L’analyse d’une partie d’échecs.


On ne va pas revenir sur les bienfaits de l’analyse. Toutefois, on trouve peu de méthodes générales sur le web et dans les livres. La plupart du temps, on tombe sur des parties déjà analysées, mais cela n’explique pas concrètement comment faire quelles étapes suivre. Si un joueur classé 2375 a des idées stratégiques et tactiques, cela devient tout de suite plus hasardeux pour un joueur classé 1338.

Je me suis aidé de l’article de Noël Studer et de celui de Carlos Pujol sur chess.com.

Les bienfaits de l’analyse sont multiples :

  • comparaisons de nos idées avec la dure réalité de la tactique et du jeu positionnel.
  • développement de notre processus de réflexion.
  • amélioration progressives de nos connaissance sur les ouvertures (et au bout du compte sur les positions et les finales qui en découlent).
  • détection des erreurs récurrentes.

Selon Yusupov, ce qu’il faut attendre d’une analyse :

  • « trouver les moments critiques » dans le jeu, ces moments où des erreurs ont été commises, la nature de la position a changé, etc.
  • « Chercher les raisons de vos propres erreurs » – pas seulement ce qui a mal tourné, mais pourquoi.
  • « Chercher de nouvelles possibilités. » Quels mouvements avez-vous manqué dans votre analyse? Quelles idées pourriez-vous avoir considérées ?
  • « Réflexion sur l’ouverture »

Étape 1 : une analyse s’anticipe.

Pendant la partie, noter votre temps de réflexion. (Bon… faut avouer que la place manque parfois sur ces feuilles et que dans le feu de l’action ce n’est pas toujours facile)

Annoter votre feuille de partie avec des signes cabalistiques afin de repérer des coups particuliers (une croix pour une tactique douteuse, un point d’exclamation pour repérer un coup de adversaire qui vous a surpris, etc.)

Juste après la partie, notez vos impressions de façon plus détaillées (utilité d’avoir un carnet sur soi)

Si possible lors d’un tournoi : analyse post mortem avec votre adversaire (en fait cela devrait être obligatoire, ne serait-ce que pour des raisons de convivialité). Notez à part les idées, ce qu’il a vu de son coté.

Étape 2 : juste après la partie

Le plus rapidement possible après en tout cas. Lors d’un tournoi, ce sera le soir si vous en avez le courage ! Lors d’une partie en ligne, juste après.

Mettre la partie dans une base de données et retranscrire vos notes de la journée. Bien sûr, sans lancer le moteur d’analyse.

C’est le moment de repérer les moments critiques. Déjà, de façon simple : repérer les transitions ouverture-milieu de jeu, et milieu de jeu-finale. Le premier moment critique est à la sortie de l’ouverture (que ce soit vous ou l’adversaire qui en est la cause ). La perte d’une pièce en est une autre. De façon plus subjective, il faut aussi rechercher ce moment lorsque les deux positions semblent en équilibre et que chaque camp est arrivé au maximum de l’exploitation de la position (point de rupture possible). Lorsque le moteur est lancé ce sera lui qui indiquera également les options importantes qui ont été ratées. Il n’est pas utile dans cette étape d’en faire un roman, mais de poser un de ces signes cabalistiques si vous n’aviez pas eu l’occasion de le faire au cours de la partie. (^^, *, # ou tout autre signe spécial)

Ensuite il faudra aussi repérer les moments où vous vous sentiez mal engagé, s’attarder sur les phases d’échange, sur les moments pendant lesquels vous n’aviez pas d’idée, sur les positions peu claires qui vous ont fait choisir un coup simple plutôt que d’approfondir votre calcul.

Ce seront les moments clefs que vous analyserez en détail ultérieurement.

Enfin, et uniquement pour l’ouverture : vérifier ce qui peut être amélioré ou évité (Moteur d’analyse, database). Plus tard, s’attarder sur le raisons pour lesquelles vous n’avez pas joué le meilleur coups pendant cette ouverture.

Au cours d’un tournoi, il n’est pas utile d’en faire plus afin de garder confiance. En tout état de cause, afin de ne pas se dévaloriser : ne jamais se dire « Quel idiot de ne pas avoir vu ça !  » ou « La honte, avoir été battu par un joueur avec 200 elo de moins que moi !« , mais « Il a fait chaud dans la salle » ou « J’avais soif, je devrais prévoir une autre bouteille d’eau« .

Le moteur d’analyse a été utilisé uniquement pur vérifier les quelques premiers coups de l’ouverture.

Etape 3 : plusieurs jours plus tard.

« Un bon processus de réflexion qui abouti à un mauvais coup est pire qu’un bon processus de réflexion qui abouti à un mauvais coup !  »

Noël Studer

Avoir écrit les idées qui viennent à l’esprit juste après la partie sont essentiels.

