Mai 2021


Avec ses presque 900 visiteurs mensuels (30 par jour), le blog surfe toujours sur la vague de Queen’s Gambit j’imagine. Si « Adapter son travail à son niveau elo » est toujours l’article phare, l’article consacré à la méthode Woodpecker devient le deuxième article le plus consulté, loin devant celui consacré à Chessbase.

Bilan Janvier 2021


Les nombre de visiteurs s’envole !  De 100 à 150 par mois l’année dernière, ce blog en attire presque 1000 désormais ! De France et de pays francophones en très grande majorité, mais aussi quelques Américains, Italiens et Allemands.

Merci Beth Harmon.

Si l’article « Adapter votre travail à votre elo » est l’article le plus lu, celui sur Chessbase arrive juste derrière.

 

N’hésitez pas à commenter !

Tata Steel Masters 2021


Quel bilan après le ronde 8 et avant la dernière ligne droite qui commencera demain  :

Personnellement, je retiendrais qu’aux âmes bien nées, le talent n’attend pas le nombre des années !

Alireza Firouzja, 1er au classement provisoire, a 17 ans (elo 2749 et 18ème joueur mondial, avec une performance de 2861)

Et c’est un jeune de 18 ans qui a fait chuter Magnus Carlsen (champion du monde en titre, premier joueur mondial avec 2862 elo) : Andrey Esipenko, âgé de 19 ans (elo 2677 et 60ème joueur mondial, avec une performance de 2854).

Et Maxime ? Ce n’est pas le tournoi dans lequel il va briller, à moins de finir avec un sans faute. 10ème sur 14, contre-performance, soucis dans les sorties d’ouverture…

 

   

 

Vachier-Lagrave, Maxime vs Anton Guijarro, David


C’est dans le tournoi de Wijk aan Zee (c’est tout de même plus poétique que le Tata Steel Masters), et la quatrième ronde s’est soldée par une nulle dans toutes les parties.

A titre d’exemple, j’ai jeté un rapide coup d’œil sur la partie de Maxime contre Anton. 2784 contre 2679. L’analyse sur Lichess a montré pour les deux : 0 imprécision, 0 erreur, 0 gaffe. La perte moyenne a été de 0.055 pions chacun pour cette partie. L’avantage maximum concédé par le joueur espagnol a été de 0.8 points, et 0.5 points par MVL.

Waouh !

En gros, le graphe de l’analyse ressemble à ça :

Alors que quand je joue avec un adversaire de mon niveau :

 

 

Poids lourd contre camionnette.


Daniel Mallais (dont je vous recommande la chaine Youtube), nous parle d’une partie entre Ivantchuk (blancs) et Sladek (noirs), l’un classé à plus de 2700 et l’autre dans les 2000. 700 points de différence, donc aucune chance de gagner pour Sladek, probablement bien content d’avoir tenu aussi longtemps contre ce champion.

Quand on regarde la partie, qui se conclue contre un coup tactique imparable, on s’aperçoit que Sladek est entièrement responsable de la conclusion rapide ! Non pas qu’il ait spécialement mal joué (malgré un ou deux coups qui ont aggravé sa position), mais son adversaire a su trouver les bons coups et a finalement étouffé sa proie à la manière d’un boa constrictor.

Regardez (téléchargez) la partie et arrêtez-vous sur quelques (mauvais) coups. Ce n’est pas moi qui le dit, mais Stockfish. Auriez-vous fait mieux contre Ivantchuk ?

Placez vous du côté des noirs et trouvez le coup après :

  • 17. Cxa1
  • 18. Cc2
  • 23. Cd5

Quelle est la suite logique après la (mauvaise) réponse 23. … Cf4 ?

Daniel nous montre ensuite une autre partie avec Svidler qui améliore sa position coup après coup. De la même manière que le partie précédente, le joueur classé dans les 2000-2100 prend du retard dans son développement, d’autant plus qu’il avait choisi la défens scandinave, probablement jouable entre joueurs du même niveau, mais qui donne malgré tout de sérieux désavantages face à Svidler, avec +600 à 700 elo !

 

 

 

Les 10 blocages qui vous empêchent de progresser.


