les connaissances en soi, bien que la connaissance d’une théorie appropriée soit certainement un élément important du système de Dvoretsky. Au lieu de cela, une bonne formation aux échecs vise à améliorer la résolution des problèmes rencontrés par le joueur. Tout converge vers cette idée.

Dvoretsky dit que le «but principal» de sa formation a été de «développer la pensée personnelle et les compétences décisionnelles». Ceci est réalisé par la pratique et l’imitation, ou par la résolution de positions appropriées qui offrent aux élèves des «images d’échecs» nécessaires pour leur permettre d’évoluer dans des situations réelles.

Dvoretsky nous enseigne que :

  • il est essentiel de développer le subconscient ou l’intuition d’un joueur,
  • l’apprentissage d’idées générales ou de connaissances concrètes devrait toujours être au service d’une intuition enrichissante
  • le calcul nécessite une intuition pour aider à l’évaluation des coups candidats.

Le système de Dvoretsky vise à la création de représentations mentales efficaces ou « d’images d’échecs » qui améliorent l’intuition et les résultats sur l’échiquier. Ses méthodes d’entraînement sont actives plutôt que passives, de sorte que la résolution dans des conditions de jeu remplace la visionnage de vidéos d’ouverture ou la relecture des jeux de maître. Elles sont axées sur des objectifs visant à former des compétences spécifiques ou à surmonter les faiblesses grâce à l’évaluation continue des techniques et des résultats. Et elles impliquent des commentaires d’experts associés à de l’autocritique, dans lesquels les erreurs sont trouvées et corrigées.

Les amateurs devraient-ils adopter les méthodes de Dvoretsky, ostensiblement conçues pour être utilisées avec de très grands maîtres, comme modèle pour leurs propres efforts d’amélioration ? Si tel est le cas, à quoi ressemblerait ce modèle d’entraînement en pratique, et comment cela fonctionnerait-il sans un GMI comme coach ?

Pour moi, la réponse est claire. Oui, ils devraient se tourner vers le modèle de Dvoretsky, même sans accès à un entraîneur à temps plein. La littérature et la technologie moderne sur les échecs – moteurs, bases de données, sites de jeux et de vidéos en ligne – peuvent se suppléer à l’absence d’un entraîneur, aider les joueurs à découvrir leurs erreurs et à les surmonter grâce à une formation ciblée. (Notez que je ne dénigre pas l’importance d’un bon entraîneur, ce que je décris ici fonctionne de concert ou en l’absence d’une telle aide.) L’ordinateur est, à toutes fins utiles, un GMI virtuel qui ne se lasse jamais … tant que vous payez la facture d’électricité.

Anders Ericsson soutient dans son livre « Peak : Secrets from the New Science of Excellence », que l’excellence ou l’expertise est essentiellement liée à la façon dont on s’entraîne. Des joueurs peuvent pratiquer pendant dix mille heures ou plus et ne feront aucun progrès. C’est la façon dont ils pratiquent, pas pendant combien de temps, qui façonne le résultat final.

La plupart des joueurs d’échecs le savent très bien. Nous jouons quelques blitz en ligne (sans revenir sur ces parties après). Nous feuilletons un livre ou deux, et survolons quelques jeux de maître en dégustant un bon verre de bière. Nous regardons Banter Blitz (nous avons la même chose ici, en français, encore que nous y perdions un peu en charme !), des vidéos d’ouverture, et nous nous cognons la tête sur des explications tactiques en ligne. Mais sans la moindre amélioration. Cela ne vous rappelle rien ?…

Si nous voulons progresser dans les échecs, nous devons structurer efficacement notre formation pour maximiser les résultats. Une utilisation judicieuse de la technologie et de la littérature peut grandement aider. Si nous prenons les méthodes d’entraînement de Dvoretsky comme modèle et si nous les marions à la technologie moderne des échecs, une réelle amélioration devient possible, pourvu que nous possédions le Sitzfleisch pour y arriver.