Bien sûr l’aide d’un joueur plus fort que vous est la meilleur solution, mais sinon, c’est le moteur d’analyse qui sera la référence. D’autant plus qu’il est quasiment impossible (avec des journées de 24 heures) de revoir la partie, coup après coup, en y consacrant autant de temps que la partie elle-même. L’analyse de Stockfish permet de recaler l’évaluation qu’on ressent lors des moments critiques (je pense qu’il est utile de donner une évaluation sur chacune de ces positions ), puis de la comparer plus tard avec l’analyse d’un moteur (chaque moteur aura sa propre évaluation, il faudra donc se fier au même moteur à chaque fois).

La situation s’est décantée, vous pouvez aborder votre partie avec un œil nouveau. Il s’agit désormais, calmement et en prenant votre temps, de la revoir en envisageant les options que vous n’aviez pas développées (variantes et sous-variantes), ou de comprendre comment vous auriez pu éviter la perte d’une pièce ou le contrôle d’une case (colonne, diagonale).

Lorsqu’une position semble peu claire, il est utile de faire appel à une base de donnée et de rechercher des positions similaires jouées par des forts joueurs afin d’observer leurs décisions. Mais le plus important est malgré tout de comprendre pourquoi on est dans l’erreur. Si le calcul peut en être à l’origine, il est aussi possible que notre état d’esprit nous amène à prendre de mauvaises décisions. On pense être en retard ? on attaque à fond en prenant des risques. On pense être en avance ? On se relâche et l’adversaire reprend le dessus. Partie après partie, il est alors possible de dégager quelques défauts principaux.

Et enfin… : Stockfish, Komodo, Lc0 !! Lâchez la cavalerie. Régler la détection des erreurs en fonction de vos objectifs (à mon avis, un seuil de 0.66 à 0.75 points est probablement suffisant à petit niveau, 1 point si vous débutez). Surtout pour les débutants, si une erreur est dépistée tous les 4 à 5 coups, il faut sérieusement penser à revoir le processus de réflexion et travailler la tactique. Ou régler le seuil d’erreur sur une valeur un peu plus haute ! Inversement, si le moteur d’analyse ne détecte rien… affinez les options.

Etape 4 : le bilan.

Il est temps de se poser des questions. Avez-vous correctement évalué la position ? Aviez vous choisi un bon plan? ? Combien d’erreurs tactiques ? (pièce perdue ou tactique ratée, partie qui se prolonge alors qu’un mat en 3 coups était jouable). Il très important de verbaliser cette étape, de l’écrire.

Pour chaque partie, noter trois choses que vous avez apprises. Par exemple :

  1. Pour cette ouverture, l’échange des fous n’est pas à craindre.
  2. Dans des situations tactiques, ou désespérées, toujours regarder s’il est possible de mettre le roi adverse en échec.
  3. Dans une finale complexe R+P, il est parfois utile de bloquer un ilot de pions avant de déplacer son roi.

Repérez les failles dans votre processus de réflexion, diagnostiquez les tactiques ratées, les moments de la partie pendant lesquels vous avez été faibles (ouverture, milieu de jeu, finale). Puis, lorsque les parties de votre tournoi ont été analysées, ajustez votre programme d’entrainement en conséquence.

Il est utile de soumettre votre analyse finale à un joueur (au moins de votre niveau) afin de limiter des biais (récursivité). Par exemple : s’autoflageller pour ne pas avoir trouvé un mat en 5 coups (avec des variantes et sous-variantes compliquées), alors qu’un mat en 7 était possible avec une suite forcée plus simple. Les forums permettent de publier ces analyses, si tant est que quelqu’un y prête un œil attentif et bienveillant. C’est une arme à double tranchant.

Comme on peut le voir, une analyse sérieuse prend du temps. Pour un tournoi, c’est une bonne semaine de travail en perspective. Hors tournoi, vos parties longues en ligne (au moins des 30 minutes) méritent cet effort. Dans une moindre mesure, les parties plus rapides ne doivent pas être négligées.

Certes cette activité est chronophage, mais c’est pour cette raison qu’il y a si peu de Grand maitres !!

Stejpan nous développe tout ça sur Hanging Pawns : « How to detect and correct your middlegame mistakes » et « How to analyse chess games« 

Etape 5 : et après ?

Le gain, si gain il y a, est probablement sur le long terme. Dans la mesure où l’intérêt est finalement de se corriger, cela nécessite d’accorder son programme d’entrainement à ces analyses. En comptabilisant les types d’erreurs (tactique – offensive ou défensive, soucis visualisation, stratégie, finale – de tours, de pions -, ouverture – avec les blancs, les noirs -) on peut ainsi porter ses efforts sur les points faibles. De façon encore plus simple : trouver la dernière erreur qui vous fait perdre une partie. Faites-le sur au moins 10 parties et regardez ce qui s’en dégage.