Parfois, tenter de s’améliorer ne nécessite pas d’en faire des tonnes, mais de s’attaquer aux vrais problèmes

Dan Heisman

 

1. Ne pas appliquer un processus de réflexion correct.

Il est assez facile d’apprendre les règles du jeu. Mais procéder par ordre lors de la réflexion n’est pas intuitif.

Résumons.

A) Pour chaque coup candidat, rechercher les échecs/captures/menaces en riposte de votre adversaire. Si une de ses réponses vous met en danger, il faut rejeter ce coup candidat.

B) Procéder jusqu’à ce qu’on estime la position stable. Analyser la position.

c) Répéter le point A et B jusqu’à obtenir une position satisfaisante. La suite de coups calculés s’appelle la variante principale.

D) Les points A, B, C doivent être appliqués sur chaque coup tant que le temps vous le permet. Le moindre manquement risque de vous faire perdre la partie. Vous pouvez notamment vous en dispenser quand il y a une suite forcée, quand vous êtes en finale D+R contre R. Appliquer strictement le point D fait gagner plusieurs centaines de points Elo.

N’essayez pas de justifier votre coup, mais tentez toujours de trouver le meilleur. En tout cas, ne jamais jouer en se disant « Ça devrait le faire…. »

 

2. Ne pas appliquer les motifs tactiques de base

Cela implique aussi le fait de ne pas être précis dans les échanges (cf point 10). Les motifs de base : le clouage, la fourchette, la double menace, la suppression du défenseur, etc. La reconnaissante immédiate de ces motifs s’obtient par la répétition. Toutefois cet apprentissage prend du temps. Il ne s’agit pas d’un  simple état d’esprit ! Mais une progression de 100-200 points Elo est au bout de la route.

Pratiquer des exercices tactiques avancés nécessite de connaitre les motifs de base si on veut progresser.

 

3. Mal utiliser son temps.

Cette notion est liée au point 1, car bien évaluer les menaces et les réponses aux coups candidats prend du temps. Savoir s’il faut sacrifier une dame va demander plus de temps que de décider quel cavalier développer en premier. Les finales ne doivent pas être sacrifiées. Sinon cela transformera une position gagnante en position nulle, puis en partie perdue ! En finale, il n’y a aura pas trop d’occasions de rattraper un mauvais coup.

Pour ceux qui n’utilisent pas tout leur temps, bien appliquer le point 1 devrait corriger ce problème. Inversement, en étant trop lent, il faudra calquer sa réflexion sur celle de son adversaire et régulièrement vérifier la pendule (à chaque coup en fait)

 

4. Ne pas jouer assez de parties lentes.

A l’heure où les bullets se développent, et où des parties de 30mn sont déjà trop longues sur des jeux en ligne, il est nécessaire de revoir cet aspect si on désire progresser. Même 30 mn ne permettent pas de mettre en place un bon processus de réflexion.

Il est possible de rejoindre des groupes de joueurs de parties lentes en ligne, de jouer en club, et surtout de pratiquer des tournois. Jouer en tournoi dépend de votre emploi du temps mais est nécessaire pour mettre en application ce que vous avez appris et corriger ce qui ne fonctionne pas.

100 parties lentes par an (1h30) devrait vous faire progresser (soit 16 tournois de 6 parties, donc au moins un tournoi par mois !).

En tout cas 100 parties lentes de 1h30 ne valent pas 300 parties de 30mn.

 

5. Ne pas hiérarchiser des principes de jeu

Évaluer une position permet de définir qui est mieux (un peu, beaucoup) et pourquoi. On ne va pas choisir le coup A si on pense que  la position qui en découle est moins bonne que la position provoquée par le coup B, même si la position B est réellement meilleure. Une erreur de jugement peut vous empêcher de capturer une pièce en affaiblissant votre roque, alors qu’une analyse correcte de votre position montre que celle-ci est à votre avantage. Attention à ne pas sous-estimer la puissance de la paire de fou ou à bien comprendre la valeur F+C contre T+P.

Afin de bien appliquer ces principes, il est nécessaire de lire des parties de grands joueurs. Se méfier des livres de stratégie, parfois mal interprétés par des joueurs débutant, qui entrainent une sous ou une sur estimation de certaines faiblesses par le joueur.