Par où commencer avec ce système de formation proposé ? Souvenez-vous de l’inscription sur le mur du temple de Delphes : gnōthi seauton, ou «connais-toi toi-même». Si nous nous concentrons sur l’intuition et le jugement à l’entraînement pour corriger les faiblesses individuelles de notre jeu, nous devrions commencer par repérer les faiblesses et nos lacunes dans l’intuition. Une analyse systématique de nos jeux est idéale pour une telle approche.

Analyse de jeu et auto-analyse

L’analyse a longtemps été considérée comme essentielle à l’amélioration du joueur. Le grand champion du monde Mikhail Botvinnik a été parmi les premiers à faire valoir cet argument :

L’analyse a ses propres caractéristiques : vous n’êtes pas limité par le temps et vous pouvez déplacer les pièces librement. Malgré cette différence entre l’analyse et la partie d’échecs, il y a beaucoup de points communs entre elles. C’est un fait bien connu que presque tous les joueurs d’échecs ont été des analystes de premier ordre.

La déduction est irrésistible : quiconque souhaite devenir un joueur d’échecs exceptionnel doit viser la perfection dans le domaine de l’analyse.

Il y a une autre différence essentielle entre l’analyse et le jeu. Pendant le jeu, votre travail analytique est continuellement testé contre vos adversaires, mais dans l’analyse à domicile il est très facile d’être non-objectif. Pour lutter contre cette tendance et pour échapper à une mauvaise analyse, il est utile de partager votre travail analytique individuel. Ensuite, vous êtes soumis à une critique objective. En d’autres termes, l’analyse publiée, ou, tout simplement, l’annotation de jeux pour la presse, est une méthode sûre pour arriver à la perfection.

Garry Kasparov était d’accord avec le Patriarche dans la Préface de L’Epreuve du Temps de 1986 :

… Je me suis rendu compte distinctement que ceci [l’analyse approfondie de ses propres jeux] fournit la base pour le développement continu de la maîtrise des échecs.

Et Mark Dvoretsky – qui a enseigné à l’école Botvinnik à Moscou pendant de nombreuses années – a transmis ce conseil à ses étudiants.

Une étude approfondie de nos propres parties stimule nos compétences analytiques et nous donne l’occasion de reconsidérer les décisions que nous prenons au cours de celles-ci. Ce que nous découvrons est doublement utile, car nous affinons notre intuition dans des positions susceptibles d’apparaître ultérieurement.

Une des caractéristiques curieuses du conseil de Botvinnik est son exhortation à publier son analyse, afin que le travail soit soumis à la critique et à la correction des lecteurs. Bien qu’il y ait quelque chose de noble dans cette idée, et bien que je sois sûr que les rédacteurs des magazines l’accueilleraient favorablement, il n’y a aucun besoin intrinsèque de soumettre vos parties à l’examen public à l’ère des machines.

Laissez-moi être très clair ici. Je ne suggère pas que nous confions l’analyse entièrement à nos moteurs. Certains pourraient penser que le but de Botvinnik dans la valorisation de l’analyse approfondie était simplement la découverte d’erreurs. Si tel est le cas, et si nous avons à notre disposition des oracles infaillibles (mais pas complètement !), pourquoi ne pas laisser l’ordinateur réaliser ces révisions ?

Parce qu’il est important de découvrir les erreurs que nous commettons, mais qu’il est tout aussi important, sinon plus, d’analyser les erreurs que nous commettons dans notre réflexion et notre évaluation. Une analyse correcte exige donc que nous nous concentrions sur la reconstruction et l’évaluation des lignes que nous avons rejetées autant que celles que nous avons jouées. Ce n’est qu’après une auto-analyse approfondie que nous devrions utiliser nos moteurs d’analyse.