Vous aussi vous analysez ? Dans quelle mesure cela vous a-t-il aidé à progresser ?

Le blog de Noël Studer


Grand-maitre suisse (2579 elo) depuis 2017. Son blog commencé en mars 2021 regorge déjà de bonnes idées. Pas de commentaires fastidieux sur ses parties (gagnées ou perdues), pas de variante ennuyeuse pour montrer pourquoi il faut avoir des pièces actives ou comment exploiter une colonne. Il nous fait partager ses idées de GM, et c’est déjà bien.

Mieux : Noël ne semble pas vouloir nous vendre quoi que ce soit !

Chaines vidéo


J’en ai référencé quelques unes, là, à gauche de l’écran. Certaines sont désormais inactives, d’autres sont à parution aléatoire, et certaines sont actives. Attention : je ne dis pas que ce sont les meilleures, mais celles que j’aime bien ! Il faut hélas reconnaitre que la qualité (et pas seulement sur le plan échiquéen…) n’est pas toujours au rendez-vous en langue francophone. Pour celles qui sont dans une langue étrangère, vous pouvez activer l’option de sous-titrage ou pourquoi pas l’option de traduction (malgré sa traduction approximative : remplacer château par roque et évêque par fou !!!). Si Youtube est le gros fournisseur en la matière, Twitch est également une source exploitable.

J’ai une tendance naturelle à mettre de côté certaines chaines qui de façon moderne, présente le jeu d’échecs à la manière d’une e-competition, avec incrustations et dictions (pour faire djeûn’s ?) parfois fatigante.

Parmi celles que je consulte régulièrement (dans le désordre) :

La chaine vidéo du St Louis Club est le gros morceau de sa catégorie. Avec des conférences parfois animées par des pointures (comme Yasser Seirawan pour ne citer que lui), tant américaines que venues des pays de l’Est, la qualité est probablement au rendez-vous. A vous de faire le tri. Ne ratez pas les cours de Ben Finegold, hauts en couleur.

La chaine Iminéo est un peu la même chose, mais en français. Certaines sont un peu datées, mais dignes d’intérêt malgré tout.

Sinon, j’ai un petit faible pour Hanging Pawns dans laquelle son auteur nous fait partager les connaissances qu’il acquiert dans son parcours échiquéen. Pas mal d’ouvertures, diverses parties, quelques vidéos purement pédagogiques. Dans un anglais scolaire compréhensible.

L’incontournable Blistzstream, secondé par des joueurs de haut niveau. Un monde à part ! A vous de dénicher les vidéos plus particulièrement destinées à votre niveau. J’aime bien les formats « une ouverture en 30 minutes ».

Daniel Mallais (Hub City Chess), du New Brünswick (allez voir sur Google pour savoir où c’est… pas très loin de la Gaspésie !) : une autre façon d’aborder le monde des échecs, en toute simplicité.

Chesstrainer 2000 : avec quelques bonnes idées pour, notamment, se créer un répertoire d’ouverture selon les niveaux.

Chessmi : conseils divers et commentaires de parties live. S’attache souvent à décortiquer des processus d’apprentissage ou d’exploitation des outils informatiques.

Sylvain Ravot (qu’on ne présente plus ?) : avec le mérite d’avoir un parcours pédagogique échiquéen dans la vraie vie. Largement associé aux Masterclass de la FFE.

Ceci dit : si j’avais un conseil à donner, même si c’est une vidéo, ne restez pas passif devant celle-ci. Sortez l’échiquier, prenez des notes, entrez des coups dans votre logiciel, peu importe, mais gardez une trace de cette activité souvent enrichissante.

N’hésitez à nous faire partager votre chaine préférée !

 

C’est comment qu’on fait quoi ?


« J’ai le marteau, mais je n’ai pas un putain de clou ! »

Pour mieux jouer, l’acquisition de connaissances est utile. Les règles, les principes, la stratégie, les schémas tactiques… comment rester zen, bien dormir avant un tournoi, gérer la pendule. A la limite, c’est facile. Le problème est que devant l’échiquier, l’application devient compliquée. Bref, comment on fait ?