Évaluer une position ne consiste pas simplement à comparer le matériel et à lister les faiblesses et points fort de chaque camp. L’activité ds pièces est tout aussi importante.

Exercice : prendre une position et la donner à un programme. Après réflexion, comparer son évaluation avec celle de l’ordinateur( =, +/-, +/=)

 

6. Attacher trop d’importance à son elo.

Bien se persuader que le niveau elo n’est qu’un calcul mathématique. S’améliorer consiste à ajouter des points positifs et à soustraire des points négatifs. Une partie est mauvaise quand on en tire aucune expérience, et non pas quand on a perdu. Chaque partie perdue doit permettre de détecter une faille qu’on pourra corriger. Afin de progresser, et ne pas se décourager non plus, 60-70% de vos adversaires devraient être supérieurs à votre niveau.

 

7. Ne pas prendre conseils auprès de joueurs expérimentés.

Le corollaire : répéter inlassablement les mêmes erreurs.

Le passage par un coach/instructeur est utile. L’analyse de vos parties après avoir affronté un fort joueur et soumettre vos parties à un ordinateur après les avoir analysées sont un bon moyen de progresser.

 

8. Accorder trop d’importance à l’apprentissage des ouvertures.

Au lieu d’apprendre par cœur certaines lignes d’ouvertures bien particulières, il est préférable de connaitre et d’appliquer correctement les principes généraux des ouvertures et d’éviter les erreurs d’ouverture. Lancer une attaque avant que toutes les pièces soient développées est une erreur courante d’un débutant. Le principe de ne pas déplacer une pièce une deuxième fois avant d’en avoir bougé une autre une première fois devrait être  écrit en gros sur la glace de votre salle de bain ! Maintenir toutes vos pièces au maximum de leur activité est un autre principe fondamental. Ne pas roquer au bon moment, se créer des cases faibles, ne pas utiliser des mouvements de rupture pour donner de la place à ses pièces…. autant de détails à régler avant de connaitre par cœur la dernière nouveauté d’une ouverture jouée dans un grand tournoi.

A minima : apprendre les 8-12 premiers coups de une à deux variantes principales (Nunn’s Chess Opening, Chessbase on line). Cela prend quelques heures. Se pencher sur les pièges afin de les éviter. Après chaque partie, rechercher le coup qui vous a fait sortir de l’ouverture. Si c’est votre adversaire qui n’a pas joué le bon coup, vérifier comment vous avez réagi. De partie en partie, vous étendrez  vos compétences par l’expérience. Ne pas s’attendre à un résultat fulgurant puisque l’amélioration ne pourra se faire que sur plusieurs centaines de parties.

Tabyah : Une position dans l’ouverture d’un jeu qui survient après une séquence de mouvements très standardisée et à partir de laquelle les joueurs ont la possibilité d’ouvrir de nombreuses variantes.

 

9. Ne pas s’imprégner des parties des grands joueurs.

Les livres tactiques sont probablement les plus utilisés (Gagner avec les Blancs, la tactique pour les nuls, les trois positions à connaitre, etc.), mais peu de joueurs ont jeté un coup d’œil sur les parties de Spassky ou de Bent Larsen. Pourtant cela éviterait de commettre des erreurs telles que déplacer la même pièces plusieurs fois, créer des menaces fantômes, ou attaquer prématurément.

Chernev est une bonne source de parties commentées. Il serait logique de lire des recueils de parties par ordre chronologiques : d’abord Steinitz, puis Cabablanca, puis le tournoi de Zürich, puis Fisher, etc. Il s’agit vraiment de développer la partie : ne pas y passer une semaine et on peut sauter la grosse analyse de certaines variantes.

 

10. Ne pas savoir calculer le résultat d’un échange.

Oubliez les valeurs usuelles des pièces. Retenez que la dame vaut  9,75 pions, la tour 5 pions, le cavalier et le fou valent 3,25 pions, et que la possession de la paire de fous (quand l’adversaire l’a perdue) vaut 0,5 pions. Avec ce calcul on se rend compte qu’un fou et un cavalier ne valent pas une tour et un pion. Pensez qu’un roi a une valeur combattante de 4 pions. Ne pas l’impliquer dans une finale serait une grave erreur. Négliger ces valeurs peut vous couter 50-100 points elo.