(à suivre : partie 2)

 

John Hartmann

Lucas Chess


Un peu ignoré probablement par Google, mais il ne faut pas longtemps avant de tomber sur ce très ludique Lucas Chess. Mais attention, ludique ne veut pas dire inintéressant. C’est un peu le couteau suisse du software d’échec gratuit. Possibilité de jouer contre différents moteurs et d’estimer son niveau, moteur paramétrable afin que celui-ci ne joue pas forcément son plus fort coup, paramétrage du nombre d’aides apportées par un moteur de référence au cours d’une partie, exercices tactiques inclus, évaluation du niveau Elo sous forme de tests, préparation aux ouvertures, et je dois certainement en oublier.

L’interface n’est pas la plus intuitive et il faut parfois chercher un peu jusqu’au bout des arborescences des menus pour trouver la pépite. Je regrette un peu la fonction analyse sommaire, bien qu’elle présente l’avantage de montrer la force du coup retenu par rapport au coup réellement joué (le moteur d’analyse par défaut est Stockfish)

Allez-y, c’est gratuit je vous dit !

Informatique, pour commencer.


Faut pas se plaindre : l’ordinateur et internet nous facilitent pas mal la vie. Ce que je vous propose n’est que parcellaire mais reflète bien l’offre existante.

Gratuitement on trouve une bonne interface : Arena 3.0

Et également de bons moteurs d’analyse : Houdini et Stockfish. Tous les deux largement plus forts que le niveau moyen d’un joueur débutant. Autant dire qu’ils sauront trouver la faille tactique ou la combinaison géniale. On peut jouer contre eux, mais plutôt s’en servir pour travailler les ouvertures et les finales, et aussi et surtout analyser vos parties. Aussi fort soit-il, un moteur malheureusement ne simulera jamais un style de jeu humain. Eventuellement en réglant la profondeur de réflexion , mais cela nivelle un peu le style.

On trouve gratuitement des gestionnaires de bases de données : comme Chessbase Light 2009 , version allégée de Chessbase, qui ne peut utiliser que 32 000 parties. Mais c’est largement suffisant pour y entrer les siennes. Sinon on a aussi, Scid et ses déclinaisons (telles SCID vs PC). Vraiment pour les accrocs du classement et de la préparation pointue. Il faut pas mal de temps pour appréhender toutes les potentialités de ces deux programmes.

Citons aussi la version gratuite (bridée) de Chess Position Trainer qui permet l’apprentissage des ouvertures.

Chess Her0 choisit au hasard une position dans une base de donnée, demande de trouver le coup à venir et évalue finalement le résultat. Le tout est paramétrable (temps de réflexion, choix d’un coup plutôt en fin de partie ou en début, etc…)

Payant, on a Fritz 13 et ses diverses fonctionnalités. C’est un peu le tout en un. On a une version gratuite aussi (version 5.32, alors qu’on en est actuellement à la version 13). On pourra lui préférer d’autres programmes tout aussi valables. Après, c’est une question de goût, car de toute façon, ce n’est pas un programme d’échecs qui va le plus influencer  votre qualité de jeu  !

On trouve aussi des bases de données, plus d’un million de parties, et chaque semaine TWIC publie les parties de la semaine (soit plusieurs milliers pour compléter la base de donnée initiale).

Pour jouer en ligne, l’offre est acceptable. Je vous renvoie sur l’analyse de ZF Chess pour un tour d’horizon de ce qui existe.  Certains sites sont plus orientés jeu, sur d’autre, on a aussi des conseils et des forums.

Ne négligeons pas Chess Tempo et Chess Tactic Server. J’ai une petite préférence pour le premier. A travailler aussi avec l’entraineur tactique de Chess.com.

Et les portables ? Ben oui, les applis existent et permettent de jouer aussi dans le train, une salle d’attente, ou les embouteillages. Citons Chess for Free, Chess for Android, l’appli de chess.com, chess (tout court !).  Mais un tour sur Google Play (androïd, of course !) vous en montrera d’autres.

Bon, si avec tout ça, vous n’arrivez pas à vous amuser…