Un bon instructeur est un élément indispensable. Mais souvent, il s’agit de cours plus ou moins magistraux, au sein d’un club, avec plusieurs élèves. On y acquiert, à mon avis, plus de connaissances que de compétences. Il y a aussi les cours particuliers quand on peut s’offrir un coach. Mais en cette période de distanciation sociale, les coaches sont rares (oui, oui, le distanciel existe, mais pas aussi convivial que votre prof’ qui est assis en face de vous !) Reste alors la solution du livre qui apporte les bons conseils. Et là… franchement… il n’y en a pas des masses. Mis à part les ouvrages purement techniques : les ouvertures, les finales, les recueils de tactique. Mais qui ne servent qu’à acquérir des connaissances. Mais sinon…

Choisissez sur Variante ou Amazon : comment choisir son coup, calculez comme un grand maitre, progresser avec […] (mettez ici le nom de votre joueur préféré). Il s’avère qu’après en avoir parcouru quelques uns en diagonale, j’ai constaté que la plupart de ces livres vous disent : «  Il faut faire ceci, et attention à cela, et réfléchir ainsi. Regardez comment Machin – elo 2675 – exploite tout ça » L’auteur nous décortique alors une partie, souvent une des siennes, pour montrer l’importance de ses recommandations (Ah oui, contrôler une colonne avec ses tours !!!). Et le livre continue ainsi : quelques conseils généraux, quelques parties pour illustrer les conseils. Dans le meilleur des cas, l’auteur nous gratifie de quelques exercices. On referme le livre et on passe au suivant.

Les plus grands auteurs/joueurs font pareil : Dorfman, Yusupov, Dvorestky, Soltis, Aagaard, Nunn et les autres. Le soucis, à mes yeux, est que lorsque le livre est refermé, on en est au même point. Oui, bon… Silman, évidemment, la bible à en croire certains joueurs serait un must. Les déséquilibres, tout ça quoi ! Certes, leurs bons conseils se sont infiltrés dans une partie de notre cerveau. Certes, on utilise les outils tactiques de Lichess, certes on repère les faiblesses de l’adversaire avec pourquoi pas un beau pion arriéré. Mais au bout du compte… les résultats sont mitigés. Un fou se retrouve toujours enfermé (oui, je sais… le bon et le mauvais fou…), on a aucune case forte pour installer un cavalier sur la sixième rangée, le roque adverse n’a aucune faiblesse. Pire : même en ayant mis un post-it Echec-Capture-Menace à coté de l’échiquier, l’adversaire étouffe notre position au bout du 9ème coup alors que depuis 8 coups on tente désespérément d’appliquer les grands principes des ouvertures en réfléchissant sur au moins 1.5 coups.

On repère alors « Chess for Zebras« , « Move first, think later« , « Pump up your rating » ou « Improve your chess now » pour ne citer qu’eux. Faut déjà être à l’aise avec l’anglais. Mais on y trouve pas mal de conseils utiles et probablement déclencheurs d’une progression chez certains. Bien sûr, notre ami Dan Heisman nous éclaire toujours de ses lumières dans son Guide du joueur qui progresse « A Guide for chess Improvement » évoqué de multiples fois sur ce blog. Mais même l’identification des 10 blocages qui nous empêchent d’évoluer semble ne rien débloquer du tout. Et pour reprendre/paraphraser Jonathan Rawson : la plupart de tous ces livres nous disent que ça y est, avec celui-ci vous allez découvrir le nirvana grâce aux conseils que personne n’a encore eut l’idée de vous donner jusqu’à présent. Et comme votre adversaire ne les connait pas, vous allez donc gagner. Hélas votre adversaire a probablement lu aussi le même livre, vous partez à la recherche d’un autre bouquin.

Ne me dites pas que cela ne vous est jamais arrivé en lisant des avis ou la quatrième de couverture : « Wouah, si avec celui-là, je prends pas 100 elo dans les 6 mois, je me mets aux dominos ! » Bon, vous ne vous mettez pas aux dominos, mais 6 mois plus tard, vous stagnez toujours.

Alors, on répète les exercices tactiques, on analyse ses parties, on établit des programmes d’entrainement. On tient à jour le recueil de nos erreurs au cours des parties. Et on cherche d’autres bouquins. On traine sur des chaines YouTube qui montrent beaucoup de choses intéressantes. On tente Chessable. Mais au bout de trois mois avec la tête dans le guidon, le premier adversaire (non tricheur !) sur Internet avec une cote inférieure de 100 points à la votre vous explose au bout de 20 coups. Ou le jeune ado classé 1210 elo semble être d’une rare précision dans un open, vous achevant dans une finale épuisante.

Reste donc à trouver le bouquin qui nous emmène vers le bon mode de réflexion afin de pouvoir décider du coup à jouer grâce à un calcul efficace. Le bouquin qui nous prépare à mieux penser, qui nous accompagne jour après jour afin de repérer la bonne pièce à déplacer sur la bonne case. Et là… j’avoue que c’est un peu le désert.