Inversement, il ne faut pas se focaliser uniquement sur le matériel au détriment de l’activité des pièces, de leur coordination, de la sécurité du roi.

D’après « The 10 biggest roadblocks to improvement »

Novice Nook 23 – Dan Heisman

 

 

Adapter son travail à son niveau Elo


Avant de devenir un Grand Maitre, il faut déjà commencer par petit maitre !

Dan Heisman nous donne quelques conseils dans son livre : A guide to chess improvement.

(je traduis et j’adapte. Dan si tu me lis et que tu n’es pas d’accord, appelle-moi !)

De façon générale, quatre grandes lignes :

  1. Jouer des parties : 55% du temps d’étude. 90% de jeux lents et 10% de rapides (ben oui, dans un but d’amélioration générale cela ne sert à rien d’enchainer les bullets sur Lichess !!)
  2. Travailler un bon livre de tactique.
  3. Lire un maximum de jeux annotés dans l’idée d’acquérir une « conscience échiquéenne » sur les grands principes et la planification
  4. Lire un livre tel que Logical Chess de Chernev

Le  programme selon le niveau

Elo 800-900(1 mois)

Connaitre les bonnes bases, développer la visualisation (comme la méthode de la Maza, par exemple).

Elo 1100-1200 (6 mois)

Les finales et le jeu positionnel ne sont pas  au top.

Tactique et parties commentées. Ne pas avoir honte à travailler les livres du style « la tactique pour les enfants » ou « Comment battre mon grand père aux échecs »

Ne pas tomber dans les livres au titre prometteur. Lire aussi des livres adaptés à son niveau. (certains éditeurs le précisent sur la quatrième de couverture de leurs livres)

Elo 1400-1500 (18 mois – au total 2 ans et 1 mois) : la tactique mais pas que.

Il faut commencer à mettre en place les ouvertures (les lignes usuelles et principales), la stratégie, les finales. tout du moins dans les grands principes. Se plonger dans les processus de pensée et dans les bouquins qui s’y consacrent. Un coach (moniteur, instructeur) devient essentiel à ce niveau (voire même avant pour ceux qui ont la possibilité de rejoindre un club)

Elo 1600-1700 (30 mois – 4 ans et demi) : consolidation

Il faut renforcer les connaissances stratégique et positionnelles, et la tactique devrait être solide.

La participation à des tournois de parties lentes est incontournable pour progresser. Il encore temps de se demander pourquoi on perd sa dame plus souvent qu’il ne faudrait et y remédier (idem si on passe sans le voir sur une capture de dame  !). Il faut revenir aux bases (il n’y a pas de honte) et ne pas se plonger inconsidérément dans les études de milieux de partie ou dans les finales complexes tant que ce problème n’est pas résolu.

Les ouvertures ne devraient pas être négligées, et posséder un livre sur celles habituellement pratiquées est utile.

Elo 1700-1800 (48 mois, soit 8 ans et demi…)

Les parties ne sont plus systématiquement gagnées sur de la tactique  pure ! (oups, mon fou…). On aborde plutôt les combinaisons complexes que les études de clouage, de fourchette ou d’échecs à la découverte.

On pourra se renforcer en défense avec the Art of Defense de Soltis (sorti en 1975 quand même)

Une encyclopédie des ouverture  commencera à être utile.

Aborder les recueils de partie sur Capablanca, Botvinnik, Keres, Tal ou Larsen

Elo 1800-2000 : vers l’expertise (60 mois, 13 ans plus tard… on est des loin des 1 an comme promis par ailleurs !!!)

Le fameux « Comment murir votre style » de Silman trouve ici toute sa puissance (même si le début s’adresse à des joueurs d’un niveau inférieur). Les finales complexes sont abordées. Idem pour la planification (« Jugement et plan » de Euwe)

Dans les  recueils de parties : celles de Fischer, Kasparov. L’art du Combat de Bronstein, (le célèbre  tournoi de Zurich de 1953).

Les ouvertures peuvent être améliorées avec les études des structures de pions.

En complément, continuez votre lecture avec : « Comment jouez vous ? »