Choisir un bon coup


Un débutant commencera par choisir ses coups en fonction de critères un peu « loufoques », mais avec le mérite d’avoir malgré tout des critères de décision : long déplacement du fou (parce que cela fait joli !), horde de pions suicidaires, attaques par des cavaliers que le joueur estimera être ennuyeux pour son adversaire (ils le sont bien pour lui). Souvent, la réponse au coup de l’adversaire est rapide, même dans un tournoi à cadence lente. Des concepts imaginaires influencent ses décisions : l’échange des dames est l’un d’entre eux (C’est ma précieuse dame !)

En progressant, le débutant va se rendre compte qu’il ne pourra pas toujours gagner une partie sur les erreurs de son adversaire. Le coup à choisir n’est plus si évident et il découvre la notion de coup candidat (on voit parfois de jeunes joueurs réfléchir 3 secondes, lancer leur main vers un fou, avant de la dévier vers un cavalier, la laisser en suspend, puis revenir enfin vers le fou). Le choix de la pièce à déplacer et de la case à occuper s’effectue sur des critères un peu plus rationnels. Fini le temps où le joueur effectuait des chevauchées suicidaires ou sacrifiait une dame en f7 ou f2 ! Toutefois les menaces ne sont pas toujours estimées à leur juste valeur. Et quand elles le sont, les réponse à ces menaces ne sont hélas pas les meilleures.

Puis arrive le temps de l’amateur éclairé qui évite de laisser ses pièces en prise, qui détecte les fourchettes et les échecs intermédiaires. Un coup est souvent privilégié lors de la réflexion et un second coup candidat est examiné si la première solution n’est pas satisfaisante. Mieux : ce joueur évaluera les conséquences de ses choix. Malheureusement ses calculs ne l’orientent pas toujours vers les réponses adverses les plus dangereuses. Ou il n’y aura un calcul que pour une seule variante.

Enfin, notre joueur confirmé devient un joueur de tournoi. Il apprend à ne pas respecter les grands principes à la lettre, il se fie parfois à son intuition, et les grandes théories stratégiques ne lui sont pas inconnues. La profondeur de ses calculs varie selon les positions : parfois 1 à 2 coups suffisent, alors que parfois il va jusqu’au bout d’une suite forcée.

Avec un peu de chance, le joueur de tournoi commence à atteindre des sommets. L’intuition alliée à l’expérience lui permet de trouver quasi instantanément un bon coup. Les avantages et les inconvénients d’une position sont immédiatement pris en compte. Le calcul est utilisé à bon escient. Un second coup candidat, voire un troisième, est abordé.

d’après « How to choose a good move » de A. Soltis

Bon, faudra m’expliquer comment il peut y avoir un pion noir en d8 !!!

Devenir un meilleur joueur (2)


Si vous voulez devenir un meilleur joueur, vous devez avoir de meilleures habitudes, grâce à l’entrainement. Le meilleur entraînement est celui qui vous pousse aux limites de votre zone de confort, celle où vous vous forcez à assumer la responsabilité de décisions difficiles. Il est tellement plus facile de lire des livres qui donnent des orientations stratégiques, des conseils et des astuces. Mais ce dont vous avez besoin, c’est de « savoir-faire », c’est-à-dire d’apprendre par la pratique. La meilleure façon de cultiver de meilleures habitudes est de les construire sur la base de vos habitudes existantes et d’examiner de près vos lacunes. Vous constaterez que la plupart des erreurs ne sont pas dues à l’ignorance, mais au fait de ne pas voir les choses ou de ne pas les faire. Vous pouvez y travailler en jouant et en analysant ensuite vos parties honnêtement, en résolvant des problèmes d’échecs complexes ou en essayant de gagner des positions gagnantes face à des moteurs d’analyse puissants. Je pense même que vous pouvez développer vos compétences grâce à une utilisation intelligente des parties de blitz – où vous n’analysez pas les positions en profondeur, mais comparez vos intuitions avec la façon dont la partie se développe. Avec ces approches, vous n’acquérez pas de nouvelles « connaissances », vous pourriez donc avoir l’impression de ne pas progresser en tant que joueur. Cependant, si les arguments présentés dans ce chapitre vous paraissent logiques, et si vous pouvez faire confiance à ce type de processus de formation, je pense que vous constaterez que votre niveau de compétence s’améliore, et avec lui, vos résultats.

Rowson, Jonathan. Chess for Zebras. Gambit Publications.

(déjà publié, mais WordPress a décidé de mettre en place un système rigide censé améliorer la publication des articles, mais qui finalement la complique. Il devient très difficile de corriger ensuite une erreur, une faute d’orthographe, sans avoir à tout refaire.)

Devenir un meilleur joueur


Si vous voulez devenir un meilleur joueur, vous devez avoir de meilleures habitudes, grâce à l’entrainement. Le meilleur entraînement est celui qui vous pousse aux limites de votre zone de confort, celle dans où vous vous forcez à assumer la responsabilité de décisions difficiles. Il est tellement plus facile de lire des livres qui donnent des orientations stratégiques, des conseils et des astuces. Mais ce dont vous avez besoin, c’est de « savoir-faire », c’est-à-dire d’apprendre par la pratique. La meilleure façon de cultiver de meilleures habitudes est de les construire sur la base de vos habitudes existantes et d’examiner de près vos lacunes. Vous constaterez que la plupart des erreurs ne sont pas dues à l’ignorance, mais au fait de ne pas voir les choses ou de ne pas les faire. Vous pouvez y travailler en jouant et en analysant ensuite vos parties honnêtement, en résolvant des problèmes d’échecs complexes ou en essayant de gagner des positions gagnantes face à des moteurs d’analyse puissants. Je pense même que vous pouvez développer vos compétences grâce à une utilisation intelligente des parties de blitz – où vous n’analysez pas les positions en profondeur, mais comparez vos intuitions avec la façon dont la partie se développe. Avec ces approches, vous n’acquérez pas de nouvelles « connaissances », vous pourriez donc avoir l’impression de ne pas progresser en tant que joueur. Cependant, si les arguments présentés dans ce chapitre vous paraissent logiques, et si vous pouvez faire confiance à ce type de processus de formation, je pense que vous constaterez que votre niveau de compétence s’améliore, et avec lui, vos résultats.

Rowson, Jonathan. Chess for Zebras. Gambit Publications.

 

Aussi bon soit-il, « Chess for Zebras » n’est pas le livre miracle qui vous fera progresser en trois mois (contrairement à ce certains joueurs prétendent sur des forums) . Mais l’approche psycho-cognitive (ça existe ce mot ?) de Jonathan est intéressante, tout comme ses « 7 péchés capitaux aux échecs ». Il nous enlève des œillères et nous fait sortir des sentiers archi battus de la tactique et des programmes d’entrainement rigides. Les commentaires des parties sont plus orientés sur les motivations des joueurs que sur de réelles considérations stratégiques. On aura autant intérêt à lire les parties commentées dans les bouquins de Jonathan que celles de Mr Chernev. En tout cas une bonne alternative lorsqu’on sature à force de travailler la tactique, la stratégie, les finales, les ouvertures.

 

Programme d’entrainement.


Petit retour sur le programme d’entrainement simplifié que j’ai évoqué ici, avec quelques idées qui me sont venues à l’esprit (si, j’en ai un peu).

Le rythme de 4 sessions à appliquer en boucle permet de revoir en fait des notions récentes qu’on aurait vite tendance à oublier si on se contente de les revoir avec des intervalles assez longs. Cela évite de bachoter sur la  tactique non-stop, en laissant les finales de côté (le truc rébarbatif souvent négligé probablement), ou en revoyant de façon épisodique les ouvertures qui ont été mal négociées.

Il est important je pense, si on désire utiliser ce programme, de bien le formaliser : un beau tableau Excel, imprimé et consultable à tout moment, tout en se donnant la peine de noter ce qui a été travaillé au jour le jour.

Le principe de 4 sessions permettant de travailler la tactique, les finales, la stratégie et les ouvertures, ainsi que les moments consacrés à des parties, est la base. La répartition à l’intérieur de ces 4 sessions est à moduler en établissant ses priorités. Une calculatrice permet ensuite de remplir le tableau avec quelques petites règles de trois en fonction du temps qu’on désire consacrer. Uniquement en préparant ce planning, on a déjà la sensation d’avoir gagné 10 points elo !

Lorsqu’il s’agit d’étudier, mettez sur papier avec quels documents/supports vous désirez apprendre afin de ne pas vous disperser. Un coup un vieux bouquin que vous avez ressorti de votre bibliothèque, un coup une vidéo, un coup un article sur un site, un coup une autre vidéo… pas bon tout ça à mon avis.

Mettez en place ce programme quand ce sera le moment. Si votre travail, votre vie de famille ou toute autre cause ne vous permettant pas de dégager suffisamment de temps pour le faire (1 heure est probablement un minimum), contentez vous des tactiques sur l’application Lichess (salle d’attente chez le dentiste pour déstresser, WC, pause après le déjeuner en entreprise, avant de s’endormir…). Commencez un lundi.

1 heure, pas facile à dégager sur votre emploi du temps ? Si votre mode de vie est réellement incompatible avec une approche raisonnée et durable, bien évidemment le niveau et l’envie que vous aurez à jouer risqueront de stagner. Et il n’y a rien à se reprocher, cela peut être un choix respectable tant que vous éprouver du plaisir à pousser du bois.

Mais si vous désirez vous accrocher un peu, et voir votre elo grimper de quelques dizaines de points (centaines ?), vous pouvez vous lever 15 minutes plus tôt, et faire l’impasse sur Netflix… Avoir ce programme d’entrainement déjà établi en amont permet aussi de gagner du temps (plutôt que de se dire : « Voyons, qu’est que je travaille aujourd’hui ? » ou « Qu’est ce que j’ai fait de ce bouquin acheté en 2007 ?« ) En outre, il vaut mieux, malgré tout, s’y consacrer 30 mn par jour que 2 heures tous les 4 jours. Prévoyez la durée de base en fonction du temps que vous pourrez y consacrer a minima. Rien ne sert de prévoir des tranches de 30 mn sur une session de 2 heures (soit 4 tranches de 30 mn), si vous savez à l’avance que vous ne pourrez pas y consacrer plus de 15 minutes d’un coup. Dans ce cas, revoyez votre programme à la baisse avec 4 tranches de 15 minutes par session. Et puis le jour, ou la semaine, où vous pourrez y consacrer un peu plus : foncez !

La façon de travailler est une autre histoire. Concentration, processus de réflexion, échec-capture-menace, mémorisation, analyse approfondie de parties (sans lancer Stockfish au bout de 3 secondes !), lectures des parties des très bons joueurs, courbes de progression, tenue d’un cahier de travail, gestion du stress.

Avant de vous lancer sur un programme, vous serez peut-être intéressé pour connaitre vos points forts et vos points faibles ? Tentez « Echecs : le test » (en anglais : Chess Exam and Training Guide) de Khmelnitsky, ou les tests de Dvorestky. A moins que vous tombiez sur « Testez vous aux échecs » de Franck Loheac-Ammoun (d’occasion toutefois).

 

Confinement et jeu d’échecs


Oui, encore un confinement. D’ici quelques jours, quelques semaines… quelques mois ?

Les sorties en extérieur sont limitées (pas plus d’une heure quotidienne théoriquement pour dégourdir les papattes du chien, et vous êtes déjà allé chercher trois fois du pain). BFMTV tourne en boucle et vous avez débranché la télévision ? Même pas envie de la rallumer pour regarder votre 57ème nouvelle série en 4 mois, ou la saison 18 de La disparue de Broadchurch… Bref, l’ennui vous guette sournoisement.

Eh bien oui, le jeu d’échecs est votre ami !

Deux options : vous avez décidé d’apprendre ou vous vous demandez si ce n’est pas le moment de progresser pour être affuté lors de la reprise des tournois (après vous êtes inscrit dans un club).

Quoi qu’il en soit, cette activité est un excellent dérivatif.

  • Les multiples aspects de l’apprentissage sont un réel remède contre la monotonie.
  • La réflexion sur un problème tactique vous emmène dans la voie profonde de la méditation en pleine conscience (selon Lao Tseu… ou Matthieu Ricard, je ne sais plus).
  • Pour peu que vous contaminiez votre petite famille avec ce loisir, vous aurez fédéré d’autres humains dans une activité consensuelle non violente (le roi ne meurt jamais dans une partie d’échecs).
  • Internet vous permet de franchir les frontières : jouez contre un(e) Bolivien(ne) ou un(e) Azerbaïdjanais(e).
  • Le suivi en direct des grands tournois vous apportera des moments d’émotions (oui, bon, on en n’est pas encore sur une finale de coupe du monde de football, laissez-nous rêver un peu !).
  • Le classement sur les sites et votre niveau évalué à partir de la résolution de problèmes tactiques concrétiseront votre progression au fil du temps, rompant ainsi ce qui semble être une répétions immuable de jours sans fin.
  • Et puis, si vous le pouvez : jouez ou apprenez en musique, ce sera le moment de ré-écouter les tubes de votre jeunesse, ou les derniers hits de l’été 2020.

Vous êtes perdus devant cet univers qui s’offre à vous, tel Alice qui franchit le miroir ? Cliquez ici, ou , ou même à gauche de l’écran, ou tapez « jeu d’échecs » sur un moteur de recherche.

 

Tactique, toujours et encore.


Trois éléments entrent en compte dans la tactique : reconnaissance des schémas tactiques (les briques), le calcul et la visualisation (le ciment). Toutefois au cours d’un partie, il n’est pas rare de rater une attraction suivie d’une fourchette imparable. Que faire ?

Pistes pour travailler les schémas tactiques :

  • Exercices simples avec les schémas de base.
  • Sur ces positions de base, pas plus de 30-60 secondes par problème, arrêter au bout de 15-20 minutes ou quand vous butez sur 3-4 problèmes à la suite.
  • S’arrêter sur les raisons pour lesquelles vous n’avez pas résolu l’exercice : processus de réflexion, mauvaise considération des pièces sur l’échiquier, mauvais calcul au bout de 2 coups… etc
  • Continuer jour après jour (et sur plusieurs mois pourquoi pas), jusqu’à ce que vous puissiez passer moins de 15 secondes en moyenne par exercice.

Pistes pour travailler le calcul et la visualisation :

  • Utiliser les exercices tactiques d’un livre ou d’un site d’échecs.
  • Travailler 2 fois par semaine, 30-60 mn par session.
  • Repérer et calculer les coups forcés avant de proposer votre solution
  • Comprendre pourquoi on a échoué.
  • Éventuellement, écrire les variantes lors de la réflexion, et s’en affranchir progressivement.

La proportion de ces deux modes d’entrainement est à moduler selon vos faiblesses. Il est probable qu’un joueur débutant tirera profit de n’utiliser que la première méthode, pour petit à petit améliorer son calcul pur avec la deuxième méthode.  A chacun de trouver le bon équilibre.

 

Et après ?

 

Plus le niveau des joueurs augmente, moins ces joueurs sont sujets à perdre des pièces « bêtement » ou sur un coup tactique. Les considérations stratégiques prévalent sur leur plan de jeu et la tactique est le support de leurs idées. La tactique est autant une arme offensive (punir l’adversaire !) que défensive (restreindre les mouvements de l’adversaire). Bien évidemment l’entrainement passe par la résolution d’exercices tactiques, régulièrement et en plus ou moins grands nombres.

Le soucis de ces exercices est qu’ils se concentrent essentiellement sur l’aspect offensif (gain d’une pièce ou mat) alors que ces situations ne surviennent qu’assez rarement, et souvent sur la faute de l’adversaire. Et enfin : dans ces exercices, nous en connaissons déjà l’issue, alors que dans la vraie vie, le gain ou le mat ne nous est pas indiqué du tout !

Il faut donc savoir appliquer dans les parties ce qui est appris de façon théorique.

  1. Posséder un livre qui montre les bases (fourchettes, clouage, suppression du défenseur, mat(s), suppression du défenseur, etc.)
  2. Résoudre des exercices sur chesstempo, chess.com ou Lichess en y passant le temps nécessaire (ne pas céder au mirages du blitz !)
  3. Jouer des parties « lentes ». Les blitz sont assez utiles pour travailler les ouvertures, mais c’est tout. La tactique défensive survient rarement dans les premiers coups de la variante : il faut donc du temps pour les calculer.
  4. Commenter vos coups avec vos mots à vous (à voix haute, comme si vous deviez les expliquer à un GMI !)
  5. Comprendre pourquoi la solution n’a pas été trouvée, et créer un recueils de ces positions qui vous ont posé un problème.
  6. Jouer en solitaire des parties commentées : se mettre à la place du joueur (Kasparov, par exemple) deviner son coup, le comparer au votre et voir ainsi comment il arrive à exploiter les faiblesses de l’adversaire ou à déjouer ses armes tactiques.
  7. Même si jouer contre un ordinateur a ses limites, lutter contre un fort programme afin de détecter vis faiblesses (régler l’ouverture sur vos ouvertures habituelles, si vous en avez)

synthèse de deux articles de Bryan Castro sur le site Better Chess Training.

Tentez son article sur chessable : « Improve your tactics and become a beast at the chessboard.« 

 

Il est vrai qu’une accumulation de problèmes tactiques ne donnera probablement pas les résultats espérés. De la Maza y consacrait la plupart de ses journées, et Tikkannen avait déjà un niveau très enviable lui permettant de tirer un profit différent de celui acquis par un joueur plus modeste. La résistance et l’endurance sont deux piliers d’un entrainement sportif, mais ne suffisent pas toujours. Jouer à l’instinct grâce à la mémorisation de « patterns » donne un avantage au joueur qui a cette aptitude. Être capable d’obtenir un gain grâce à coup apparemment anodin aboutissant sur une tactique inattendue est également une arme redoutable. Bryan nous indique bien de pratiquer ces résolutions d’exercices suivant deux méthodes différentes (reconnaissance visuelle vs calcul), avec la troisième étape consistant à reprendre les parties commentée des grand maitres. J’y rajouterai peut-être les exercices de parties en aveugle, les exercices des carrés concentriques (de la Maza), et les outils de Fritz (sur une position : repérer des pièces non défendues, des pièces en prise, ou des pièces pouvant poser un échec). Écrire les variantes permet certainement d’ordonner son esprit et expliquer les coups à haute voix est quelque chose que j’ai déjà lu quelque part (Dan Heisman ?) Le choix du site est une affaire personnelle. Lichess permet d’avoir accès à une analyse et d’archiver facilement la position difficile par un simple copier/coller. Toutefois certains problèmes sont difficiles à comprendre car le gain ne semble pas immédiat et mériterait une explication stratégique.

 

 

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